Nationaliste Social et Ethniciste

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La Guerre du Nord vue par les Russes

Je livre ici un dernier article avant de partir deux semaines découvrir le patrimoine, l’histoire et les paysages de notre beau pays. Aussi, je quitte un instant l’actualité française pour évoquer un événement majeur de l’histoire de l’Europe orientale, récemment porté à l’écran par le cinéma russe.

 

Certains pays oublient leur grandeur passée. Il fut un temps où la Suède était autre chose que ce qu’elle est devenue. Autre chose qu’un pays neutre, sans ambition, sans volonté de peser sur le cours des événements. Autre chose qu’un pays dont les seules gloires sont d’avoir des élites très féminisées et de se demander s’il ne faudrait pas forcer les petits garçons à faire pipi assis dans un souci d’égalité des sexes [1]. La Suède est exactement ce que certains, eurolâtres en tête, voudraient que la France devienne : un pays qui renie son histoire, qui se préoccupe uniquement du droit des femmes, de l’accueil des immigrés et de la gestion du multiculturalisme. Un pays sage qui a compris qu’il était « trop petit », « pas assez peuplé » pour faire entendre sa voix, pour jouer sa propre partition. La Suède et le Danemark sont morts en tant que « grandes nations ». Les habitants de ces pays sont très heureux, mais leurs états ont quitté l’histoire. Pourtant ces pays ont joué un rôle important dans le passé : puissances militaires, commerciales, coloniales même, leur destin nous rappelle que la force d’un pays ne se mesure pas uniquement à sa superficie ni à son poids démographique (les pays scandinaves ont toujours été sous-peuplés). Il a existé une Suède impériale qui, au XVII° siècle, fit de la Baltique un « lac suédois » et disputa la suprématie en Europe orientale à la Russie. C’est ce choc entre Suédois et Russes qu’évoque le film Fantassins, seuls en première ligne, un film russe de 2007 d’Oleg Ryaskov dont le titre original russe est Le Serviteur du souverain. Ce long métrage propose pour l’essentiel une reconstitution de la bataille de Poltava, affrontement décisif qui opposa le roi de Suède Charles XII et le tsar de Russie Pierre le Grand le 8 juillet 1709, à l’est de l’actuelle Ukraine. Mais revenons d’abord sur les origines de la puissance suédoise à l’époque moderne.

 

C’est en s’immisçant dans la Guerre de Trente ans, qui dévasta les pays allemands entre 1618 et 1648, que la Suède fit une entrée fracassante dans la cour des grands durant la première moitié du XVII° siècle. Ce pays nordique, froid et peu peuplé, disposait de deux ressources très importantes : le fer et le bois, lesquels permettent de fabriquer canons, fusils, navires de guerre. Le roi Gustave II Adolphe (1611-1632), excellent militaire et fin diplomate, fut l’artisan de la puissance suédoise. Luthérien, il intervient en 1630 aux côté des Allemands du nord protestants (et avec le soutien de la France de Louis XIII). Son armée, très bien équipée avec une artillerie mobile du dernier cri et remarquablement entraînée, fit des merveilles. Gustave-Adolphe périt au champ d’honneur en 1632 lors de la bataille de Lützen, mais deux années ont suffi à faire de la Suède la première puissance de l’Europe du nord et du monde protestant. Le roi ne laisse qu’une fille, la fameuse Christine de Suède qui, plus tard, se convertit au catholicisme et finit ses jours à Rome, mais son chancelier, Oxenstierna, poursuit sa politique. Je laisse de côté les détails de l’expansion suédoise ultérieure, mais elle se poursuit tout au long du siècle. A l’avènement du jeune Charles XII en 1697 (il a 16 ans), on peut parler sans exagération d’un « empire suédois », lequel comprend l’actuelle Suède bien sûr, mais aussi la Finlande, l’Estonie, une partie de la Lettonie, l’Ingrie et la Carélie (aujourd’hui en Russie) et en Allemagne du nord la Poméranie ainsi que les anciens évêchés de Brême et Verden. Autrement dit la Suède exerce son hégémonie sur tout le pourtour de la Baltique et, grâce à ses territoires allemands, bénéficie d’un droit de regard sur les affaires du Saint Empire. Sa thalassocratie lui permet de contrôler le commerce de la Baltique, très important puisque le bois et le fer suédois sont très recherchés (la France est une cliente assidue).

 

Empire suédois.png

L’Empire suédois à son apogée ; source : Wikipédia

 

Mais ce bel édifice s’effondre au cours de la fameuse « Guerre du Nord » qui, de 1700 à 1721, oppose la Suède à une coalition où domine la Russie, comprenant également du moins à certains moments, le Danemark, la Prusse (érigée en royaume en 1701), la Saxe-Pologne (de la fin du XVII° jusqu’au milieu du XVIII° siècle, les princes-électeurs de Saxe occupent le trône de Pologne-Lituanie). Charles XII quant à lui ne peut compter que sur les Cosaques d’Ukraine et sur l’appui peu sûr des Ottomans. Le film Fantassins, seuls en première ligne porte assez mal son nom en français. Disons-le d’emblée : c’est plutôt un bon film, quoiqu’un peu long (2h, mais cela devient courant) et malgré un doublage pas terrible, comme c’est souvent le cas pour les films d’Europe de l’est. L’originalité de l’œuvre tient au fait que le réalisateur choisit de commencer son intrigue… en France ! Deux nobles de la Cour s’affrontent en duel et, comme on le sait, les duels sont interdits en France depuis Richelieu. Louis XIV, mécontent, décide donc d’exiler les deux turbulents courtisans. Comme la Guerre du Nord fait rage depuis presque dix ans, le Roi-soleil expédie les deux duellistes en plein conflit, comme observateurs, l’un auprès de Charles XII, l’autre auprès de Pierre 1er. Le film n’est pas très tendre avec Louis XIV, présenté comme égoïste, jaloux et traitant à la légère les questions d’ordre géopolitique. Le film oublie simplement qu’on est en pleine guerre de Succession d’Espagne, que la situation est critique pour le Royaume de France et que Louis XIV a mieux à faire à ce moment que batifoler ou lire nonchalamment les lettres des souverains d’Europe orientale entre deux divertissements dans les jardins de Versailles. La France et son vieux roi traversent en réalité des années terribles : famine, défaite, décès des héritiers du monarque… Or le film montre une Cour où règne l’insouciance. Evidemment, tout cela relève du détail et ne peut qu’interpeller le Français que je suis. Ce n’est pas le thème principal du film, et par ailleurs, c’est une bonne idée d’introduire des regards étrangers sur ce conflit, d’associer des histoires personnelles à la grande Histoire.

 

Il faut bien dire qu’on suit surtout le Français envoyé auprès du tsar, lequel ne manque pas de sympathiser avec un brave soldat russe, bon vivant, aimant rire, boire et manger, et naturellement dévoué à son tsar qui aime tout autant la bonne chère. Ce Russe est le véritable héros du film, probablement le « Serviteur du souverain » dont il est question dans le titre original. On peut voir d’ailleurs une scène assez étonnante, une véritable ode à la mythique « Russie éternelle » : le Russe en question arrive dans son village de maisons en bois, entouré de champs de blé dans lesquels travaillent des paysannes russes telles qu’elles n’ont jamais dû exister : blondes aux yeux bleus avec des mensurations de mannequins… Et le film de livrer un vibrant hommage à cette Russie rurale, simple, honnête, travailleuse, paisible que les odieux Suédois viennent violer au sens figuré comme au sens propre, puisqu’un soldat suédois se met en tête de câliner une jolie Russe, laquelle lui plante une fourche dans l’abdomen ce qui calme derechef les ardeurs du Nordique impudique…

 

Je passe sur les intrigues qui, en se multipliant, nuisent un peu à la cohérence de l’ensemble : des Polonais ivres de haine et de rancœur apparaissent, cherchant le moyen de nuire aux Russes et même d’avoir la peau du tsar. La bataille finale est l’occasion pour le réalisateur d’aligner les beaux régiments du XVIII° siècle aux uniformes chamarrés. La reconstitution proprement dite de la bataille de Poltava occupe, si mes souvenirs sont exacts, le dernier tiers ou le dernier quart du film. C’est une assez bonne reconstitution, si l’on excepte l’héroïsation un peu excessive et pour tout dire caricaturale du brave soldat russe susmentionné. L’ignoble Charles XII, archétype du conquérant ambitieux et mégalomane (la figure du Suédois se mêle couramment dans l’imaginaire russe à celles de Napoléon et d’Hitler les deux autres grands « agresseurs » historiques de la Sainte Russie), est évidemment vaincu, sa garde mise en déroute tandis que lui-même trouve le salut dans une fuite peu glorieuse qui a sans doute nui à sa réputation de grand capitaine. Et le tsar de fêter « à la russe », comme il se doit, ce succès qui est sans conteste une date importante : le rapport de force bascule après Poltava, la Russie prend l’avantage et ne tardera pas à devenir la nouvelle grande puissance de la Baltique. Elle entre aussi de plein pied dans le concert des grandes puissances européennes. Désormais, les chancelleries devront compter avec la « Russie barbare ». Quant à Charles XII, qui ne meurt qu’en 1718, il se morfond quelques temps en exil dans l’Empire ottoman. De retour en Scandinavie, il continuera à animer la résistance suédoise, remportant quelques succès notables. Il meurt alors qu’il terminait la conquête de la Norvège, possession danoise à cette époque. Après la mort de celui qu’on surnomme parfois « le dernier Viking », la Suède cesse progressivement d’être une grande puissance. Ainsi, les conséquences lointaines de Poltava sont considérables : la Russie s’européanise et prend son essor sous les auspices d’un tsar modernisateur, tandis que la Suède se « provincialise », s’« hélvétise » pourrait-on dire, pour devenir l’Etat neutre, prospère et indifférent aux affaires du monde qu’il est toujours aujourd’hui. Ou comment un Etat renonce à sa grandeur… Je ne peux pas m’empêcher de me demander quel regard les Suédois contemporains, riches, heureux et sortis de l’histoire, jettent sur ce glorieux passé. Y a-t-il un semblant de nostalgie ? Ou une banale aversion pour un passé militariste et expansionniste ? La Suède au XVII° siècle, c’est Gustave Adolphe. La Suède au XVIII° siècle, c’est Charles XII (ou même Gustave III à la fin du siècle, qui tente de redresser le pays et l’autorité royale). La Suède au XIX°, c’est le traître (du point de vue français bien sûr) Bernadotte. La Suède au XX°, c’est Abba, un groupe de variété mondialement connu. Certains envient ce « modèle suédois ». On m’excusera, en affreux réac que je suis, de ne pas souhaiter un tel destin à mon propre pays.

 

[1] Je vous vois sourire, goguenard, en disant : « il exagère ! »… Eh bien lisez :

http://www.marianne.net/Insolite-les-Suedois-devront-ils-uriner-assis_a220128.html

 

http://www.rtl.fr/actu/international/en-suede-un-depute-veut-forcer-les-hommes-a-s-asseoir-pour-faire-pipi-7760690993

 

L’argument de la propreté est en partie valable. Mais pour les pseudo-raisons médicales, je me permets d’émettre des doutes…



25/07/2014
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