Nationaliste Social et Ethniciste

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Identité nationale: ouvrons le débat (partie 2)

L'identité nationale se fonde sur une histoire commune

C'est un point important et sans doute celui qui rencontre une résistance croissante. Certains sont tentés de dire : « le passé, on s'en moque ! Seul l'avenir nous intéresse ». Je ne suis pas d'accord. Toute identité nationale questionne en permanence le rapport de la nation à son passé. La preuve ? Tous ceux qui attaquent la France s'en prennent systématiquement à son passé. Les monarchistes fanatiques dénoncent le « Livre noir » de la Révolution et de la République, accusant ces dernières du génocide vendéen. Les Indigènes de la République et Christiane Taubira nous parlent en permanence des « pages noires » de l'esclavage et de la colonisation. Le lobby immigrationniste fait systématiquement référence au régime de Vichy, à la collaboration et à la déportation des juifs. La violence, l'iniquité et la cruauté habitent effectivement l'histoire nationale. Le problème est que toute l'histoire de France ne peut pas se résumer à ces heures sombres. Or, sous prétexte de « devoir de mémoire » et de refus de l'oubli, on veut nous imposer de nous souvenir uniquement des moments les moins glorieux (ou jugés tels) de notre histoire. Logiquement, ce passé apparaissant comme abominable, on exige de la nation française qu'elle renonce à toute référence historique autre que la Déclaration des droits de l'homme… rédigée pour être tout aussitôt violée comme ne manquent pas de le rappeler les pourfendeurs de l'histoire nationale. Si l'histoire et le passé n'ont somme toute aucune importance, pourquoi s'acharner à les noircir et à les dénigrer ?

 

En fait, je crois que nous sommes en train d'assister à une véritable révolution historiographique, dans la façon de concevoir l'histoire nationale. Un nouveau schéma explicatif de l'histoire de France est en train de s'imposer, ou plutôt essaie de s'imposer et tout porte à croire qu'il aura la tâche difficile. Il est de bon ton de moquer le « roman national », c'est-à-dire le récit historique et patriotique conçu sous la III° République avec un double objectif politique : d'abord achever la construction de l'unité nationale, œuvre de longue haleine entamée depuis quelques siècles ; ensuite légitimer le « jeune » régime républicain en procédant à un « tri sélectif » des bonnes et des mauvaises figures de l'histoire nationale. Ce roman national a souvent donné dans la caricature et dans l'interprétation simpliste du passé. Il a effectivement engendré ce mythe de la « France éternelle, de la Gaule à de Gaulle » pour reprendre un jeu de mots. D'où l'expression « nos ancêtres les Gaulois ». Passé au crible d'études scientifiques critiques et honnêtes, menées par de grands historiens, ce mythe ne tient pas la route. Il a vécu. Il est lui-même objet d'histoire. Bien sûr, rien n'est simple et les réminiscences du vieux mythe affleurent aisément, notamment dans des ouvrages grand public. Il ne faut pas y voir à mon sens un nationalisme exacerbé. L'avancée des recherches historiques aujourd'hui me permet de penser que la France s'est construite progressivement, d'abord comme Etat, ensuite comme nation. Dans ce cadre, Vercingétorix n'est pas français et la Gaule n'est pas la France. Même si beaucoup de Français natifs descendent peut-être des populations gauloises, le peuple français n'est pas un peuple gaulois, d'autant qu'il n'y a jamais de peuple gaulois unifié. Il ne nous reste rien des Gaulois : ni noms, ni langue, ni religion. Juste quelques toponymes et du sang, et encore c'est invérifiable, aucun arbre généalogique français ne remontant au-delà du Moyen Âge. Dans ce schéma, Clovis n'est pas le « premier roi de France » mais le fondateur d'une tradition monarchique chrétienne dont la monarchie française est la lointaine héritière, héritage matérialisé par le sacre à Reims. Mais pour moi, la première ébauche de France est la Francie occidentale du traité de Verdun de 843. Ebauche, car cette Francie n'est pas un Etat unitaire, juste une somme de royaumes ou de parties de royaume (Neustrie, Aquitaine, Austrasie, Bourgogne). Là débute un long et patient travail d'unification et d'agrandissement vers l'est, non point que les terres de l'est fussent « naturellement » françaises, mais parce que c'était l'une des régions les plus ouvertes à l'expansion du royaume (au sud-ouest, on se heurtait aux Pyrénées, déjà éloignés de l'Île-de-France ; au sud-est, après l'annexion de la Provence, on se retrouvait face aux Alpes) et parce que l'expansion a réussi de ce côté-là, tout simplement ! Les rois de France ont eu aussi des visées sur l'Italie. Seuls les échecs militaires expliquent à mon sens la renonciation à l'expansion de ce côté. Toutefois, si les événements avaient été différents, peut-être que les Génois et les Milanais seraient français aujourd'hui, tandis que les Lorrains et les Alsaciens seraient allemands et les Franc-comtois, suisses ! Pas de France éternelle et naturelle, je le répète, mais un produit de l'histoire, une construction politique. Ce schéma ne rend pas la France moins légitime, bien au contraire. Et il rejoint le roman national sur un point : la clé de lecture de l'histoire de France est toujours la construction de l'unité. C'est l'élément essentiel de mon interprétation (enfin, elle n'est pas qu'à moi) de l'histoire nationale : la marche vers l'unité. L'établissement des baillis et sénéchaux au XIII° siècle, l'édit de Villers-Cotterêts de 1539 sur l'usage du français, l'édit de Nantes de 1598… et sa révocation de 1685 (qui, paradoxalement, pourraient bien avoir le même objectif mais dans des contextes différents), la centralisation de Louis XIV, poursuivie par la Révolution et amplifiée par l'Empire, les lois Ferry de 1881-1882, l'imposition progressive de la langue française : autant d'étapes, à mes yeux, de la construction de cette unité nationale, qui fait que la France est fondamentalement un Etat unitaire et non fédéral. Y a-t-il eu plan préconçu ? Je crois que les rois ont œuvré au renforcement de leur pouvoir sans nécessairement avoir conscience de travailler à l'édification d'une nation (concept d'ailleurs balbutiant). A partir de la Révolution, la volonté de forger l'unité du pays et du peuple est plus claire. Il y a préméditation, si j'ose dire. De mon point de vue, cette trame explicative de l'histoire nationale, héritée peut-être du roman national mais sensiblement nuancée par la recherche historique et débarrassée des mythes et des caricatures, est toujours valable.

 

Au lieu de cela, un certain nombre de spécialistes, ayant une culture « de gauche » disons-le, sont en train de façonner un nouveau mythe : celui de la « France éternelle terre d'accueil » ou « éternelle terre d'immigration » si l'on préfère. Un mensonge en remplace un autre. De ce point de vue, les milliers de jeunes défilant en 2002 avec le slogan « Tous fils d'immigrés ! » représentent une très belle victoire pour ce courant. Cette nouvelle historiographie a désormais son temple : la Cité nationale de l'histoire de l'immigration. Le problème, c'est que nous ne sommes pas tous fils d'immigrés et je ne vois pas bien pourquoi nous devrions le devenir. D'autre part, ce courant historiographique tend à générer des aberrations qui pourraient bien à terme se retourner contre lui : j'ai entendu parler d'un livre consacré aux Africains vivant sur le sol français au XVII° siècle, je crois. Ils sont 2 000 si je ne m'abuse. Faire de la présence de ces deux mille Africains (sur 20 millions de Français) la preuve de l'ancienneté du multiculturalisme en France relève de la malhonnêteté intellectuelle. Autre exemple : tandis que j'errais dans les allées du Salon du Livre des Rendez-vous de l'Histoire, je me fis remettre à un stand un papier que je regardais machinalement. Il était question d'un livre consacré aux Africains et à leurs descendants en Europe avant le XX° siècle. Cet ouvrage collectif se fixait clairement pour but de démontrer l'apport fondamental des Africains (du nord comme du sud du Sahara) à la culture européenne, apport tombé dans l'oubli à partir du XIX° siècle à cause des théories racistes qui s'imposent alors dans le cadre du colonialisme. Si ce type d'ouvrage n'est pas écrit à seule fin de justifier à l'heure actuelle l'accueil d'immigrés originaires d'Afrique, je suis un imbécile. Nous sommes donc en train de passer d'une histoire unitaire, un peu trop monolithique j'en conviens, à une histoire somme toute communautarisée, s'appuyant sur les « mémoires » immigrées. On délaisse l'histoire de France, et même des Français, au profit d'une histoire des communautés et des minorités, en particulier immigrées, en France. De plus, on développe l'idée que la France doit tout à l'immigration, à tel point qu'on nous expliquera bientôt que l'histoire de France commence avec l'immigration… Evidemment, les immigrés ont largement contribué à l'économie française, particulièrement dans certains secteurs (je pense à l'industrie et à la construction). Malgré tout, n'est-ce pas excessif de tout leur attribuer ? Doit-on en conclure que les Français natifs n'ont jamais rien fait d'autre que regarder les « métèques » accomplir les tâches dégradantes et pénibles que eux, les « vrais » Français, ne voulaient pas faire ? Allons donc ! Les natifs ont pris leur part du labeur.

 

Quel rapport avec l'identité nationale ? Eh bien la liquidation de l'histoire commune met en péril un pilier de l'identité française, au profit d'une histoire éclatée comme est en train de le devenir la société. Il ne s'agit pas d'endoctriner les immigrés et leurs enfants pour les persuader qu'ils sont les descendants des Gaulois ! Il s'agit simplement de leur faire comprendre que la France a une histoire complexe, et que de la même manière que leur propre histoire, pour une part, s'est déroulée hors de notre pays, ce dernier a aussi eu une histoire avant qu'eux-mêmes arrivent. On peut débattre du passé national, mais certainement pas le réécrire en totalité. L'attachement à l'unité nationale fait, à mes yeux, partie de l'identité française. Cette unité est un héritage de l'histoire. C'est pourquoi il faut la célébrer, se souvenir des bâtisseurs de la nation française et des grands événements fondateurs. Même si certains aspects sont douloureux pour telle ou telle catégorie de la population (la Terreur sous la Révolution, la colonisation sous la III° République), on ne peut pas les effacer ou refuser de les commémorer sous prétexte que ça déplaît à quelques uns ou que le côté violent de certains épisodes choque, parce que « ouh lala ! la guerre, c'est pas bien, les paroles de la Marseillaise, c'est trop méchant ! ». Eh oui ! La liberté doit souvent se conquérir à la pointe de l'épée.

 

L'identité nationale a une dimension culturelle

La culture comme fondement de l'identité nationale (quelle qu'elle soit), tout le monde en convient. Encore faudrait-il savoir ce que l'on entend précisément par culture et là, c'est moins clair. Qui dit culture dit communication : on pense donc à ce premier outil qu'est la langue. Evidemment, la langue française fait partie de notre identité nationale. Sa connaissance et sa maîtrise sont indispensables pour tout citoyen, car comprendre le monde, c'est d'abord nommer les choses. Je pense à certaines catégories de la population dont le vocabulaire est d'une pauvreté affligeante. On ne peut avoir aucun pouvoir sur le monde qui nous entoure si l'on ne possède pas les mots pour décrire ledit monde. Et il ne reste bien souvent que la violence comme moyen d'expression. Appauvrissement de la langue signifie à terme appauvrissement de la citoyenneté. La souveraineté du peuple doit s'appuyer sur des citoyens compétents, donc instruits. Sinon, nous en serons toujours réduits à être gouvernés par des collèges d'experts souvent autoproclamés, des économistes, des démographes, des géographes, des sociologues… Cela aboutit à la négation de la démocratie et à la confiscation de tout débat. Cependant, je n'accorde pas à la langue française la place prépondérante que d'autres lui donnent, allant même jusqu'à en faire l'essentiel de l'identité nationale. Pour une raison principale qui est que la langue française… n'appartient pas seulement au peuple français ! Nos cousins du Québec, nos voisins de Belgique wallonne ou de Suisse romande sont aussi francophones (et parfois plus !) que nous. Beaucoup d'entre eux sont très attachés à la langue française et la défendent avec ferveur, dans un environnement parfois hostile (anglais omniprésent ou pression politique, je songe aux francophones des environs de Bruxelles qui ont maille à partir avec des Flamands intolérants). Rappelons que plusieurs pays d'Afrique, autrefois colonies françaises, conservent le français comme langue officielle ou au moins comme langue véhiculaire (pratique dans des pays multilingues). La France reste la mère de la langue française et le premier pays francophone du monde. Pour autant, ce n'est pas parce qu'on parle français qu'on est forcément français. Tariq Ramadan parle un français excellent mais son amour de la France laisse songeur (voir article « Face à l'islam : Tariq Ramadan chez Laurent Ruquier »).

 

Quand on dit culture, on pense souvent littérature. Alors être français, ce serait être attaché à la littérature française. Qu'est-ce que cela signifie ? Avoir lu tout Molière, tout Racine, tout Voltaire, tout Balzac, tout Hugo et tout Zola (pour en rester aux auteurs d'avant le XX° siècle) ? Dans, ce cas, je suis un bien mauvais Français… J'ai lu un peu de Rabelais, un peu de Molière et de Marivaux, un peu de Balzac et pas mal de Maupassant. Jamais lu un Zola, jamais lu un Hugo (sauf quelques poèmes). Baudelaire, ça passe. Rimbaud et Mallarmé, c'est au-dessus de mes forces. Pour les auteurs du XX° siècle, nombreux, je dois bien confesser qu'à part Roger Peyrefitte et Jules Romains, je n'en ai lu aucun. D'ailleurs, je ne nourris pas une passion débordante pour la littérature française (bien que ma discipline soit littéraire à certains égards) et je fais même assez peu de cas de ses grands noms. Je sais simplement qu'ils existent et qu'idéalement, il faudrait les lire… quand je serai en retraite, si j'y arrive ! Et cela ne m'empêche pas d'être Français et très attaché à mon pays, bien plus que de grands connaisseurs de la littérature française. Il y a bien des étrangers qui sont infiniment plus amoureux de la littérature française que moi, et pourtant je suis Français et pas eux. Donc la littérature, de mon point de vue, n'est pas un fondement essentiel.

 

Beaucoup plus important pour moi est ce que j'appellerais le patrimoine. Le terme est d'ailleurs de la famille de « patrie ». Ce patrimoine est d'abord architectural, car c'est la partie la plus visible et la plus spectaculaire de ce que nous ont légué les générations précédentes. Déformation professionnelle oblige, j'aime les vieilles pierres. Toutes ne relèvent pas du patrimoine proprement français (je pense aux restes gallo-romains). Malgré tout, nombre de monuments ont un caractère national : églises, cathédrales, châteaux, palais, belles demeures urbaines, vieilles bâtisses rurales… Tous ces édifices traduisent pour moi la marque du peuple français dans les paysages de notre territoire, et l'enracinement de la nation française. J'ai une affection particulière pour des monuments aux dimensions beaucoup plus modestes : les monuments aux morts de la Grande Guerre (parfois aussi des morts de la guerre de 1870, ceux de 1939-1945 et des guerres coloniales). J'ai visité de nombreux villages en France. Partout j'y ai vu ces monuments qui rappellent le lourd sacrifice consenti par les citoyens français à la nation. A ce patrimoine visible, j'ajoute des éléments moins visibles, qui du moins se repèrent moins dans le paysage. La gastronomie en premier lieu, pour laquelle il faut tenir compte d'une diversité régionale qui est une véritable richesse. Les vins, les fromages, les charcuteries font partie de l'identité nationale. Bien sûr, on n'est pas obligé de tout aimer ! Plus encore, il y a, je crois, un art de vivre, une façon de recevoir, des habitudes de convivialité propres à la France, là encore avec des variations régionales (et parfois des points communs avec des pays voisins). Cela étant, il faut nuancer : on peut être français et aimer les pizzas, les hamburgers et les kebabs. Moi-même je ne déteste pas, mais ça ne vaut pas le foie gras !

 

L'identité nationale a-t-elle une dimension ethnique ?

J'ai bien conscience d'aborder là un sujet délicat qui en fâchera plus d'un. Pourtant, ce serait une erreur à mon sens de ne pas l'évoquer. Ce que je reproche à beaucoup de républicains sincères, c'est une conception très (trop) abstraite de la nation. Cette conception est très commode pour accueillir des gens de toute origine, et c'est un atout qui n'est pas négligeable, j'en conviens. Cependant, il y a aussi des inconvénients, à savoir favoriser dans une certaine mesure la révolution historiographique que j'évoquais. On veut nous faire croire que la nation française peut rester telle quelle tout en transformant le peuple qui compose son corps civique. En d'autres termes, le remplacement de la population native par une population issue de l'immigration (au moins en partie, disons une population « métissée ») ne poserait aucun problème, mieux, revivifierait une identité nationale devenue obsolète et rétrograde, pour ne pas dire pire. Je ne suis pas d'accord. La nation française, l'identité nationale et l'existence même de la France reposent à mes yeux sur un noyau solide de population native, suffisamment important pour absorber en quelques sorte les nouveaux venus. Historiquement, la nation française s'est construite sur une relative continuité de population. On va me dire : « Ah ! Mais vous vous en prenez encore aux immigrés ! ». Le problème, ce ne sont pas les immigrés en général, mais certains immigrés et Français issus de l'immigration qui refusent l'identité nationale (à moins qu'on la modifie en profondeur et à leur avantage exclusif) et qui de surcroît tendent à se forger une identité spécifiquement « immigrée », mêlant références religieuses, culturelles, ethniques et attachement fantasmé au pays d'origine. Je l'ai dit déjà, cette identité est agressive, anti-française et volontiers raciste (envers les natifs). Parfois, il est vrai, on a seulement affaire à l'émergence d'un paisible communautarisme, mais le problème est le même. De ce point de vue, je maintiens que l'islam peut être un frein à l'intégration nationale. Par conséquent, introduire ces éléments dans l'identité nationale me semble une gageure. La France a éliminé de son identité une bonne part de sa tradition religieuse. On ne peut tout de même pas y introduire à présent des éléments musulmans pour faire plaisir aux croyants de cette religion !

 

«C'est très bien qu'il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu'elle a une vocation universelle. Mais à condition qu'ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. Qu'on ne se raconte pas d'histoire ! Les musulmans, vous êtes allés les voir ? Vous les avez regardés avec leurs turbans et leurs djellabas ? Vous voyez bien que ce ne sont pas des Français. Ceux qui prônent l'intégration ont une cervelle de colibri, même s'ils sont très savants. Essayez d'intégrer de l'huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d'un moment, ils se sépareront de nouveau. Les Arabes sont des Arabes, les Français sont des Français. Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans, qui demain seront vingt millions et après-demain quarante ? »

 

Cette citation n'est pas de Jean-Marie Le Pen ni d'un homme d'extrême droite. Non, ces paroles sont du général De Gaulle. Le contexte en est particulier car je pense que le général évoque ici le sort de l'Algérie. Le propos est sans doute excessif : les Arabes ne portent pas nécessairement de turbans ou de djellabas, même dans les pays du Maghreb ! Et ils peuvent s'intégrer. Malgré tout la phrase : « Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne » ne me semble pas tout à fait dénuée de réalité. Je nuancerai en disant qu'il n'y a pas de « race blanche » (disons « des populations de type européen ») et j'ai précisé que la référence religieuse au christianisme avait à mon avis perdu de sa pertinence aujourd'hui. La preuve ? Je suis frappé par le nombre de personnes qui, évoquant tel ou tel quartier d'une ville française (en général Marseille ou la région parisienne), me disent : « on ne se croirait plus en France ! ». Soyons juste : certaines de ces personnes sont âgées et vivent parfois assez difficilement la substitution de population susdite qu'elles observent dans leur quartier. Pourquoi cependant leur avis ne serait-il pas pris en compte ? Lorsque ce genre de remarque émane de gens notoirement hostiles à l'immigration, aux « beurs » et aux « blacks », rien de très étonnant. Mais je suis surpris de constater que bien des gens peu suspects de sympathie pour les thèses frontistes, parfois même des gens marqués à gauche, assez jeunes, tiennent également ce type de propos. Et eux aussi sont choqués, même si ça ne les empêche pas de dormir. Je m'interroge : n'y a-t-il pas malgré tout dans l'inconscient collectif une conception de la nation française pas si éloignée de celle énoncée par de Gaulle ? Autre preuve : est-ce que des Français issus de l'immigration n'utilisent pas parfois le terme « Français » pour désigner les natifs ?

 

Je crois pour ma part que toute identité nationale a une dimension ethnique. Ce n'est pas la seule, ni nécessairement la plus importante. Je pense que la France peut intégrer en son sein des Maghrébins, des Africains et des Asiatiques. Mais à condition qu'ils ne se substituent pas à la population native. Et à condition qu'ils montrent la légitime gratitude que mérite leur patrie d'adoption.

 

Conclusion

J'ai regardé l'émission « C dans l'air » de France 5 consacré au thème de l'identité nationale (émission du jeudi 29 octobre, visible sur le site de France 5). Patrick Lozès, président du CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires) a déclaré : « l'identité française sera diverse ou ne sera pas ! ». Je conteste formellement cette vision des choses. L'histoire de France est dominée par une chose : la difficile marche vers l'unité d'une nation qui ne doit rien à la Nature ou à la Providence. Depuis une époque récente (que je daterais des mandats de Jacques Chirac), nos dirigeants ont remplacé la construction de l'unité par la gestion de la diversité. Tous les Français n'en sont pas ravis, sans pour autant être des nostalgiques de Pétain. La transformation de notre identité nationale commence à ressembler à sa destruction pure et simple. Le préalable est la révolution historiographique qui consiste à saccager le canevas unitaire de l'histoire nationale, certes imparfait et discutable, mais fédérateur et intégrateur, au profit d'une histoire des diversités en France, support d'une nouvelle identité « plurielle », « métisse », qui est à mon avis la négation même du projet national français. Enfin, je dirais qu'une identité nationale, si ouverte soit-elle, exclut par définition puisqu'elle distingue ceux qui appartiennent à la communauté nationale de ceux qui n'en font pas partie.



03/11/2009
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