Nationaliste Social et Ethniciste

Nationaliste Social et Ethniciste

Existe-t-il une "ethnie française"?

Je vais aborder ici un sujet un peu plus sulfureux que les élections européennes ou la dislocation de l’Ukraine, car c’est bien de cela qu’il s’agit. Une dislocation en partie provoquée par les errements des dirigeants européens (dont François Hollande et son gouvernement), qui réinstalle sur notre continent le spectre de la Guerre froide… et de la guerre tout court. Une dislocation qui nous aliène la Russie et son président Vladimir Poutine, lequel se retrouve dans une position inconfortable, écartelé entre la défense des intérêts géopolitiques de son pays (qui passent, qu’on le veuille ou non, par la défense des russophones ukrainiens et par un statut de « pays-tampon » pour l’Ukraine, hors de l’UE et de l’OTAN) et la nécessité de ne pas commettre l’irréparable à l’égard des Etats-Unis et pays de l’Union européenne, partenaires économiques indispensables et rivaux trop puissants pour qu’on les ignore (je parle des Etats-Unis bien sûr…).

 

Mais, en ces temps d’incertitude identitaire comme on dit, je voudrais poser cette question : peut-on parler d’une « ethnie française » ? Il faut reprendre le débat à la source, c’est-à-dire dans l’opposition entre les conceptions française et allemande de la nation. On considère traditionnellement que la nation « à la française » est une communauté politique, fondée sur un pacte qu’on peut qualifier de « républicain » depuis 1789. Au contraire, la nation allemande serait plutôt une communauté de race, de langue et de culture. Comme je l’ai déjà écrit [1], je crois sincèrement qu’on s’exagère les différences entre les deux conceptions, pour plusieurs raisons. D’abord, il ne faut pas s’imaginer que ces deux conceptions se sont bâties indépendamment l’une de l’autre, bien au contraire. Une fois de plus, il convient de se tourner vers l’histoire, qui est à mes yeux la mère de toute réflexion politique. La France révolutionnaire puis impériale a occupé ou dominé de très vastes secteurs du territoire allemand entre 1792 et 1815. Une partie de ce territoire a été départementalisée et intégrée à l’empire français, la rive gauche du Rhin (Trêves, Mayence, Aix-la-Chapelle) ainsi que l’espace riverain de la Mer du Nord jusqu’à Hambourg. Tous les autres états allemands, hormis la Prusse et l'Autriche, furent réunis dans une Confédération du Rhin sous influence française. Parmi ces états, le royaume de Westphalie reçut même un Bonaparte comme souverain, Jérôme, le plus jeune frère de Napoléon 1er. Si l’on ajoute à cela le poids de l’influence intellectuelle française en Allemagne durant tout le XVIII° siècle, comment imaginer un seul instant que les Allemands aient construit leur définition de la nation sans subir le moins du monde les répercussions fracassantes de l’apparition de la nation voisine ? Bien sûr, on pourrait me répondre que la conception allemande de la nation s’est construite contre la conception française. Mais se construire contre quelque chose amène souvent, sans l’avouer, à emprunter beaucoup à ce quelque chose. Voyez comment la République (en particulier la 1ère et la III°) opposée à l’Eglise a essayé de remplacer l’ancien culte par un nouveau, civique et patriotique, avec ses temples (les écoles-mairies de la fin du XIX° siècle), sa liturgie (le 14 juillet, les commémorations du 11 novembre et du 8 mai), sa sainte patronne (Marianne), ses statues (je songe au Triomphe de la République de Dalou). Pour ne pas être en reste d’ailleurs, l’ancien culte n’a pas hésité à épouser à son tour le patriotisme voire le nationalisme, et l’on peut voir dans bien des églises la liste des morts catholiques de la paroisse tombés en 14-18, par exemple. Par conséquent, n’opposons pas trop systématiquement les conceptions allemande et française de la nation. Les différences tiennent avant tout au contexte historique, mais le but de la construction nationale n’est pas si différent de part et d’autre du Rhin.

 

Ainsi, en France, la question de la « communauté de langue et de culture » ne s’est pas posée parce que la nation française a été immédiatement politique, et s’est affirmée comme une nation souveraine. Cette dernière s’est substituée aux rois, lesquels avaient déjà bâti un Etat puissant et solide au cours des siècles. N’oublions pas que la monarchie avait entamé l’unification administrative du pays avec la création des généralités, qui brisaient pour une part l’ancienne trame provinciale (la Normandie, par exemple, est divisée en trois généralités à la veille de la Révolution), ainsi que l’unification linguistique (ordonnance de Villers-Cotterêts de 1539). Si la communauté de langue est primordiale dans la définition allemande, force est de constater que la langue française est aujourd’hui un élément majeur de notre identité nationale. D’ailleurs, les défenseurs de l’unité de notre nation ne s’y trompent pas et, comme c’est mon cas, ne voient pas d’un bon œil la réintroduction (car c’est bien de cela qu’il s’agit) des idiomes régionaux en France, que nous promet la Charte européenne des langues régionales. On peut d’ailleurs faire observer que le rattachement de la Savoie à la France par Napoléon III n’est peut-être pas étranger au fait que cette région était depuis longtemps francophone. De la même manière, des projets d’extension de la France vers la Belgique ou vers la Sarre ont longtemps traîné dans la tête de dirigeants français.

 

A contrario, la définition allemande de la nation, qui expliquerait l’annexion de l’Alsace, terre germanophone, par Bismarck et Guillaume 1er de Prusse, est à relativiser. L’article de Wikipédia consacré à Eugénie de Montijo, l’épouse de Napoléon III, mentionne en effet une lettre du roi Guillaume à Eugénie, adressée à cette dernière en réponse à une missive dans laquelle elle demandait au Prussien de ne pas annexer l’Alsace. Dans cette lettre, Guillaume affirme que :

« […] après avoir fait d'immenses sacrifices pour sa défense, l'Allemagne veut être assurée que la guerre prochaine la trouvera mieux préparée à repousser l'agression sur laquelle nous pouvons compter aussitôt que la France aura réparé ses forces et trouvé des alliés. C'est cette considération seule, et non le désir d'agrandir une patrie dont le territoire est assez grand [c’est moi qui souligne], qui me force à insister sur des cessions de territoires, qui n'ont d'autre but que de reculer le point de départ des armées françaises qui, à l'avenir, viendront nous attaquer ».

Si le roi de Prusse avait souhaité justifier l’annexion de l’Alsace en expliquant que les Alsaciens, en tant que population de culture germanique, appartenaient par essence à la nation allemande, il pouvait le dire, rien ne l’en empêchait. Et son argument était recevable, surtout dans le contexte du XIX° siècle. Pour la petite histoire, Eugénie, qui mourut fort âgée en 1920, transmit cette lettre à Clemenceau en 1918. Le Tigre put ainsi s’en servir pour convaincre les alliés de la France du bien-fondé des prétentions françaises à recouvrer ses territoires perdus, qui n’étaient pas considérés à l’origine comme « allemands » par les Allemands eux-mêmes [2]. Il convient également de rappeler que la construction nationale allemande s’est délibérément éloignée de la conception exclusivement fondée sur « la communauté de langue et de culture », puisque les dirigeants prussiens ont fait triompher le principe d’une « Petite Allemagne » excluant l’Autriche des Habsbourg après la cuisante défaite de cette dernière à Sadowa en 1866. Or, les Autrichiens sont, d’un point de vue culturel, largement aussi « allemands » que les Prussiens, surtout si l’on veut bien considérer que les archiducs d’Autriche ont ceint la couronne du Saint-Empire pendant près de quatre siècles ! Evidemment, on pourra rétorquer que le pangermanisme a trouvé des soutiens puissants dans l’empire allemand, mais il faut constater que ce pangermanisme s’est limité à une solidarité germanique entre Allemands et Autrichiens. Et, avant la dislocation de l’empire austro-hongrois, rien ne permet d’affirmer que les Autrichiens aient réellement souhaité rejoindre leurs « frères » allemands.

 

Si, en Allemagne, la « communauté de langue et de culture » s’est imposée comme référence nationale dans un premier temps, il faut en chercher les causes dans l’éclatement politique du pays. Mais le Parlement de Francfort, en 1848-1849, essaya de donner à la nation allemande une organisation politique stable et unifiée. Cette « Assemblée constituante » allemande n’a pas réussi ce que son homologue français a réalisé en 1789-1790, pourtant son objectif n’était pas si éloigné. La différence tient au fait que, paradoxalement, les particularismes étaient bien plus forts dans cette « communauté de langue et de race » allemande que dans la France réputée plus « diverse ». Autrement dit, en 1789, la plupart des habitants du royaume de Louis XVI étaient mûrs pour devenir français et constituer une nation, alors que les Allemands, eux, n’étaient pas mûrs, en 1848, pour en faire une. Cela nous rappelle fort à propos qu’en général, c’est bien l’Etat qui construit la nation et non le contraire. Quand on y réfléchit, les vieilles nations d’Europe comme la France, l’Espagne, l’Angleterre, la Suède, le Danemark, la Pologne ou encore la Hongrie, ont toutes connu un Etat médiéval relativement puissant. Les autres se sont affirmées plus difficilement et plus tardivement. L’Italie est un bon exemple : la « nation italienne » ne se construit réellement dans la conscience des Italiens qu’après l’unification, et non avant. Une partie des élites de la péninsule a déjà pensé cette nation, bien sûr (on peut citer Mazzini, Garibaldi, Cavour), mais l’ « Italie » ne veut pas dire grand-chose pour un paysan de Calabre ou un berger de Sardaigne au XIX° siècle. Au contraire, dans les années 1790, on peut constater que la Révolution a trouvé de nombreux volontaires (et ils l’étaient réellement au début) pour défendre la France, y compris dans les régions périphériques (Béarn, Provence, Bretagne même). Si Garibaldi et ses chemises rouges n’ont guère rencontré de résistance lors de leur conquête du royaume des Deux-Siciles, il serait erroné d’affirmer qu’ils ont soulevé l’enthousiasme des foules du Mezzogiorno. D’ailleurs, dans les montagnes de Basilicate et de Calabre, une résistance diffuse, organisée par des « brigands », s’opposera longtemps à l’administration italienne qui tente de se mettre en place. Dans les années 30, les souvenirs de cette résistance sont encore vivaces, comme en témoigne Carlo Levi dans son chef-d’œuvre Le Christ s’est arrêté à Eboli [3]. En France, durant les guerres de Vendée, les rebelles ne luttent pas à proprement parler contre l’unité nationale, mais contre le nouveau régime politique. Du reste, les Vendéens sont francophones. 

 

Il n’en demeure pas moins que lorsqu’on parle du peuple français, on évoque d’abord un démos, un peuple au sens politique du terme, alors que le peuple allemand, Volk, se conçoit plutôt comme un ethnos, un peuple au sens ethnique (avec les réserves que j’ai énoncées). Puisqu’on aborde des questions délicates qui vont (peut-être) heurter, une mise au point sémantique me paraît nécessaire. Disons les choses comme elles sont : depuis le nazisme, le terme « race » est devenu un gros mot. Il n’est plus guère utilisé, sauf dans un contexte polémique ou par des groupuscules de fanatiques se réclamant du nazisme. Seulement voilà, il n’y a pas besoin d’être polytechnicien ou énarque pour constater que tous les humains ne se ressemblent pas, et qu’on trouve plutôt des « blancs » en Europe, des « noirs » au sud du Sahara, des « jaunes » en Asie orientale, et ainsi de suite. Pour décrire cette réalité, à savoir qu’il existe des « types » humains assez reconnaissables, le mot « race » est quasiment proscrit. Or, la nature ayant horreur du vide, « race » a été remplacée, dans le langage courant, par le mot « ethnie », et surtout l’adjectif « racial » par l’adjectif « ethnique ». Pourtant, au sens strict, « race » et « ethnie » désignent deux choses différentes bien que beaucoup de gens fassent la confusion. Je cite ici le Petit Robert de la langue française de 2010 :

Pour le mot « ethnie », la définition suivante est donnée : « Ensemble d'individus que rapprochent un certain nombre de caractères de civilisation, notamment la communauté de langue et de culture ».

Voici la définition de « race » dans le même dictionnaire : « 1. Ensemble d'êtres humains qui ont en commun la couleur de la peau [...]; 2. Dans la théorie du racisme, Groupe naturel d'humains qui ont des caractères semblables (physiques, psychiques, culturels, etc) provenant d'un passé commun, souvent classé dans une hiérarchie. »

On constate donc que l’ethnie se définit par des « caractères de civilisation » quand la race se conçoit comme un groupe « naturel » d’humains avec des « caractères physiques semblables ». Autrement dit, l’ethnie est culturelle et la race est biologique. La définition d’ethnie se rapproche même de celle de nation, à ceci près que le terme de nation suppose la volonté de constituer une communauté politique (que cette volonté se réalise ou non). C’est pourquoi la nation allemande n’est pas qu’une ethnie, c’est un groupe ethnique qui a voulu construire une communauté politique. On le voit bien lorsque les premiers nationalistes allemands appelèrent à la mobilisation contre Napoléon, on le voit encore en 1848 à Francfort.

 

Cependant, de l’ethnie à la race, il y a un pas que certains ont franchi. Une partie des pangermanistes ont pu franchir ce pas, et les nazis sont de ceux-là. Mais je crois, au risque de passer une fois n’est pas coutume pour un germanophile, que la définition allemande de la nation reposait à l’origine sur une vision plus ethnique que véritablement raciale. La nation allemande était ainsi constituée d’une communauté de culture allemande cherchant à se créer un Etat commun. Mais la question ne se posait guère, à l’origine du moins, d’appartenir à une « race allemande ». D’ailleurs, au XIX° siècle, les savants parlaient surtout d’une race européenne ou blanche par opposition aux sémites, « négroïdes », « mongoloïdes »… Cette race pouvait ensuite se subdiviser en sous-ensembles (nordique, slave, méditerranéen…) mais les gens sensés s’étaient aperçus depuis belle lurette que ces différents groupes s’étaient mélangés, notamment durant les grands brassages de la fin de l’Antiquité et du début du Moyen Âge, et qu’ils n’existaient que rarement à l’état pur. Si l’on considère uniquement l’aspect physique, bien malin qui peut distinguer un Allemand de l’est d’un Polonais, ou un Letton d’un Suédois. Les Silésiens sont un bon exemple de la difficulté à concilier race et ethnie : ethniquement, beaucoup de Silésiens étaient des Allemands, mais leurs noms à consonance slave pouvaient laisser supposer une lointaine origine « raciale » slave, car s’ils avaient été des descendants de colons allemands, il est raisonnable de penser qu’ils auraient conservé des patronymes germaniques (comme les Saxons de Transylvanie, pourtant arrivés au Moyen Âge). De la même façon, les Mecklembourgeois sont pour beaucoup des descendants de Slaves germanisés. Mais les nazis passent d’une conception ethnique à une conception raciale de la nation : on le voit bien avec les programmes de « tri » opérés en Pologne, consistant à sélectionner les Polonais considérés comme étant de « race allemande » pour les « re-germaniser ». On mesure le degré d’absurdité atteint par l’obsession raciste du national-socialisme. Une obsession qui en vient d’ailleurs à nier l’identité ethnique des individus au profit de la seule appartenance raciale définie par des critères physiques qui, appliqués avec rigueur, auraient dû exclure Hitler et Goebbels de la « communauté de sang »…

 

Une identité ethnique est une identité culturelle qui se construit, et non un héritage biologique. Ce processus de construction est appelé « ethnogenèse ». Les historiens des grandes migrations (ou grandes invasions) des IV°-V° siècles de notre ère ont beaucoup travaillé ce concept, comme l’Autrichien Herwig Wolfram, auteur d’une passionnante Histoire des Goths. Lorsque les Goths se heurtent au monde romain, à partir du III° siècle surtout, et lorsqu’ils l’envahissent à la fin du siècle suivant, ils ont déjà une identité ethnique constituée (mais pas vraiment d’unité politique). Cette identité repose sur une fiction, un mythe fondateur : les Goths seraient les descendants de tribus ayant entamé une « longue marche » depuis la Scandinavie. D’ailleurs les Goths portent le plus souvent des noms germaniques et parlent un dialecte germanique du groupe oriental ou ostique (éteint aujourd’hui, mais qui aurait survécu dans certains secteurs de Crimée jusqu’au XVIII° siècle). Une certaine historiographie s’est plu à imaginer des hordes de grands Scandinaves, blonds comme les blés, au regard azur, déferlant sur l’Empire romain. On sait aujourd’hui que c’est faux, tout simplement parce que les Goths, qui n’avaient pas les obsessions des nazis, n’ont cessé de se mêler à d’autres populations durant leur périple de plusieurs siècles entamé sur les bords de la Baltique. Il est clair qu’une partie de l’aristocratie gothique avait des origines germaniques, sans quoi on s’expliquerait difficilement l’usage d’une langue germanique. Mais, au moment où Ostrogoths et Wisigoths apparaissent à l’horizon de l’empire des Césars, une petite minorité d’entre eux a du sang scandinave dans les veines. Au sud de l’Ukraine et dans l’actuelle Roumanie, les Goths « originels » se sont largement mêlés à des populations diverses : proto-Slaves, Sarmates ou Alains (d’origine iranienne), Daces, Carpes, mais aussi Huns, lesquels ne sont pas réputés, pour ce qu’on en sait, pour être particulièrement grands et blonds ! A cela s’ajoutent les nombreux esclaves originaires du monde romain, des Balkans et d’Anatolie surtout, butin ramené des raids en territoire impérial. Certains de ces esclaves (ou leurs descendants), affranchis, furent adoptés par la tribu. On connaît un exemple, qui ne dut pas être isolé, celui d’Ulfilas, l’apôtre des Goths, le traducteur de la Bible en gotique, qui introduisit le christianisme (dans une version hérétique, l’arianisme) parmi les peuples germaniques orientaux. Il est donc plus que probable que de nombreux Goths du V° siècle étaient bruns, même s’il y avait sans doute en moyenne plus de grands blonds parmi eux que chez les Romains. L’identité ethnique des Goths ne repose donc pas sur une race « pure », préservée de tout mélange (d’autant que l’aristocratie ostrogothique se mêla intimement aux Huns) mais sur le mythe d’une origine commune, sur l’usage d’une langue commune et sur une certaine organisation sociale. C’est la définition d’une identité ethnique : une identité reposant sur la fiction d’une origine commune, indépendamment de la réalité biologique. Les nazis ont voulu transformer la fiction, le mythe, en réalité : on a vu où les a menés une telle folie…

 

Ce qui m’amène à répondre par l’affirmative à la question que je posais au début : oui, à mes yeux, il existe une ethnie française, une identité ethnique française. Comme toute construction culturelle, elle est incomplète, elle doit composer, par exemple, avec des vestiges de particularismes locaux, encore forts en certaines régions (Alsace, Bretagne). Cette ethnie française est apparue dans le Bassin Parisien, au Moyen Âge, et c’est là son foyer originel, à savoir les terres de langue d’oïl. Après la dislocation de l’empire carolingien, le terme « Franc » s’appliqua, en Francie occidentale (cadre de la France médiévale [4]) aux régions situées au nord de la Loire, à l’exclusion de la Bretagne, de la Normandie (dont l’aristocratie conserve une identité ethnique nordique durant un certain temps) et de la Flandre. Les Bourguignons sont à part. Au sud de la Loire, Aquitains et Provençaux sont des quasi-étrangers vers l’an 1000, au moment où les Capétiens se saisissent du trône. Puis cette ethnie, aux contours mouvants, va s’élargir progressivement, englober d’autres populations grâce aux conquêtes des rois de France. A partir du XIII° siècle, le terme de « Français » supplante le vieux nom des Francs. A la toute fin de l’Ancien Régime, l’ethnie française couvre l’essentiel du Bassin Parisien. Elle a absorbé les Normands, les Bourguignons, les Lorrains. Elle commence à déborder sur le Midi. Elle a traversé l’Atlantique et s’est implantée au Canada et en Louisiane, dans les Antilles, mais aussi à la Réunion. Lorsque survient la Révolution, l’ethnogenèse française est très partielle. Il existe encore une importante diversité culturelle et linguistique dans le royaume. L’Etat a pourtant pris soin de développer le premier réseau routier d’Europe. Insensiblement, les modes de vie se rapprochent et la langue française se diffuse déjà dans le Midi. La Révolution va accélérer le processus : l’unification politique, menée par un Etat centralisé, va entraîner une unification culturelle qui s’achève sous la III° République, à la fin du XIX° siècle, avec l’école obligatoire, l’apprentissage du français pour tous… et la fiction des ancêtres communs ! Nos fameux Gaulois, dont personne n’est capable de dire s’il en descend (c’est bien pratique…), constituent ce mythe fondateur qui est le propre de l’identité ethnique. Seulement cette ethnie française dépasse légèrement le cadre de notre pays : les Wallons, les Canadiens-français, les Suisses romands, tous francophones et de tradition catholique (pour les deux premières catégories tout du moins), Européens ou d’origine européenne, peuvent être considérés comme ethniquement français. En France même, la totalité des Français de souche qui se reconnaissent comme étant de culture française, mais aussi les Français issus de l’immigration, européenne ou pas, qui revendiquent également leur appartenance à la culture française, peuvent être reconnus comme ethniquement français. L’ethnie française est multiraciale, comme la plupart des ethnies d’ailleurs : on y trouve des Européens de type nordique, d’autres de type méditerranéen (et toutes les nuances entre les deux), des descendants de Slaves, de Germains, de Grecs, d’Arméniens, de Libanais, de Chinois, etc. Toutefois, il est vrai que cette ethnie comprend une écrasante majorité de « blancs », de type européen.

 

Enfin, il est important de distinguer clairement l’ethnie française de la nation française. Ce sont deux choses différentes. Les Canadiens-français ont quitté notre nation, tandis que les Wallons et les Suisses romands n’en font pas partie, toujours pour des raisons historiques. Et, contrairement à certains, je ne considère pas qu’ils aient vocation à y entrer, notamment en cas d’éclatement de la Belgique. Car la nation, pour moi, ne se fonde pas exclusivement sur des critères ethniques, même si je ne les exclue pas totalement, contrairement à la majorité des républicains. En revanche, je pense qu’on peut dire qu’ils font partie d’une « communauté de langue et de culture » française. La nation française, par contre, se compose d’autres ethnies que celle que j’ai tâché de définir. Outre-mer d’abord, il existe me semble-t-il une ethnie noire antillaise, dont l’histoire et la culture sont marquées par la traite et les siècles de servitude. Il n’y a pas à mon avis matière à en faire une obsession rancunière, mais c’est un fait. La distance joue aussi un rôle qui fait que la culture antillaise diffère sensiblement de la culture métropolitaine. A cette ethnie antillaise, noire et francophone, on peut relier les Haïtiens (qui ne font pas partie de la nation française) et les Guyanais (qui en font partie). On est là dans le monde afro-caribéen, qui a ses spécificités. Mais une famille d’Antillais qui s’installe en métropole et y reste plusieurs générations, peut finir par perdre son caractère « antillais » pour intégrer l’ethnie française. Il y a également une ethnie réunionnaise, fruit d’apports divers, une ethnie calédonienne (kanake), une ethnie polynésienne. Toutes ces ethnies appartiennent à la nation française, depuis longtemps pour certaines. En métropole, avec l’immigration, on rencontre aussi d’autres ethnies. Les descendants d’immigrés européens se sont majoritairement intégrés à l’ethnie française par acculturation, mais quelques-uns se réclament de leur ethnie d’origine (de jeunes Portugais par exemple). On peut considérer qu’il existe une ethnie musulmane maghrébine (descendants d’immigrés algériens, tunisiens, marocains), certains de ses membres étant entrés dans la nation française par droit du sol ou naturalisation, d’autres demeurant des étrangers. Je considère, je l’ai souvent dit, que les revendications de plus en plus véhémentes de cette ethnie représentent à mes yeux un réel danger pour l’unité nationale. On peut aussi parler, je crois, d’une ethnie musulmane turque et d’ethnies noires subsahariennes dont les membres sont le plus souvent originaires de l’ancienne Afrique de l’Ouest française, et qui posent parfois le même type de problème que les Maghrébins. D’autres ethnies sont présentes sur notre sol, de manière ponctuelle : arabe-chrétienne, musulmane-tchétchène, chinoise, vietnamienne, anglaise,… C’est évidemment une conséquence de la mondialisation des flux migratoires.

 

En revanche, il n’y a pas de « race française » au sens biologique du terme. On peut simplement dire que l’ethnie française, que j’ai essayée de définir, est très majoritairement de « race blanche » si l’on veut, disons plutôt de type européen. Je précise que le terme de « race » en soi n’implique aucune hiérarchie et ne remet nullement en cause l’unicité de l’espèce humaine. J’invite les sceptiques à se renseigner sur les races de chiens : ils pourront constater que tous les chiens, absolument tous, appartiennent à une seule et même espèce (canis lupus familiaris)…

 

[1] http://blog-nationaliste.blog4ever.com/definir-la-nation-un-enjeu-fondamental

 

[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Eug%C3%A9nie_de_Montijo

 

[3] L’ouvrage raconte l’ « exil intérieur » de l’auteur, artiste opposé au fascisme, envoyé en Basilicate, région misérable du Mezzogiorno. L’auteur vit au contact de cette population qui le prend en affection… et réciproquement. Le titre est un proverbe local, une façon de dire que Dieu délaisse cette contrée à l’écart du temps et de la modernité. L’adaptation cinématographique avec Gian-Maria Volontè (un acteur que j’aime beaucoup) est remarquable.

 

[4] http://blog-nationaliste.blog4ever.com/quand-la-france-est-elle-nee



21/05/2014
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