Nationaliste Social et Ethniciste

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Face à l'islam: Tariq Ramadan chez Laurent Ruquier

Quelques réflexions sur l'intervention de Tariq Ramadan à l'émission de Laurent Ruquier On n'est pas couché. Fallait-il l'inviter ? Certains, en effet, s'agacent de voir le philosophe musulman parader sur les plateaux télé. Je pense au contraire que M. Ruquier a bien fait. Mieux vaut connaître ses ennemis et leur rhétorique.

 

Le phénomène Tariq Ramadan

L'homme est incontestablement brillant, un intellectuel de haute volée, d'une solide culture et universitaire reconnu. De ce point de vue là, Tariq Ramadan fascine assez légitimement. C'est aussi un homme de foi, musulman pratiquant et assumé, ce qui est son droit le plus élémentaire. Bon orateur de surcroît, possédant un timbre de voix agréable, rompu à l'art difficile du débat (le vrai débat, avec des contradicteurs dignes de ce nom, ce que nombre de dirigeants ou d'intellectuels sont incapables d'affronter), on doit lui reconnaître un charisme certain. Evidemment, Tariq Ramadan n'a pas de peine à être plus fin que BHL. M. Ramadan est très controversé, notamment depuis la publication d'un livre à charges écrit par la journaliste laïque et féministe Caroline Fourrest. Honnêtement, je n'ai pas lu Tariq Ramadan (vingt-sept ouvrages à son actif !) et j'ai autre chose à faire. Je n'ai pas non plus lu Frère Tariq, le brûlot de Mme Fourrest. Mais cette dernière, bien qu'étant une femme intelligente, a des manières détestables : arrogante, sure d'elle et de « sa » vérité, prompte à soupçonner son détracteur d'appartenir à l'éternelle coterie fascisto-racisto-homophobe. C'est d'ailleurs paradoxalement un point commun avec « Frère Tariq », lui aussi prodigieusement complaisant à souligner la mauvaise foi ou les défauts de méthode des autres… Le présent article portera uniquement sur les échanges oraux de l'émission On n'est pas couché.

 

Il faut reconnaître que M. Ramadan est un homme habile, sachant vanter et jouer sur la multiplicité de ses identités mais il eut été pertinent de lui demander de les hiérarchiser. D'ailleurs, Francis Huster a abordé la question. Ramadan se présente comme un Européen musulman. Rappelons que l'identité européenne n'ayant aucune substance (pour un citoyen helvétique de surcroît !), il n'est pas très difficile de deviner l'identité principale de M. Ramadan… Enfin, lui aussi sait nous ressortir le petit couplet de la victimisation, rappelant à qui veut l'entendre qu'il est interdit de séjour en Arabie Saoudite. La belle affaire ! Ben Laden aussi, après tout. M. Ramadan est fâché avec les « dictatures du monde musulman »… mais est-ce parce qu'il s'agit de dictatures ou pour des désaccords théologiques ? Comme nul n'est parfait, Tariq Ramadan a un défaut fondamentale : l'immodestie qui le conduit à avoir une confiance aveugle en son esprit supérieur. Il a répété à plusieurs reprises : « Depuis vingt ans, je le répète », « cela fait vingt-cinq ans que je le dis ». Jamais de doute ni de remise en cause ? Il a même déclaré : « j'ai fait avancer les choses ». Diable ! Que ferions-nous si Allah ne nous avait pas gratifier d'un tel homme ?

 

Face à Zemmour

J'aime bien Eric Zemmour, désolé de le dire. Il lui arrive de dire des choses avec lesquelles je ne suis pas d'accord, de pécher par maladresse ou approximation mais dans l'ensemble, mes opinions rejoignent souvent les siennes. Je suis gré à Laurent Ruquier d'accepter dans son équipe un ardent patriote, défenseur de la nation française et de la République.

 

Logiquement, Zemmour accusa Ramadan d'être communautariste et de ne pas respecter la tradition laïque française. Excellente réponse, si j'ose dire, de M. Ramadan : « c'est votre conception de la tradition française et de la laïcité. Ce n'est pas ce que pensent les spécialistes français ». Zemmour aurait pu rétorquer que les « spécialistes » auto-proclamés de la tradition française et de la laïcité ne représentent qu'eux-mêmes, et on ne voit pas bien pourquoi la conception de la laïcité d'un Baubérot serait plus « juste » que celle d'un Zemmour. Les affaires publiques sont trop importantes pour que la nation s'en dessaisisse au profit des « experts ». La République française repose sur la souveraineté du peuple, non sur l'avis de spécialistes. D'autre part, il est assez incroyable que Tariq Ramadan, citoyen helvétique de confession musulmane, vienne sur un plateau nous expliquer ce qu'est la France, la tradition française et la laïcité ! D'une manière générale, ce travers se retrouve chez de nombreux Français issus de l'immigration récente, de Nicolas Sarkozy à Rama Yade. Ramadan n'a aucune légitimité pour parler de la « tradition française ». Il eut été plus honnête en disant : « voilà comment j'interprète la laïcité française » plutôt que de faire la même chose qu'il reprochait à Zemmour, à savoir se poser en détenteur du véritable sens de laïcité (même s'il a pris soin de se réfugier derrière des intellos à la mode). Zemmour n'a pas vraiment eu la possibilité (ou la volonté) d'amener Ramadan sur cette contradiction. Passons.

 

De la même manière, Zemmour aborda intelligemment la question des femmes, en apportant un argument fort intéressant, au-delà la question habituelle soumission/non-soumission : il fit remarquer que le voile est finalement une manière pour la communauté musulmane de s'assurer l'exclusivité des femmes. Si une femme porte le foulard volontairement, elle signifie « je suis musulmane, seul un musulman m'épousera ». Il est étonnant que les gens de gauche ne bondissent pas devant ce manque certain d'ouverture… Comme Zemmour le rappelle, l'intégration se fait par les femmes, depuis les chefs francs épousant des filles de notables gallo-romains jusqu'aux Polonais ou Italiens prenant femme française. On me répondra à juste titre que les musulmans de France prennent volontiers des épouses natives, ce qui est vrai. Mais il faut noter que : 1) cette épouse se convertit parfois, le mari très rarement ; 2) si l'épouse ne se convertit pas (et assez souvent, elle ne le fait pas), il est frappant de constater que les enfants reçoivent en général un prénom arabe (ou bien son dérivé turc ou africain) affirmant ainsi l'identité musulmane, là où l'enfant né d'un couple franco-polonais reçoit plus rarement un prénom slave ; 3) j'ai l'impression, mais il faudrait une étude sérieuse pour le confirmer, que dans le cadre de couples « bi-religieux », les enfants parvenus à l'âge adulte ont plus tendance à se tourner vers l'islam que vers l'autre religion, d'autant plus si on les a d'emblée affublés d'un prénom qui les renvoie à cette croyance. Si les musulmans sont bien disposés à prendre femme chez l'autochtone, ils sont nettement plus réticents à donner leurs filles au même autochtone si ce dernier ne se convertit pas. Bilan de tout cela : quel résultat pour l'intégration ? Nul. Ou plus exactement, ce sont les musulmans qui cherchent à intégrer des Français natifs, dans une forme d'intégration à l'envers. On aurait pu interpeller M. Ramadan sur ce point. Il est de bon ton de saluer le nombre croissant d'unions « mixtes » et de naissances « métissées ». Pourtant, tout cela ne fait que favoriser l'islamisation de la France et au final la « défrancisation » de notre pays, nous acheminant vers une société rongée par les rivalités communautaires. Bien sûr, Tariq Ramadan a la solution. Il est effectivement possible d'acheter la paix sociale : en capitulant chaque jour un peu plus, en accordant des droits exorbitants aux musulmans qui s'apparentent de plus en plus à de véritables privilèges, en « modernisant » la loi sur la laïcité pour « donner sa place » à l'islam. Pour ma part, je refuse que ma contribution aux dépenses de la nation serve à subventionner la construction de mosquées, c'est-à-dire l'islamisation du paysage urbain français. D'une manière générale, Zemmour et Ramadan ont fait match nul mais Ramadan a eu tendance à prendre l'ascendant, allant jusqu'à inverser les rôles : « Quand je vous écoute Eric Zemmour, vous me faites peur », ce que Zemmour a très bien remarqué en lui lançant un cinglant : « Ca change, d'habitude, c'est vous ». Il est clair que Tariq Ramadan s'attendait aux attaques de Zemmour et que son petit argumentaire était prêt. Mais manifestement, l'intellectuel musulman s'attendait moins à l'intervention de Francis Huster, par ailleurs excellent acteur et comédien.

 

Mon dernier mot pour Zemmour sera de saluer cette phrase qui m'a ému : « Je suis un juif français, un israélite français comme disait ma mère. Et ça me convient très bien ». Bien dit. Et plus clair que l'incroyable (et à vrai dire ridicule) liste d'identités juxtaposées de Tariq Ramadan, improbable égypto-maroco-franco-helvético-européo-musulman (!).

 

Face à Huster

De manière assez inattendue je dois dire, c'est Francis Huster (que je classais jusque là dans les comédiens de la gauche bobo, personnalité insipide à force d'être consensuelle, en dépit de son brillant talent d'artiste) qui a trouvé un angle d'attaque pertinent. Francis Huster a exprimé son attachement pour la France, qu'il associe à un idéal de liberté et d'humanisme. Oh ! Je me doute que sa conception de la France est assez différente de la mienne, mais enfin, nous partageons l'amour de notre pays.

 

Tariq Ramadan, révélant par là sa francophobie intrinsèque, en vint à demander à Huster si, jeune homme de 20 ans, il prendrait part, au nom de la France, à une entreprise coloniale. Cette question était assez déplacée au demeurant, car enfin, on n'en voit pas bien l'utilité sauf à pousser Francis Huster à renier tout ou partie de son amour pour la France et à procéder à une autocritique repentante : « oui, c'est vrai, la France a colonisé, c'est un pays de fascistes, de racistes, etc », on connaît la sempiternelle litanie. Il me semble que la question de Tariq Ramadan traduisait largement son refus personnel, ne serait-ce que de concevoir qu'on puisse aimer la France. Mais Francis ne s'en laissa pas conter : rappelant avec émotion qu'il est officier de la Légion d'Honneur (ce qui par conséquent signifie quelque chose pour lui, contrairement à beaucoup d'artistes), le comédien répondit à l'islamologue distingué par une question : « Mais vous, M. Ramadan, seriez-vous venu jusqu'à Poitiers affronter Charles Martel en 732 ? ». Grimace de M. Ramadan signifiant peut-être « mais ça n'a rien à voir ! ». Je crois plutôt que Francis Huster a fort intelligemment appliqué l'adage : « A question stupide, réponse stupide ». Cependant, il fallait oser ! La bataille de Poitiers est considérée de plus en plus comme une référence islamophobe, raciste, « nationaliste » d'extrême droite (qui s'approprie logiquement le passé national délaissé voire dénigré par les autres mouvements politiques ; quand on y réfléchit, le FN ne fait qu'occuper le vide…). Et d'aucuns de regretter que les Francs aient gagné ! Personnellement, j'aurais pris l'exemple de Constantinople en 1453 : « Auriez-vous participé à l'assaut sur Constantinople, M. Ramadan ? Auriez-vous participé aux viols, meurtres et saccages d'églises qui se sont déroulés dans une atmosphère de ferveur religieuse, le sultan Mehmet II ayant appelé au djihad pour arracher aux Byzantins leur capitale et ultime bastion ? Rappelons que c'est en vertu du droit musulman que Mehmet II a accordé trois jours de pillage à ses troupes. Ah mais, suis-je bête, M. Ramadan, il y avait une solution : capituler et se convertir. Oui, au lieu de résister de manière idiote, de défendre sa culture millénaire, pourquoi diable Constantin XI Dragasès n'a-t-il pas lui même transformé sa basilique Sainte-Sophie en mosquée ? Il aurait épargné tant de morts ! Et vous êtes un humaniste, M. Ramadan, vous n'aimez pas que le sang coule… ».

 

Contre toute attente, tel d'Artagnan, Francis Huster (que les propos de Tariq Ramadan avaient peut-être un peu agacé) poursuit l'offensive : « Aimez-vous la France, M. Ramadan ? », « Seriez-vous prêt à devenir Français ? ». Là, je dois dire, j'ai senti le très cérébral Tariq Ramadan vaciller. A la première question, il a concédé un amour de la langue, de la culture et de la littérature française, même de la « tradition » (mais laquelle ?), mais sans jamais dire qu'il aimait notre pays. Ce qui est, somme toute, un aveu. Quant à la question de devenir Français, il s'en est tiré en disant que oui, mais que le gouvernement français ne l'accepterait pas. Manière habile de rejeter la faute sur les autres, alors que son attitude transpirait l'hostilité à la France. De toute manière, il est clair que nous n'avons vraiment pas besoin de Tariq Ramadan.

 

Tariq Ramadan, ou le dilemme de Théodoric le Grand

Tariq Ramadan me fait furieusement penser au roi des Ostrogoths qui, depuis Ravenne, régna sur l'Italie et domina l'Europe barbare de 493 à 526. Comme Tariq Ramadan, Théodoric était de double culture : gothique et de religion arienne (une hérésie chrétienne) mais aussi pétri de culture gréco-latine après des années de jeunesse passées comme otage à Constantinople (décidément, on en revient souvent à cette ville). Devenu le maître incontesté de la riche Italie, Théodoric entreprit de bâtir un système fondé sur sa double culture, suprême habileté. L'objectif était un peu le même que celui des musulmans aujourd'hui : intégrer les Goths au monde romain mais sans s'assimiler, mieux en conservant voire en renforçant leur propre identité, gothique et arienne (mise à l'écrit des épopées ancestrales, rédaction d'une Bible en langue gothique). Pendant son règne, Théodoric joua admirablement de cette double identité, mais à la longue, les contradictions inhérentes à son positionnement apparurent. Et l'on sait ce qu'il advint : détruit par la reconquête byzantine, le royaume ostrogoth d'Italie devait être le plus éphémère des royaumes « romano-barbares » d'Occident.

Tariq Ramadan est dans la même posture inconfortable (à ceci près que convertir les Européens à l'islam ne lui déplairait pas, mais je le crois trop intelligent pour ne pas savoir que la résistance sera rude et qu'une fraction importante de la population native, en France et ailleurs, n'acceptera jamais d'embrasser la foi islamique). L'idée d'une harmonieuse coexistence entre deux cultures étrangères me laisse sceptique. Quand on regarde l'histoire, on s'aperçoit qu'en Sicile et en Espagne, ces « paradis multiculturels » du Moyen Âge, la situation n'était pas si idyllique que cela. Et la re-latinisation a eu lieu, au XIII° siècle en Sicile, sous Frédéric II pourtant réputé islamophile mais qui écrasa les musulmans révoltés de l'île, au XV° siècle en Espagne. Œuvre des méchants occidentaux dira-t-on. Mais à Kairouan, Tunis, Mahdia, Carthage, Tozeur, il y avait encore des communautés chrétiennes autochtones au IX° siècle sous les Aghlabides. Elles avaient depuis longtemps disparu lorsque les soldats français posèrent le pied au Maghreb en 1830… Après 1050, l'arrivée de la tribu des Arabes Hilaliens acheva en effet d'arabiser (les tribus berbères se cantonnant dans les réduits montagneux) et d'islamiser assez violemment le Maghreb. Les descendants des Arabes Hilaliens oeuvrent à présent de l'autre côté de la Méditerranée… On peut aussi évoquer l'harmonieuse coexistence entre Serbes et Albanais du Kosovo.



03/10/2009
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