Nationaliste Social et Ethniciste

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Hommage à Khaled al-Asaad

Il s'appelait Khaled. Khaled al-Asaad. Il avait 82 ans et il était syrien. Je n'ai jamais rencontré cet homme, j'ignore même à quoi il ressemble, mais je sais ce que nous avions en commun : l'amour du patrimoine, de l'histoire, en particulier la passion pour l'époque hellénistique qui a vu la civilisation grecque rencontrer les vieilles cultures de l'Orient, égyptienne, sémites, iranienne, et entamer avec elles des échanges féconds qui se sont poursuivis jusqu'à l'époque de l'empire romain. Khaled al-Asaad est né à Tadmor, près de l'antique Palmyre. Après un diplôme d'histoire obtenu à l'université de Damas, il a travaillé sur le site de Palmyre comme archéologue et conservateur. Un site sur lequel il a veillé amoureusement pendant près de quarante années, soucieux de préserver, de mettre en valeur et d'approfondir la connaissance de ce trésor de la nation syrienne et de l'humanité. Je me plais à l'imaginer déambulant à l'ombre des colonnes antiques en rêvant aux Palmyréniens, riches commerçants ou archers mercenaires, qui vivaient là il y a deux mille ans, au carrefour de la civilisation gréco-romaine et du monde sémitique, comme un trait d'union entre deux grandes cultures. Je le vois regarder les ruines des orgueilleux temples qui s'élevaient jadis, en songeant à la mythique reine Zénobie de Palmyre qui fut en son temps une prétendante sérieuse à la pourpre impériale de Rome. C'était au III° siècle de notre ère, période troublée pour le monde romain. Khaled al-Asaad avait d'ailleurs appelé Zénobie une de ses filles, en hommage à l'illustre Palmyrénienne. Un silence pesant règne désormais sur les ruines de Palmyre. Les visiteurs ont déserté le site archéologique. La peur et la mort rôdent entre les colonnes et les murs des édifices. Le silence est parfois rompu par le bruit des bulldozers venus détruire ce que le temps magnanime avait épargné. Le vieux théâtre antique ne résonne plus que des « Allah Akbar » éructés par les brutes incultes de l’État Islamique (EI). Lorsque ces islamistes sanguinaires ont commencé à menacer Palmyre, Khaled al-Asaad aurait pu fuir, nul ne lui en aurait fait grief. Il ne l'a pas fait. Avec un courage admirable, ce noble vieillard a voulu rester près du site auquel il avait consacré toute sa vie. Même un Tamerlan, même un Soliman aurait été impressionné, je gage. Pas les sbires d'Abou Bakr al-Baghdadi, seigneur et maître de l'EI. Ils ont arrêté le vieillard, l'ont probablement torturé pour s'emparer de pièces archéologiques qui iront demain alimenter le marché illégal des antiquités et, par là même occasion, procurer des ressources à l'EI. Puis, au terme d'un simulacre de procès, les islamistes ont décapité et démembré le savant, avant d'exposer sa tête et ses membres, dans le cadre d'une campagne de terreur parfaitement orchestrée.

 

Le site de Palmyre est orphelin. Je ne sais s'il m'entendra là où il se trouve, mais je veux d'abord dire merci à Khaled al-Asaad. Merci d'avoir veillé si longtemps sur ce trésor de l'humanité qu'est le site archéologique de Palmyre. Merci d'avoir contribué au progrès de la connaissance historique. Je veux ensuite dire l'admiration que j'éprouve pour cet homme, qui est mort debout, en homme libre, en patriote également, lui qui était baasiste. J'adresse mes sincères condoléances à sa famille. Khaled al-Asaad est tombé victime de l'obscurantisme et du fanatisme. Victime également du coupable aveuglement des dirigeants occidentaux qui ont installé le chaos en Irak et soutenu la rébellion en Syrie. Et je pense notamment aux gouvernements américain et français. Combattre le régime de Bachar el-Assad, c'est combattre un gouvernement certes despotique, mais de tendance laïque, adepte de la tolérance religieuse, qui protège les chrétiens et qui a toujours eu à cœur de préserver et d'étudier le patrimoine comme l'histoire du pays (en dépit des raccourcis nationalistes). C'est faire le jeu des extrémistes les plus rétrogrades.

 

Le Croissant fertile syro-mésopotamien est l'un des berceaux de notre civilisation : premières cités-états, premiers empires, premières cosmogonies (dont la Bible et le Coran portent la trace), premières écritures (et en particulier premier alphabet, à Ougarit en Syrie justement). Bien avant la Grèce, bien avant Rome, l'homme a construit des villes et écrit des lois dans ce Croissant fertile. Est-il possible que, quelques cinq mille ans après ce miracle, ce même Croissant fertile ait le triste privilège d'engendrer cette funeste légion barbare qui entend plonger l'humanité dans la sauvagerie la plus inhumaine et dans la cruauté la plus abjecte, provoquant ainsi une régression sans précédent ? 



01/09/2015
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