Nationaliste Social et Ethniciste

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Clovis

Clovis a laissé dans la mémoire collective des Français un souvenir qui n'est point usurpé mais souvent déformé. Et d'abord par la mouvance monarchiste qui voit en Clovis le premier roi de France, fondateur de la « première race » de nos rois, et par la même occasion d'une France chrétienne par son baptême de Reims. On va tâcher de démontrer que ces deux assertions sont fausses, et nous allons tenter de rendre à Clovis sa juste place, qui n'est point méprisable, y compris pour l'histoire nationale. Car le règne de Clovis commence en fait une « préhistoire » de France, prologue en quelque sorte à la genèse nationale.

On verra ici le triple visage de Clovis tel qu'il est passé à la postérité : un conquérant, un converti et un fondateur, assurément, mais de quoi exactement ?

 

Un conquérant

Clovis reste assez méconnu, mais il est clair que les affaires militaires ont occupé une bonne partie de son énergie. De plus, Grégoire de Tours, notre principale source, se focalise essentiellement sur cet aspect. Clovis a certainement eu de grands talents militaires, du courage et du sens tactique, à en juger par ses succès. Il faut reconnaître que le destin du petit roi de Tournai, chef d'une armée tribale de 3 000 à 5 000 hommes, devenu maître de vastes régions des Gaules et de Germanie, sans égaler la Geste d'Alexandre le Grand, a une dimension épique. Et Clovis partait de plus bas.

 

Le premier ennemi à abattre se trouve être le fameux Syagrius, dernier dépositaire d'une autorité romaine agonisante, qui exerce depuis son quartier général de Soissons une autorité dont la nature exacte nous échappe sur un territoire dont les contours ne sont pas clairement établis. Mais l'ennemi semble de taille pour le jeune roi franc puisque, en l'an 486, il s'assure le soutien de ses cousins, Ragnacaire, roi des Francs Saliens de Cambrai, et Chararic, roi d'une autre tribu salienne dont la localisation est indéterminée. En admettant que chacune de ces armées franques ait compté autant d'hommes que celle de Clovis, c'est donc environ 10 000 à 15 000 guerriers francs qui s'avancent sur le champ de bataille aux abords de Soissons. Pour l'époque, il s'agit d'une armée considérable, et si l'on estime que les forces de Syagrius sont numériquement comparables, alors le Gallo-romain est sans doute un peu plus que le comte de la cité de Soissons. Il pourrait être en effet le dernier général en chef (magister militum) de l'armée romaine des Gaules, bien que le roi des Burgondes revendique aussi ce titre. Grégoire de Tours ne dit rien des années 481-486, et il est possible que la guerre ait éclaté plusieurs années avant la bataille décisive. On peut imaginer que le jeune Clovis ait subi des revers, ce qui l'amène à conclure une alliance avec ses parents, les autres rois saliens. Grégoire de Tours se serait contenté de narrer l'affrontement final, favorable aux Francs. En effet, l'armée de Syagrius, sans doute composée de lètes (dont certains d'origine franque) et de Gallo-romains, plie devant l'ennemi, ce que voyant, son chef s'enfuit. Syagrius gagne alors Toulouse, capitale du puissant roi des Wisigoths Alaric II. M. Rouche en déduit que Syagrius est un allié des hérétiques ariens wisigoths. C'est discutable : nombre de vaincus se réfugient chez d'anciens ennemis. Le Gallo-romain ne fut pas nécessairement bien accueilli puisque Alaric le livre finalement à Clovis, pas forcément par peur de ce dernier, mais plutôt parce qu'il ne voit pas l'intérêt de garder Syagrius. L'autorité de Clovis atteignant désormais la Loire, mieux vaut conclure un accord avec le roi franc. Clovis exécute Syagrius après avoir mis la main sur les territoires qu'il contrôlait. D'après la carte proposée par M. Rouche, la victoire de 486 permet à Clovis de mettre la main sur les cités suivantes : Rouen, Beauvais, Soissons, Senlis, Meaux, Paris, Châlons, Troyes, Sens et Auxerre, c'est-à-dire le centre et le sud-est du Bassin Parisien. C'est donc un territoire important. Mais il est une question à laquelle les historiens ne s'intéressent guère : et les autres rois francs ? Grégoire de Tours explique que Chararic, durant la bataille, s'est tenu sur la réserve avec son armée, afin de voir dans quel sens le vent tournerait. On peut penser que sa trahison lui enleva des droits au butin. Mais comment imaginer que Ragnacaire de Cambrai, qui semble s'être battu loyalement, n'ait obtenu aucun territoire ? J'ai pour ma part du mal à le croire. Et s'il a obtenu quelque chose, ce qui paraîtrait logique, quels territoires lui ont été attribués ? Mystère. Grégoire de Tours se focalise sur Clovis, car ce dernier est l'ancêtre des Mérovingiens auxquels Grégoire a directement affaire. Mais on peut se demander si, après tout, Clovis n'a pas confisqué à son seul profit une entreprise d'expansion franque qui était collective à l'origine. Les autres rois des Saliens, Ragnacaire en particulier, ont pu jouer un rôle beaucoup plus important que celui qui ressort du texte de Grégoire.

 

L'épisode célèbre du « vase de Soissons » se situe peu après la défaite de Syagrius. La conquête franque s'accompagne de pillages et de destruction, comme c'était l'usage à l'époque. Parmi le butin amassé à Soissons se trouve un vase d'une grande beauté, peut-être volé dans une église du diocèse de Reims. L'Eglise, par la voix de Rémi, évêque de Reims, réclame la restitution du bel objet, sans doute en métal précieux. Clovis estime judicieux de répondre favorablement à cette requête. Hélas, le tirage au sort ne lui attribue pas le vase convoité. Auréolé de sa victoire, Clovis demande néanmoins à ses guerriers de lui accorder le vase. Mais voilà, une forte tête ne l'entend pas de cette oreille : le tirage au sort ne doit pas être remis en cause. Le guerrier rebelle pousse le défi jusqu'à frapper le beau vase, ce qui a dû au pire le cabosser. Clovis ravale sa fureur. L'année suivante, le roi franc passe en revue ses troupes. Il repère la forte tête et l'accable de reproches : ses armes sont mal entretenues. Il les arrache et les jette à terre. Le guerrier se baisse pour les ramasser et reçoit un coup de hache sur la tête, accompagné de cette formule légendaire : « voilà ce que tu as fait au vase de Soissons ! ». On doit surtout conclure de cet épisode qu'en fin politique, Clovis le païen a compris la puissance de l'Eglise catholique. Il convient de la ménager si le roi franc veut concrétiser ses ambitions. Dans cette Gaule de la fin du V° siècle, l'administration a quasiment disparu et les évêques assument souvent une bonne part du gouvernement des cités.

 

En 491, une expédition de Clovis est signalée en territoire thuringien. Basine, mère de Clovis, étant Thuringienne, il se peut que le roi franc ait eu des intérêts dans ce pays. On n'en sait guère plus.

En 495-496, Clovis se porte au secours de Sigebert, roi des Francs Rhénans, menacé par les Alamans. Le choc a lieu à Tolbiac, la fameuse bataille de la conversion, on en reparlera. Le résultat de la victoire franque, car c'en fut une, n'est pas très claire : traité de paix ? Soumission de quelques tribus alamaniques ? Une autre expédition contre les Alamans semblent s'être déroulée en 506, et certains historiens pensent qu'un seul conflit a eu lieu. Les Alamans (du moins une partie d'entre eux), écrasés, demandent la protection du roi des Ostrogoths, Théodoric le Grand, qui règne sur l'Italie.

 

A une date indéterminée, entre 496 et 507, Clovis obtient la soumission des Armoricains, ces Gallo-romains, éventuellement renforcés de Bretons et de lètes barbares, qui se gouvernaient en autonomie à l'ouest du Bassin Parisien, d'Orléans à Nantes et de la Manche à la Loire. De l'organisation de ces Armoricains, on ne sait rien, on ignore le nombre, le nom et le titre de leurs chefs. Sont-ils d'anciens sujets de Syagrius devenus indépendants ? Certains lieutenants du général romains ont-ils maintenu leur autonomie après 486 ? Ou bien ces régions étaient-elles déjà indépendantes avant 486 ? Il faut ici avouer notre méconnaissance. La frustration est le lot des historiens… Ce ralliement eut des conséquences importantes, selon M. Rouche, puisqu'il permet à Clovis d'intégrer dans son armée des unités de cavaliers lourds, cataphractaires et scutaires, nécessaires pour affronter les Wisigoths qui, eux, disposent de telles troupes, alors que les Francs sont essentiellement des fantassins.

 

En 500-501, Clovis se mêle des rivalités dans la famille royale burgonde : les frères Gondebaud et Godegisèle se disputent le trône. Clovis soutient le second contre le premier. Les alliés remportent une victoire et Gondebaud doit s'enfuir, mais ne s'avoue pas vaincu. Il poursuit la lutte, tue Godegisèle et devient roi unique des Burgondes. C'est pour Clovis un échec cuisant.

 

En 507 se situe la plus glorieuse campagne de Clovis puisqu'elle l'oppose à Alaric II, roi des Wisigoths d'Aquitaine, hier encore le plus puissant roi barbare d'Occident, après Théodoric le Grand. Le choc a lieu à Vouillé dans le Poitou. La bataille fait rage jusqu'à ce que Clovis intercepte Alaric et le tue de ses propres mains. La résistance wisigothique s'effondre et c'est la débandade. Clovis attaque Angoulême et s'empare de Bordeaux. Les Burgondes le soutiennent en lançant une offensive sur le Limousin. L'année suivante, les Francs marchent sur Toulouse, la capitale du royaume wisigoth. Thierry, fils aîné de Clovis et arrivé à l'âge d'homme, fait la conquête de la cité des Arvernes (l'Auvergne actuelle), région riche et importante à cette époque. Il la conservera dans son héritage. Mais l'irruption des Ostrogoths de Théodoric le Grand en Provence stoppe l'élan du roi franc. Les généraux de Théodoric rallient les Wisigoths et s'assurent la maîtrise du littoral méditerranéen. Malgré tout, le bilan des années 507-508 est plus que positif pour Clovis : hormis la Septimanie (actuel Languedoc) et quelques cités du sud-ouest, toute l'Aquitaine entre Loire et Pyrénées est aux mains des Francs. Clovis reçoit les insignes consulaires de l'empereur d'Orient. Il fait une entrée triomphale dans la ville de Tours. Le petit roi de Tournai est devenu l'un des hommes les plus puissants d'Occident.

 

Mais Clovis n'est pas le roi des Francs, il est un roi franc salien parmi d'autres. Pour devenir le roi unique de tous les Francs, Clovis va éliminer méthodiquement les autres rois francs, saliens et rhénans. Quand ? Mystère. Le récit de Grégoire de Tours semble placer ces événements à la fin du règne. Mais en fait aucune date n'est donnée et il se peut que le propos de l'évêque de Tours soit décousu, ou du moins plus thématique que chronologique. De plus, Grégoire lui-même n'a peut-être pas eu en main une chronologie très claire. Toujours est-il que Clovis a exterminé (il n'y a pas d'autre mot) les clans royaux francs. Chararic, le traître de 486, et son fils sont d'abord tondus et contraints d'entrer dans le clergé, puis exécutés. Ragnacaire de Cambrai est trahi par ses leudes sur le champ de bataille et livré à Clovis avec son frère Riquier. Sur ce, Clovis les expédie au Walhalla d'un coup de hache ! Rignomer, autre frère de Ragnacaire, est assassiné à son tour dans la cité du Mans. Clovis est seul roi des Saliens. Après avoir encouragé Chlodéric à tuer son père Sigebert, roi des Francs Rhénans, Clovis se fait un devoir d'exécuter le fils indigne ! Et le royaume rhénan de Cologne de tomber dans son escarcelle… Clovis est désormais roi de tous les Francs, Saliens et Rhénans. Pour les rois des Rhénans, l'assassinat a forcément eu lieu après 495-496 (voire 506), puisque Sigebert est en vie à ce moment. Pour les rois saliens, c'est un peu plus compliqué. Chararic et Ragnacaire étaient adultes en 486, et il serait très étonnant qu'ils aient été tous les deux encore en vie vers 510, vu l'espérance de vie à cette époque. De plus, on n'a guère d'information sur les années 486-491. Ne faudrait-il pas placer durant cette période l'élimination des rois saliens ? Ajoutons qu'à aucun moment les autres rois francs ne font mine de se coaliser contre Clovis. Est-il raisonnable de penser que les rois saliens ont contemplé sans bouger les succès de Clovis à travers les Gaules, sans rien tenter contre lui avant 509-510 ? Ragnacaire de Cambrai se serait-il risqué à livrer bataille contre l'armée de Clovis alors qu'elle comprend des unités armoricaines, gallo-romaines, sans compter les restes de l'armée de Syagrius ? Je ne le pense pas. Notons que la présence de Rignomer au Mans, s'il n'a pas été installé par Childéric père de Clovis, serait une preuve éventuelle du caractère collectif de l'expansion franque au début. Qui sait si Rignomer n'avait pas reçu la garde de territoires attribués au clan de Ragnacaire ? C'est en tout cas une hypothèse sensée.

 

Un converti

Clovis, comme son père, est païen. Mais dès le début de son règne, il est en relation avec des dignitaires de l'Eglise, notamment Rémi, évêque de Reims. L'épisode du vase de Soissons montre la volonté du roi franc de ménager cette autorité qu'est l'Eglise.

Une sœur de Clovis, nommée Lantechilde, semble s'être convertie au christianisme, mais dans sa version hérétique, l'arianisme, celui-là même que professent les Wisigoths, Ostrogoths et Burgondes.

 

Mais la femme qu'épouse Clovis vers 492 est catholique. Clotilde est la fille de Chilpéric, un roi burgonde, frère de Gondebaud et Godegisèle. Etrangement, Clotilde est catholique dans une famille arienne. Son destin est tragique : Gondebaud a assassiné Chilpéric et jeté sa femme dans un étang une pierre au cou. Quelle délicatesse de la part du roi burgonde, qui tuera son autre frère, Godegisèle,… dans une église arienne ! Les scrupules religieux ne semblent guère avoir affecté Gondebaud et Clovis. Clotilde est donc orpheline et appartient à une branche discréditée du clan royal burgonde. Gondebaud s'en débarrasse en la mariant à ce petit roi franc ambitieux dont la notoriété croît. Clotilde s'emploie dès lors à convertir son mari. Clovis l'écoute… d'une oreille distraite. Il est sceptique. Ce rédempteur cloué sur une croix dans un pays lointain, est-il le mieux à même de patronner les entreprises guerrières que médite le roi franc ? Clovis en doute. Ses dieux le satisfont. Son panthéon guerrier lui assure, pense-t-il, la victoire et le succès. Point n'est besoin du Christ. Clovis laisse cependant Clotilde faire baptiser un de leurs enfants. Le bébé meurt… Le roi fait remarquer à sa femme que la protection de son dieu laisse à désirer !

 

Mais la foi de Clovis en ses dieux germaniques vacille lors de la fameuse bataille de Tolbiac contre les Alamans. Le roi franc voit ses guerriers en déroute. Il a beau adresser des prières à Wotan (Odin chez les Scandinaves), Donar (Thor) et leur clique, point de réponse. Les Ases (dieux nordiques) sont aux abonnés absents. « Bon, se dit Clovis, c'est mal parti. Allez, je tente le tout pour le tout, je m'adresse au dieu des chrétiens. Sait-on jamais… Alors Christ, écoute-moi, je te propose un marché : tu me donnes la victoire et… je te promets de réfléchir sérieusement à ma conversion ». Et là, le roi des Alamans sur son beau cheval blanc est tué, ses guerriers se débandent. Quelle efficacité ! Voilà ce que dit la légende. Quant à savoir ce qui est vrai… Notons que Clovis s'est adressé à Dieu dans un esprit païen : le do ut des des Romains (« je donne pour que tu donnes »). D'un point de vue chrétien, il est parfaitement illogique que Dieu ait accueilli favorablement un marché de type païen ! Mais on ne s'aventurera pas à débattre de théologie sur la nature de la foi chrétienne.

 

Après un temps de réflexion, il est certain que Clovis franchit le pas : il est donc baptisé à Reims, par Rémi. M. Rouche retient la date de 499 pour ce baptême. 3 000 guerriers francs sont baptisés avec leur roi. On connaît la fameuse phrase de Rémi : « Dépose humblement tes colliers », c'est-à-dire les talismans païens comme le marteau de Thor. Mais il se pourrait qu'elle soit légendaire et que Rémi ait en fait dit : « Courbe la tête » (devant Dieu). Le débat fait toujours rage pour la date du baptême. R. Le Jan présente une hypothèse qui situerait la cérémonie en 508, à la fin du règne. Le principal argument avancé est que Clovis aurait attendu d'avoir écrasé les Wisigoths et les Alamans pour se faire baptiser dans des conditions politiques favorables, et donc dans un contexte favorable vis-à-vis des Francs attachés pour beaucoup à leur polythéisme ancestral. Dans cette hypothèse, la campagne contre les Alamans est placée en 506, et la possibilité qu'il y ait eu deux campagnes à dix ans d'intervalle est écartée. Pourtant, Grégoire de Tours situe bien Tolbiac dans la quinzième année du règne, c'est-à-dire en 496. Clovis est baptisé le 25 décembre. Si l'année retenue est 508, cela signifie que l'empereur d'Orient Anastase a envoyé les insignes consulaires à un païen. C'est arrivé au V° siècle, mais très rarement. Cette hypothèse de l'année 508 ne me convainc guère. Elle est fort tardive et suppose que Clovis s'est uniquement converti pour des raisons politiques, en choisissant le meilleur moment avec un machiavélisme consommé. Cela étant, nous ne pouvons que constater une fois de plus l'absence de certitude.

 

La question est : pourquoi cette conversion ? Si on retient la légende de Tolbiac, on dira que Clovis a tenu sa parole. J'avoue que j'ai longtemps cru que Clovis s'était converti pour des raisons essentiellement politiques, pour faire accepter sa domination aux Gallo-romains et s'assurer leur appui contre les royautés ariennes des Wisigoths et des Burgondes. Seulement, M. Rouche argumente de manière convaincante contre cette idée : la conversion a affaibli Clovis comme le montrerait ses échecs contre les Burgondes en 500-501. Les Gallo-romains catholiques ne se sont pas massivement ralliés à lui : des aristocrates arvernes se battent avec Alaric à Vouillé. La conversion s'inscrirait donc dans une démarche avant tout spirituelle, les calculs politiques étant relégués au second plan même s'ils ne sont pas totalement absents. Encore faut-il que la date de 499 soit la bonne… De plus, si l'on admet qu'au moment du baptême, Clovis a éliminé les autres rois saliens, alors on doit constater que tous ses sujets francs ne le suivent pas dans la conversion.

 

Calcul dicté par le pragmatisme politique ou adhésion sincère au dogme catholique (ou les deux à la fois…), 499 ou 508 (avant qu'un chercheur ne réhabilite la date « traditionnelle » de 496 dans quelques temps…), nous n'avons aucune certitude. Retenons le rôle important de Clotilde et l'intérêt historique du geste.

 

Clovis, roi fondateur… mais de quoi ?

Clovis n'est pas le premier roi de France : lorsqu'il s'éteint en 511 à Paris où il est enterré, son royaume n'évoque pas par ses contours la France actuelle. Il s'étend sur une partie seulement des Gaules puisque le royaume burgonde est indépendant, la Bretagne aussi, le Languedoc est aux Wisigoths et la Provence aux Ostrogoths. En revanche, le royaume franc comprend la Belgique, une partie des Pays-Bas et plusieurs régions d'Allemagne occidentale. Ce royaume n'est absolument pas homogène : certaines régions sont encore très « romaines » et toutes latines (l'Aquitaine), d'autres partiellement germanisées (Gaule du nord), d'autres encore totalement germaniques (régions rhénanes). Et ces dernières sont païennes, certaines pour longtemps encore.

 

Le royaume franc de Clovis est en fait une matrice d'où sortiront plusieurs Etats modernes : la France, bien sûr, la Belgique, mais aussi pour une part l'Allemagne. En fait, la France est victime de son nom qui dérive effectivement du terme « Franc ». Et si notre pays porte aujourd'hui ce nom, c'est une des conséquences lointaines des conquêtes de Clovis. Mais « Franc » n'est pas synonyme de « Français », et Francia au VI° siècle ne saurait se traduire par « France ». La France est effectivement un ancien royaume franc, mais un parmi d'autres, seulement c'est le seul qui a gardé l'appellation de Francia. Les autres royaumes francs issus du partage de l'empire carolingien ont soit disparu (Lotharingie), soit changé de nom (Germanie puis Allemagne).

 

Clovis est un roi fondateur dans le sens où il a fondé une tradition monarchique durable : celle d'une royauté franque et catholique. De cette tradition, les rois de France sont en effet les lointains héritiers (mais pas les seuls), et leur sacre à Reims a toujours manifesté leur attachement à cet héritage.

 

Pour autant, le baptême de Clovis n'est pas celui de la France, ni même de son royaume : la Gaule romaine est déjà largement christianisée avant même la naissance de Clovis ! Donc, Clovis n'est pas le fondateur du royaume de France ni le fondateur d'un pays chrétien (comme par exemple Etienne en Hongrie, ou Olaf en Norvège). La monarchie franque et catholique de Clovis est comme le tronc d'un arbre. De ce tronc partent plusieurs branches. L'une de ces branches est la France.

 

Bibliographie sommaire :

Grégoire de Tours, Histoire des rois francs, traduction de J.J.E. Roy, Gallimard, 1990

 

Le Jan, R., Origines et premier essor 480-1180, (Histoire de la France, tome 1), collection Carré Histoire, Hachette, 2007

 

Rouche, M., Clovis, Fayard, 1996



02/01/2010
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