Nationaliste Social et Ethniciste

Nationaliste Social et Ethniciste

Histoire du nationalisme français

L'objectif de cet article est de préciser la ligne idéologique défendue sur ce blog, en s'intéressant ici à la filiation historique dont elle se revendique. Il s'agit également de montrer qu'aujourd'hui un véritable nationalisme français ne peut qu'être républicain et que les autres formes de nationalisme sont des impostures, historiquement illégitimes ou décrédibilisées par la trahison.

 

Un nationalisme hérité de la Révolution française

Le nationalisme n'a guère de raison d'être avant 1789, car la nation n'existe pas au sens politique du terme. Le roi de France s'adresse à "ses peuples", rappelant ainsi la diversité d'un royaume où les lois et coutumes varient selon les provinces. Evidemment, tout ne s'est pas fait en un jour. Depuis des siècles, des rois travaillent avec ténacité à l'unification de la France. On ne saurait faire preuve à ce sujet de républicanisme fanatique: pendant près d'un millénaire, nos rois, dont la plupart se montrèrent à la hauteur de la tâche, ont réalisé une oeuvre colossale, édifiant patiemment un cadre territorial durable puisque pour l'essentiel, c'est celui dont nous sommes les héritiers. La politique de centralisation a commencé sous les rois, mais ces derniers ont toujours maintenu les particularismes locaux. Finalement, on pourrait dire que Louis XVI, par sa maladresse et son incurie, a privé la monarchie du fruit de son labeur multiséculaire! Nous ne devons pas oublier que la première ébauche de conscience nationale est à rechercher dans la loyauté à la dynastie capétienne. Les siècles passés dans l'obéissance aux descendants de Charlemagne, puis d'Hugues Capet, tiennent encore lieu de passé commun. Le républicain Tite-Live, contant les origines de Rome, savait ce que sa cité devait à ses rois de l'ancien temps. La France doit plus encore aux siens, puisqu'ils ont façonné le cadre géographique sans lequel la nation française n'aurait pu naître. Dès la fin du Moyen Âge, on commence à ressentir confusément qu'au-delà de la personne du roi, il y a la France, cette France personnifiée qui apparaît pour la première fois sous les traits d'une femme dans les enluminures de cette époque. Quoi qu'il en soit, un nationaliste républicain sait que Philippe Auguste, Saint Louis, Louis XI, Louis XIV méritent amplement leur place dans le panthéon national.

 

Pourtant, c'est la République qui a couronné (si j'ose dire) l'oeuvre de la monarchie, en portant la nation française sur les fonts baptismaux. Que s'est-il passé? Le courage de Louis XVI au moment de son exécution ne doit pas faire oublier les insuffisances du personnage. Il n'a point été le digne représentant de sa lignée. Ce n'était pas la première fois que la monarchie française vacillait: Charles V au XIV° siècle a vu Paris révolté le chasser, tout comme Henri III au temps de la Ligue et le tout jeune Louis XIV à l'époque de la Fronde. Toujours, les rois se sont ressaisis et se sont imposés par le fer, tel Charles VII reconquérant tout le nord de son royaume, ou Henri IV contraint de prendre sa capitale les armes à la main. Louis XVI, non. S'il s'était enfui de Paris pour recruter des troupes loyales dans les provinces, refusant fièrement l'aide des rois étrangers, afin de les mener au combat, à cheval, en première ligne, en véritable "roi de guerre", alors je serais monarchiste. Mais contemplant les actes de ce roi (dont la personne peut légitimement inspirer la sympathie), je ne puis l'être. Car je ne vois qu'un poltron tentant de quitter la France pour rejoindre son beau-frère l'empereur et les armées étrangères levées par les autres souverains. Je ne vois qu'un traître. Comment aujourd'hui des Français peuvent-ils se prétendre nationalistes et royalistes? La monarchie a trahi la France, dès lors elle a perdu toute légitimité. Car c'est bien la Convention qui a écrasé sans faiblesse les ennemis intérieurs et extérieurs de la France, et je dis bien de la France et non de la République. Derrière les hypocrites déclarations et les discours de "solidarité" entre les trônes, il serait naïf de croire que les monarques d'Europe se sont uniquement mobilisés pour rétablir (puis pour venger) le brave Louis XVI. Je ne trouve nulle trace d'une telle mobilisation lorsque Charles 1er d'Angleterre fut exécuté au XVII° siècle. On devine en réalité l'ardent désir d'en finir avec l'insolente suprématie française sur le continent, et la volonté de détruire l'héritage de Louis XIV. Par conséquent, Valmy et Fleurus ont assis la légitimité de la République, reléguant à jamais les monarchistes au rang de traîtres et de suppôts de l'étranger. Robespierre et Saint-Just sont les héritiers de Philippe Auguste et de Louis XIV alors que Louis XVI et ses frères ont trahi leur lignée et leur pays. Que dire d'un Louis XVIII, honteusement ramené dans les fourgons de l'étranger? Qu'ont à dire les "nationalistes" monarchistes? Le sang versé par les soldats de l'an II pour la défense de la patrie effacent le droit des descendants d'Hugues Capet et de Saint Louis à présider aux destinées de la France. La loyauté ne saurait être exigée à l'égard d'une dynastie traîtresse et parjure. Le peuple français arrivait à maturité politique, la monarchie ne l'a pas compris. Elle a été balayée pour cela.

 

La nation française a donc dû se chercher d'autres références pour tenir les rangs dans l'adversité. C'est l'antique idéal civique qui l'a revigorée: Sparte, Athènes, et plus encore la Rome républicaine, celle décrite par Tite-Live et Plutarque, voilà les glorieux modèles qui s'offraient aux révolutionnaires français. La tentative, grandiose et tragique, des jacobins montagnards d'édifier une République sociale, véritable "cité à l'antique", fondée sur la vertu, la petite propriété chère aux Gracques, et une authentique démocratie, jette un éclat sans pareil, par delà les siècles, sur l'histoire nationale. Alors bien sûr, j'entends déjà ceux qui vont s'indigner en brandissant le "livre noir" de la Révolution: la Terreur, la répression, les massacres, les exactions... Tout cela est vrai. Je répondrai que ce fut une période troublée, ni la première, ni la dernière. Y a-t-il eu plus de morts qu'aux sombres temps de la Guerre de Cent ans ou des Guerres de Religion? La Convention plus meurtrière que la Ligue? C'est à voir. Saint-Just n'est pas un "pré-fasciste" ni Robespierre un dictateur comme le soutient une historiographie "de droite": ces deux hommes ont agi dans le cadre d'institutions collégiales, et à aucun moment n'ont confisqué le pouvoir. On sait maintenant que Robespierre a blâmé certains excès et a même sauvé des condamnés, y compris des adversaires girondins! Les rapports entre comité de Salut public et comité de Sûreté générale (sorte de "police politique") sont très complexes et de récentes recherches tendraient à montrer que les robespierristes n'étaient pas nécessairement en position d'imposer leurs vues durant le déroulement de la Terreur. Rien n'est jamais simple. Ce qui est certain, c'est qu'en France, nation et République sont intimement liées. En renonçant aux privilèges (lois particulières), les villes et provinces de France ont renoncé à une part de leur identité. Cette décision a été prise par des représentants élus. En contrepartie, tous les Français ont reçu l'égalité des droits, la liberté et la possibilité de prendre en main l'avenir politique du pays. Il y a donc transfert de souveraineté du roi à la nation. Que signifie la liberté? C'est à terme l'émancipation de l'individu vis-à-vis des réseaux de clientèle locale, vis-à-vis du clan, de la famille, de la corporation. C'est aussi la liberté politique: le sujet, éternel enfant (le roi est "le père nourricier de ses sujets") devient citoyen adulte, le lien civique avec l'ensemble de la nation remplaçant l'allégeance à la personne du roi. Un rapport horizontal d'égalité remplace donc un rapport vertical de domination/soumission. Le problème aujourd'hui est que le capitalisme libéral réintroduit un rapport vertical, par conséquent inégalitaire et par essence anti-républicain.

 

Un nationalisme longtemps classé "à gauche"

Beaucoup de bobos et de gauchistes bondiraient s'ils lisaient cela (mais ça m'étonnerait qu'ils viennent sur ce blog). Pourtant c'est vrai. Jusqu'en 1871, le nationalisme français est jacobin, républicain et donc classé à gauche voire à l'extrême gauche (pauvre Besancenot!). Au contraire, la droite monarchiste (qui n'a rien à voir avec la droite républicaine du XX° siècle) est "internationaliste" de par sa foi, puisque le catholicisme qu'elle professe dépasse le cadre national. Cette droite est pacifiste et soutient donc la Sainte Alliance, c'est-à-dire l'ordre selon les rois. Alliance du sabre et du goupillon, solidarité entre les couronnes d'Europe, répression des sentiments nationaux vus comme "libéraux" (au sens politique du terme): voilà les piliers de l'idéologie monarchiste. Pour cette droite, le nationalisme, c'est la guerre et la guerre est forcément révolutionnaire. Les républicains jacobins ont des ennuis jusqu'en 1871. Pour plusieurs raisons, ce nationalisme jacobin, "de gauche", décline après la guerre franco-allemande (et non franco-prussienne comme on lit parfois: Bavarois, Wurtembergeois, Saxons, Hessois sont aussi venus à la curée). La raison en est l'écrasement de la Commune de Paris. Evoquer l'idéologie communarde (si idéologie cohérente il y a) est difficile. En tout cas, Lutte Ouvrière et l'extrême gauche française, communiste et trotskiste, se trompent lourdement lorsqu'ils vont déposer leurs gerbes: la Commune n'a rien à voir avec eux. Les communards ne sont nullement internationalistes, ils sont fidèles à l'universalisme républicain (c'est-à-dire à une fraternité de peuples et de nations libres), ce qui n'est pas la même chose. Pour eux, la lutte des classes ne l'emporte pas sur la défense de la patrie. Sociologiquement, les communards ne sont pas des prolétaires pour beaucoup d'entre eux mais plutôt des petits artisans et boutiquiers de l'ère "pré-industrielle". La lutte contre le capitalisme n'a pas grand sens pour eux, car ils ne sont pas exploités par le grand capital. Leurs ennemis les traitèrent de "partageux", mais l'objectif réel était de bâtir la République sociale plutôt qu'une société vraiment "socialiste". 

 

Or Thiers et les Versaillais ont écrasé dans le sang la Commune, décapitant ainsi le nationalisme "de gauche", disons social, hérité de la Révolution. Parallèlement, la gauche marxiste, internationaliste, celle de Jean Jaurès et de Jules Guesde, prend son essor à la fin du XIX° siècle. Cette "nouvelle gauche" déborde bientôt la "vieille gauche" française. Pour le montrer, que l'on observe le parcours d'un Georges Clemenceau: en tant que député, il commence à l'extrême gauche... pour finir à droite! Avons-nous là le précurseur d'Eric Besson? Point du tout. Clemenceau n'a guère changé ses convictions profondes (bon, il s'est lié aux intérêts de la grande bourgeoisie), c'est le paysage politique qui a évolué. Comme rien n'est jamais simple, la "nouvelle gauche" internationaliste conservera toujours un vieux réflexe patriotique. Rappelons que Jules Guesde se rallie à l'Union sacrée et fait partie du gouvernement de 1914 à 1916. On peut donc voir qu'en grattant un peu la "nouvelle gauche", la "vieille" n'est pas toujours très loin...

 

Le nationalisme passe à droite

Alors que le nationalisme jacobin, socialement progressiste et républicain est affaibli par le rapport problématique que la gauche socialiste entretient avec la nation, un nouveau nationalisme émerge: royaliste, anti-jacobin et réactionnaire, celui-ci. Il est l'oeuvre de Charles Maurras, intellectuel de talent épris de littérature. Précisons que le nationalisme jacobin survit malgré tout au sein de la droite républicaine, incarnée par exemple par Poincaré, et qui connaîtra son heure de gloire avec De Gaulle, avant d'être débordée par la droite libérale. Charles Maurras ne veut pas voir que la dynastie des Bourbons a trahi la France. Il ne veut pas voir que la République, la "gueuse" comme il l'appelle, a acquis sa légitimité les armes à la main, qu'elle fut victorieuse en 1793 comme en 1918. Surtout Maurras renie la définition de nation telle que l'a léguée la Révolution. Et comme il n'y avait pas de nation clairement définie avant 1789, il est contraint de produire une nouvelle définition! La nation maurrassienne exclut les juifs alors que la Révolution les a émancipés. Elle voit d'un mauvais oeil les protestants, alors que ces derniers sont des citoyens honorables pour la plupart. Il ne s'agit pas ici de rejeter des immigrés sous le prétexte qu'ils seraient inassimilables. Non, Maurras s'en prend à des Français natifs en raison de leur appartenance religieuse (alors même que le protestantisme est seulement une autre branche du christianisme). La nation maurrassienne est catholique, non de conviction mais de raison. Elle est également "régionalisée" (eh oui, l'idée "moderne" de régionalisation anti-jacobine vient de l'extrême droite réactionnaire!). Toute la construction nationale depuis la Révolution est remise en cause. L'Action française, le mouvement de Maurras, chante les louanges des Vendéens "martyrs" et du roi "martyr", c'est-à-dire des traîtres et des rebelles. A force d'être anti-républicain, à force d'admirer les traîtres, Maurras et certains de ses disciples finiront, comme Louis XVI, par prendre le parti de l'étranger. Et l'Action française se montrera ainsi plus anti-républicaine que nationaliste... Si en 1914-1918, Maurras a fait partie de l'Union sacrée, il qualifie en revanche de "divine surprise" la défaite de 1940, insultant par là-même les 100 000 soldats français morts en défendant le sol national. Dans les années 30, l'Action française avait largement participé à la démoralisation de la nation (comme les communistes d'ailleurs, Staline et Hitler s'étant rapprochés à cette période). Puis, tout en restant officiellement germanophobe, Maurras a soutenu le régime du maréchal Pétain dont le gouvernement a collaboré avec les nazis, et a publié dans son journal de violentes diatribles contre les juifs et les "anglo-américains". Le nationalisme de Maurras est donc une imposture: car, au nom du "nationalisme intégral", trahir la nation française qu'on prétend aimer, il fallait oser! Mais jusqu'à nos jours, l'influence maurrassienne se fait sentir: le nationalisme français est classé à l'extrême droite par beaucoup de nos concitoyens à cause de Maurras; si le nationalisme français est marqué du sceau infâme de l'antisémitisme, c'est à l'Action française que nous le devons. L'étendue du mal est immense.

 

Le Front National, qui prétend monopoliser la sensibilité nationaliste, est l'héritier idéologique de l'Action française. Marine Le Pen l'a peut-être compris, certaines de ses déclarations me laissant à penser qu'elle s'est aperçue que le véritable nationalisme ne peut qu'être républicain. Le problème est que l'extrême droite, dans ses différentes composantes rivales, reste soudée par l'antisémitisme. C'est tellement vrai qu'on pourrait dire que l'extrême droite française est souvent plus antisémite que nationaliste! La preuve, certaines composantes de l'extrême droite n'hésitent pas à s'allier aux islamistes les plus obscurantistes, à nouer des relations amicales et complices avec des gens qui haïssent l'Occident "décadent" (dont la France fait partie, désolé pour les gauchistes) et qui souhaitent imposer la charia à la terre entière. C'est l'application du principe: "Réactionnaires de tous les pays, unissez-vous!". Finalement, la seule façon pour le FN de devenir pleinement nationaliste serait de... rompre avec l'extrême droite! Cruel dilemme...

 

Si j'étais nationaliste néerlandais ou danois, je serais certainement monarchiste. Si j'étais nationaliste allemand, je pourrais être monarchiste car il est vrai que les rois de Prusse et ci-devant empereurs d'Allemagne de la maison des Hohenzollern ont mené l'Allemagne à son apogée avant 1914. Etant nationaliste français et considérant l'histoire de mon pays, je ne peux qu'être républicain. En outre, le projet politique de République sociale, l'idéal civique qu'il porte et les valeurs qui y sont liées m'apparaissent légitimes en soi. Le nationalisme social et républicain peut donc se prévaloir d'une double légitimité: légitimité au regard de l'histoire nationale d'une part et légitimité au regard de sa noble finalité d'autre part.



21/05/2009
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