Nationaliste Social et Ethniciste

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L'Education Nationale à la dérive

Monsieur le Premier ministre a récemment fait part de son opposition à l’euthanasie. On aimerait que lui et ses ministres cessent d’euthanasier la République française. Le discours est bien rodé : on veut nous faire croire qu’on va pouvoir faire mieux avec moins. Affabulation mystificatrice (ou mystification affabulatrice, au choix) ! Partout des postes sont supprimés : personnel hospitalier, armée, police, gendarmerie… Récemment ce sont des CRS qui ont cependant réussi à sauver leurs deux casernes menacées. L’Education Nationale n’est évidemment pas en reste, puisque ses personnels (en particulier les enseignants) forment un des plus gros bataillons de la fonction publique d’Etat.

 

Un démantèlement dicté par l’idéologie et non par l’économie

L’excuse donnée officiellement pour justifier les suppressions de postes, c’est la nécessité de se serrer la ceinture : nous sommes en période de crise, et en plus l’Etat français est endetté (ce qui n’est pas vraiment une nouveauté, puisque c’était déjà le cas sous Louis XIV…). La rigueur est donc dictée par la sagesse, sagesse qu’incarne à la perfection François Fillon dont on se demande parfois s’il ne serait pas plus à sa place dans un convoi funèbre (en tant que maître de cérémonie s’entend) qu’à Matignon. Rappelez-vous ce qu’il nous disait : « l’Etat est en faillite ». Depuis on a trouvé des milliards pour le sauvetage des banques, on a trouvé les fonds pour rémunérer M. Proglio « à la hauteur de ses compétences », et il y a toujours de l’argent à donner quand on charge une personnalité de faire un « rapport ». J’avoue que tout cela me reste en travers de la gorge, et j’aimerais, en tant que citoyen, que M. Fillon se justifie pour toutes ces incohérences.

 

Posons la question crûment : quel est l’intérêt supérieur de la nation ? Est-il de sauver les spéculateurs ou d’assurer l’instruction des jeunes générations ? D’autant que les PME françaises, c’est-à-dire les forces vives de notre économie, ont souvent bien du mal à obtenir des prêts pour se développer, y compris lorsque le carnet de commandes est plein, ce qui est un comble !

Les dirigeants trouvent toujours de l’argent quand ils le souhaitent. La destruction de l’Education Nationale est dictée par des raisons politiques : pour l’UMP, il s’agit d’un bastion « de gauche », relativement attaché à la République sociale, à l’Etat, au service public. Toutes choses que hait la droite. Pourtant, les soixante-huitards et les gauchistes ne pullulent plus autant qu’avant, je puis en témoigner.

L’école publique, c’est la République, parce qu’historiquement les deux sont indissolublement liées. Attaquer la première, c’est nécessairement affaiblir la seconde.

 

La politique actuelle : une incohérence totale

Luc Châtel a été nommé à son poste avec son expérience de grand cadre du privé. Il est là pour faire du chiffre, pour « maîtriser les coûts », améliorer la « souplesse et la flexibilité de l’institution grâce à une gestion raisonnée des ressources humaines ». Autrement dit, il convient de dégraisser le mammouth. Il fut un temps sans doute où, dans certaines administrations publiques, il y avait en effet trois employés pour faire le travail de deux. Mais aujourd’hui, il n’y a plus qu’un employé pour faire le travail de deux… On est passé d’un gaspillage négligent à une logique de surcharge de travail. Peut-être faudrait-il trouver un juste milieu.

 

Pour ce qui est du cas particulier des enseignants, le reproche n’est guère justifié. Le temps de travail des professeurs est fixé par des statuts qui sont en vigueur depuis de nombreuses années. Or, si le métier change, on ne saurait affirmer que la charge de travail diminue. Au contraire, avec les nouvelles technologies et les sollicitations croissantes, le temps passé à travailler tend à augmenter légèrement. Un enseignant doit prendre en charge un certain nombre de classes en fonction des heures de cours qu’il a à dispenser statutairement : 15 heures pour un agrégé, 18 heures pour un certifié dans le secondaire.

Avec la remontée de la natalité en France, le nombre d’élèves augmente et va augmenter dans les prochaines années. Et pour accueillir plus d’élèves, on aura moins de professeurs ! Ainsi, on en arrive à ce paradoxe : tout le monde se réjouit de la bonne natalité française, mais le gouvernement se refuse à fournir les moyens nécessaires à la formation et à l’instruction des petits Français. M. Fillon et consorts souhaitent-ils secrètement une baisse de la fécondité ? Veulent-ils donc la disparition du peuple français ? On comprend mieux le faible de toute une partie de la droite pour les travailleurs immigrés : on n’a pas eu besoin de leur payer l’école et une formation à ceux-là…

 

La politique de M. Châtel, c’est de la poudre aux yeux, de la communication « marketing » rien de plus. Avec une habile stratégie de la tension : il y a toujours un gros problème, révélé par les études comparatives internationales sur les systèmes scolaires. « La France est dernière », voilà le sempiternel verdict. Dernière par rapport à qui, à quoi ? Les jeunes Français, plus ignares que les jeunes Américains ? Les jeunes Français, moins cultivés que les jeunes Hongrois, Italiens, Brésiliens, Algériens, Guinéens ? Je n’en suis pas convaincu. Un jour, les Français sont nuls en anglais, allez, on vous promet l’anglais dès la maternelle, peut-être dès la crèche demain ! Le lendemain, les Français ont un problème avec les mathématiques, allez, va pour plus de calcul mental en primaire. Et on ajoute un peu de soutien et d’ « aide personnalisée », abracadabra ! Les problèmes sont réglés. Récemment, un rapport a même proposé un manuel d’histoire « franco-africain » pour que les petits chéris persécutés des banlieues se sentent enfin chez eux, dans un univers culturel qui leur permette de « donner du sens » à l’école de la République, car cette dernière, sous couvert d’instruire, humilie et rabaisse en permanence les enfants de la « diversité », c’est bien connu.

 

Le problème, M. le ministre, c’est que vos belles mesures, il faut les financer. Or l’Education Nationale compte de plus en plus sur le volontariat (ce qui passe encore) et sur le bénévolat (ce qui passe moins). On assiste en outre à un démantèlement progressif du statut des professeurs : ces derniers sont « invités » (pour le moment) à enseigner plusieurs matières, tout en assurant des heures supplémentaires de plus en plus nombreuses, théoriquement facultatives, dans les faits difficiles à refuser. D’autant que si les autres membres de l’équipe disciplinaire acceptent d’en prendre, il devient difficile de dire non, au risque de passer pour le mouton noir. Dans de nombreux établissements, les suppressions des postes de surveillants ont entraîné la quasi-impossibilité de mettre des heures de colle. Ainsi, les professeurs qui souhaitent coller des élèves doivent à présent les surveiller eux-mêmes, dans le cadre d’heures non rémunérées. Il faut ajouter à cela le temps passé à compléter les livrets de compétences aux items pléthoriques, à intervenir dans le cadre de l’orientation (il faut savoir que la suppression des conseillers d’orientation est à l’étude) ou à travailler sur des « projets transdisciplinaires ». Tout cela en plus du travail normal : être devant les élèves, préparer les cours, corriger les copies, assister aux conseils de classes et à d’éventuelles réunions, rencontrer les parents le cas échéant. Ces tâches devront être accomplies avec des classes de plus en plus chargées. On atteint déjà la trentaine d’élèves dans certaines écoles primaires, 27 à 28 élèves deviennent la règle en collège et on commence à dépasser les 35 élèves par classe dans quelques lycées. L’enseignement n’est pas l’industrie automobile : on ne peut pas acheter des machines pour soulager le professeur ! Même avec un ordinateur et un vidéoprojecteur, une heure de cours reste une heure de cours…

 

Campagne de dénigrement permanent contre les enseignants

C’est la règle depuis plusieurs années, et la droite n’est pas seule à le pratiquer. Voilà ce qui est le plus souvent reproché aux membres du corps enseignant : être « payé à rien foutre » ; être paresseux ; bénéficier de vacances trop longues et imméritées ; ailleurs en Europe, les enseignants font plus d’heures ; enfin, les « profs » sont plus des militants politiques que des enseignants. Il est temps d’en finir avec cette rhétorique médisante fondée sur l’ignorance et le mensonge.

 

Des paresseux « payés à rien foutre » ? Je le dis franchement : beaucoup de salariés du privé ont des semaines moins chargées que celles d’un enseignant. Bien évidemment, les vacances scolaires sont là pour rééquilibrer les choses, et par conséquent il serait malvenu de se plaindre. Je dirai donc que les enseignants ne travaillent ni moins, ni forcément plus que les autres, mais ils travaillent différemment et cela, certains de nos compatriotes ne veulent pas l’entendre, en particulier ceux qui lisent Le Figaro. C’est bien dommage. Prenons donc un professeur certifié. Son service est de dispenser 18 heures de cours par semaine. Or, 18 heures de cours ne signifient en aucun cas 18 heures de travail hebdomadaire, comme certains feignent de le croire. Parce qu’un cours, cela se prépare. En moyenne, l’institution considère qu’une heure de cours correspond à une heure de préparation. Un professeur certifié travaillerait donc en moyenne 36 heures par semaine (1 heure de plus que le temps légal…). S’il fait 1 heure supplémentaire, on est à 38 heures, 40 heures avec 2 heures supplémentaires. Or, des certifiés à 20 heures (voire plus), il y en a. Et de plus en plus. Mais il faut bien comprendre qu’il s’agit d’une moyenne. Certaines semaines, on dépassera allègrement les 45 heures (une réunion, plusieurs paquets de copie à corriger, une activité un peu plus élaborée à préparer… le temps consacré augmente très vite), d’autres fois on aura une semaine « creuse » à moins de 30 heures. Corriger un paquet de 25 copies en collège me prend 1h à 1h30 ; pour un paquet de 30 copies en lycée, 3 à 4h (selon le type d’exercice). Pendant que les électeurs de l’UMP et les lecteurs du Figaro partent en week-end, beaucoup d’enseignants travaillent chez eux, et préparent les cours de la semaine suivante. A cela s’ajoutent les obligations ponctuelles certes, mais régulières, précédemment citées : réunions, conseils de classe, rencontres avec les parents… Par conséquent, vu ce contexte et les conditions de travail susdites, les vacances ne sont pas un privilège exorbitant et illégitime. D’autant que, contrairement à une idée reçue, les vacances sont comptabilisées dans le calcul du salaire. A qualification égale, un professeur gagne moins qu’un salarié du privé. Et c’est normal, quoi qu’en disent certains enseignants grincheux. Nos salaires sont convenables, mais nous ne sommes pas surpayés. Enfin, je voudrais dire un mot de la pénibilité. Enseigner est évidemment moins pénible physiquement qu’être maçon, charpentier ou ouvrier métallo. Mais c’est nettement plus fatigant que d’être employé de bureau dans une entreprise à tapoter sur son ordinateur ou à téléphoner toute la journée, entre deux réunions où on cause « stratégie et compétitivité ». Si quelqu’un en doute, qu’il essaie donc de s’imaginer seul devant une classe de vingt-cinq gamins qu’il faut contrôler, surveiller, calmer, intéresser et aider. Je puis garantir que quatre ou cinq heures de cours dans une journée suffisent largement à rentrer chez soi fatigué. Et en général, la journée de travail n’est pas terminée… Pour ma part, j’enseigne l’histoire, la géographie et l’éducation civique. Il est aussi de mon devoir de me tenir au courant de l’actualité, comme des dernières avancées de la recherche dans ces disciplines. C’est plaisant, je ne le nie pas, il n’empêche que cela fait aussi partie de mon travail.

 

Et ailleurs en Europe ? Eh bien, ailleurs en Europe, il est vrai que les enseignants travaillent parfois plus. Encore faudrait-il rappeler qu’ils perçoivent des salaires nettement plus élevés ! Il faut aussi s’interroger sur le niveau d’exigence. Dans certains pays, les évaluations se font sous forme de QCM. C’est évidemment nettement moins long à corriger qu’une dissertation… Enfin, il faut en finir avec certains préjugés tenaces : non, nous ne sommes pas tous des gauchistes et des bobos ! Et même parmi ceux qui le sont, certains ont assez de conscience professionnelle pour respecter un devoir de réserve et de neutralité. Dire que c’est facile, certes non. Mais nous sommes beaucoup à essayer de le faire.

 

Que réclamer dans ce contexte ?

Je ne prétends pas être le porte-parole des aspirations de tous mes collègues. Je n’appartiens à aucun syndicat, et je ne les tiens pas en grande estime, je l’avoue. Je parle donc en mon nom propre, tout en étant convaincu qu’un nombre non-négligeable d’enseignants se retrouvera dans mes réclamations.

1) S’il y a plus d’élèves, il faut plus de professeurs. Les suppressions de poste se justifiaient quand les effectifs baissaient, à présent c’est terminé. Le besoin conduit d’ailleurs les rectorats à embaucher de nombreux vacataires contractuels, payés moins cher et sans aucune sécurité de l’emploi. Dénoncer la précarité quand on la pratique, c’est se moquer du monde.

2) Des conditions de travail convenables, ce qui veut dire 20 élèves maximum par classe en primaire, 24/25 en collège, 30 en lycée. Cela signifie également rétablir des postes de surveillants afin que l’encadrement des élèves soit satisfaisant. De plus, il est nécessaire de rétablir une année de stage qui soit véritablement une année de formation digne de ce nom. Cette année en effet, les stagiaires ont été lancés directement à 18 heures, sans aide, et sans formation de qualité. Le métier de professeur s’apprend, comme tous les autres métiers. Je souhaite que l’on revienne à un stage prévoyant un service de 6 à 8 heures hebdomadaires et des journées de formation. C’est le système dont j’ai bénéficié, et je n’aurais sans doute pas tenu à 18 heures dès la première année.

3) Un strict respect des statuts. Chaque professeur doit conserver sa matière (il y en a déjà souvent plusieurs : histoire-géographie-éducation civique, physique-chimie, biologie-géologie… c’est bien suffisant). Une seule heure supplémentaire doit être obligatoire, comme il est prévu par les textes, et les enseignants doivent avoir le choix. Ceux qui veulent travailler plus pour gagner plus, libre à eux. Mais ceux qui souhaitent passer du temps en famille, se consacrer à une passion extra-professionnelle, ou qui simplement ne ressentent pas le besoin de gagner plus, doivent pouvoir se contenter du temps réglementaire.

4) Comme nous sommes en période de crise, j’admets que chacun fasse des efforts. Pour ma part, je suis prêt à accepter un gel des salaires pour plusieurs années. Et je suis aussi disposé à payer un peu plus d’impôts. J’ajoute que de l’argent pourrait être économisé si le gouvernement abandonnait les expériences éducatives qui, quand elles ne sont pas douteuses, ne sont jamais généralisées, faute de moyens… Plutôt que de créer des « internats d’excellence » (qui sont un aveu d’échec) ou autres structures onéreuses pour élèves « décrocheurs », mettons plutôt les moyens en amont pour que la situation globale s’améliore.



05/02/2011
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