Nationaliste Social et Ethniciste

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Hommage à Philippe Séguin

Autant le dire franchement : je n'aime pas beaucoup les éloges posthumes, belle occasion d'assister au bal des hypocrites. On découvre les mérites des gens après leur mort. De leur vivant on ne voyait que leurs défauts. Je n'aime pas la façon dont les médias traitent du décès des personnalités : c'est toujours l'occasion de faire de la surenchère émotionnelle, une fois de plus. Je rêve d'un monde où les journalistes pousseraient les citoyens à la réflexion et non à la compassion… Mais une fois n'est pas coutume, je vais me joindre au chœur. Philippe Séguin est l'une des très rares personnalités de droite qui m'inspirait un certain respect. Il m'a semblé remplir son rôle de premier président de la Cour des comptes avec rigueur et sérieux. Et avec une certaine indépendance.

 

Un gaulliste social

Saluons d'abord la mémoire du patriote et du républicain. Pupille de la nation, orphelin d'un père tombé pour la France, Philippe Séguin a conservé toute sa vie un attachement viscéral pour la patrie. Véritable républicain, il fut un produit de la méritocratie républicaine, et il le disait et en était fier, lui, l'enfant modeste devenu énarque. Au milieu du népotisme sarkozyste, de cette infâme société de connivence qui fait le jeu de la médiocrité, Philippe Séguin était l'exemple vivant qu'on peut s'élever par les études et par le travail. C'est là le socle de notre République, qui n'est pas morte malgré les coups qu'on lui porte. La République, Philippe Séguin l'a défendue, et contrairement à trop de républicains « de gauche », il ne la dissociait pas de la nation. Ardent défenseur de la souveraineté nationale, il osa sortir du rang pour combattre le traité de Maastricht dont il ne voyait que trop bien les dérives bureaucratiques et anti-démocratiques, prémonitions qui se sont hélas bien vérifiées.

 

Saluons ensuite la fibre sociale d'un homme qui jamais ne donna dans le libéralisme débridé, conscient que le fonctionnement convenable d'un Etat a un coût. Et que les fonctionnaires, tant décriés par les lecteurs du Figaro et les militants UMP (qui bien souvent sont les mêmes), ont quand même une utilité. Ce qui ne signifie pas que tout le monde doit être fonctionnaire.

 

Saluons le passionné d'histoire, très intéressé par Napoléon III auquel il s'efforça de rendre justice dans un ouvrage. Philippe Séguin maniait une langue française dont devraient s'inspirer bien des dirigeants, à commencer par le président de la République qui étale régulièrement son mépris (ou sa méconnaissance) des règles grammaticales élémentaires du français.

 

Saluons enfin un homme d'honneur. Il fut d'une fidélité sans faille à Jacques Chirac, qui ne méritait sans doute pas tant. Il lui donna son fameux thème de la « fracture sociale » mais le Corrézien en fit un slogan pour prendre le pouvoir avant de se murer à l'Elysée. Je me souviens avoir entendu Philippe Séguin déclarer lors d'une émission qu'il n'avait pas rejoint l'UMP parce qu'il était gaulliste et qu'il ne voyait rien de gaulliste dans ce parti. Et d'ajouter qu'il ne courait pas après une place. Les députés Nouveau Centre et les larbins de l'UMP ne peuvent en dire autant…

 

Ses insuffisances

On entend ici ou là des voix qui s'élèvent pour dire que Philippe Séguin méritait mieux que la carrière qui fut la sienne, et qu'il avait l'étoffe d'un grand homme d'Etat. Pour ma part, je n'en crois rien. Les qualités de l'homme ne doivent pas faire oublier ses faiblesses.

 

Notons d'abord un manque parfois inquiétant de persévérance dans le combat politique : Philippe Séguin, président du RPR, a claqué la porte en pleine campagne européenne, laissant Nicolas Sarkozy sauver les meubles. Je suis désolé de dire qu'on attend mieux d'un chef… Et lors des municipales à Paris, Philippe Séguin fit preuve d'une désinvolture étrange. On eut parfois l'impression qu'il n'avait pas envie d'être maire !

 

Surtout, Philippe Séguin, ne l'oublions pas, a mis le pied à l'étrier à certain nombre de dirigeants actuels de la droite libérale et anti-républicaine, au premier rang desquels François Fillon, le fossoyeur de la République, qu'il prit sous son aile et dont il fut le deuxième mentor, après Joël Le Theule. Tout comme Charles Pasqua avec Nicolas Sarkozy, Philippe Séguin a nourri une génération qui aujourd'hui trahit sans état d'âme tous les idéaux de la droite gaulliste et s'attelle à démanteler la République sociale tout en tournant résolument le dos à la nation française pour regarder du côté de l'Europe. Ce n'est pas là le meilleur service qu'il ait rendu à la France.

 

« C'était un homme de conviction » : la phrase d'usage, pour une fois, me semble justifiée. Je suis un peu dubitatif sur la cérémonie grandiose réservée à Philippe Séguin, comme si la droite libérale enterrait avec pompe le gaullisme, avec la satisfaction secrète de s'en débarrasser. Il n'y a plus guère que Charles Pasqua et Nicolas Dupont-Aignan pour se draper dans les oripeaux d'un gaullisme bel et bien moribond. Mais surtout j'ai la désagréable impression, à entendre les discours du président, d'assister à une répétition de la cérémonie d'enterrement de la République française elle-même…



11/01/2010
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