Nationaliste Social et Ethniciste

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La première Maison d'Austrasie

On est habitué à considérer l'ère mérovingienne comme une ère de décadence profonde, morale, politique et intellectuelle. Ce jugement hâtif et injuste doit être nuancé. En effet, quel cliché de cette époque nous a légué notre scolarité? Quelle image avons-nous du roi franc? Nous en avons deux: d'abord Clovis, l'homme providentiel, l'élu du Ciel, le conquérant infatigable et victorieux; ensuite ses successeurs, barbares et cruels, incultes et débauchés, bref des rois fainéants faibles et cupides. Or, il s'en faut de beaucoup que les successeurs de Clovis aient tous répondu à ces critères. Qui se souvient que deux siècles avant Charlemagne un roi franc tenta de conquérir l'Italie? Qui se souvient que ses frères tentèrent leur chance en Espagne? Personne et je veux m'attacher ici à leur rendre justice. Le VI° siècle fut en réalité bien plus brillant qu'on ne le croit pour la Gaule franque.

 

Naissance de l'Austrasie

Clovis mourut en 511 à Paris et fut enterré en la basilique des saints apôtres, dont il avait ordonné la construction. Son corps fut placé près de celui de sainte Geneviève, patronne de Paris. Le fait que Clovis ait choisi Paris pour son dernier séjour n'est sans doute pas anodin. En déplaçant le centre de gravité du royaume vers le sud-ouest, il manifestait peut-être sa volonté de créer un royaume gallo-franc (ou romano-franc) destiné à être de langue et de culture latines. N'oublions pas que Clovis fut consul en 508. Si telle fut sa volonté, on verra que l'histoire suivit un autre cours.

 

Ses quatre fils prirent chacun le titre de roi et reçurent une part du royaume (Teilreiche en allemand). Certains disent que le grand roi franc obéissait en cela à la vieille coutume germanique, d'autres qu'au contraire il reproduisait à l'échelle du Regnum Francorum le système romain de la tétrarchie (système de quatre empereurs) mise en place par l'empereur Dioclétien vers 290. Quoi qu'il en soit, l'aîné, Thierry (dit aussi Théodoric) reçut les pays de l'est, appelés plus tard l'Austrasie (royaume de l'est, ostreich en allemand, Austrasie est en fait un doublet d'Autriche qui dérive du même mot allemand) et qui demeurait le plus exposé aux attaques des autres peuples germaniques (Saxons, Thuringiens et Bavarois). Thierry était né entre 485 et 490, il avait donc entre vingt-et-un et vingt-six ans et était tout à fait apte à régner. Sa mère était une concubine, peut-être issue de l'aristocratie des Francs Rhénans (c'est la thèse de M. Rouche). Il est certain toutefois que Thierry n'est pas le fils de Clotilde. Comme son père, Thierry épousa une princesse burgonde prénommée Suavégothe. Le mariage eut lieu vers 516 ou 517. Néanmoins, le roi avait déjà un fils, Théodebert, né vers 504.

 

Etendue de l'Austrasie

Thierry choisit pour capitale Reims, ville sacrée où son père avait scellé l'alliance de la dynastie avec l'Eglise catholique. C'est pourquoi on parle de « royaume de Reims », le terme « Austrasie » n'existant pas encore. Les Francs étaient nombreux dans cette région, et l'Austrasie fut sans conteste le plus germanique des royaumes mérovingiens. Faut-il y voir l'embryon de ce qui sera l'Allemagne bien des siècles plus tard ? La question est ouverte. Cependant, l'Austrasie mérovingienne est une terre bigarrée : si l'élément germanique prédomine dans la vallée du Rhin, à Cologne et Mayence, et bien sûr à l'est du fleuve, de solides bastions de langue latine restent présents, en Champagne (cités de Reims et de Châlons), dans la future Lorraine (cités de Verdun, Metz et Toul) et même dans la région de Trèves à cette époque. Thierry avait également reçu Cambrai, l'ancien royaume salien de Ragnacaire. Enfin, l'Alémanie (actuels Alsace, Bade-Wurtemberg et Suisse alémanique) fut toujours, semble-t-il, une dépendance (souvent rebelle) des rois d'Austrasie.

 

Le roi possédait de vastes domaines (les villae) et des bois où il pouvait s'adonner à la chasse, loisir très prisé par les rois en ce temps-là. Mais les terres austrasiennes, surtout à l'est, étaient barbares et païennes, il fallait les christianiser et les pacifier. Thierry s'y attela : il amena vers 534 des clercs d'Auvergne, région toute romaine, pour s'occuper de l'église de Trèves et améliorer le service du Seigneur dans la contrée. En effet, Thierry ayant conquis les cités d'Albi, Rodez et Clermont pendant la campagne de 508, il les conserva dans sa part et put y recruter de hauts dignitaires gallo-romains.

 

Le règne de Thierry

Le nouveau roi s'occupa aussi de défendre et d'étendre ses domaines, comme le lui commandait son devoir de monarque.

Avec ses frères, il combattit le roi des Burgondes Sigismond, dont il était pourtant le gendre, vers 523. En 524, un de ses frères, Clodomir, roi d'Orléans, mourut, victime des Burgondes. Ses fils furent écartés et ses domaines partagés : Thierry reçut peut-être les cités de Sens, Troyes et Auxerre.

 

L'Auvergne, si éloignée de Reims, se montra rétive et Thierry dut y mater plus d'une révolte. Thierry tenta apparemment de s'emparer de la part de ses demi-frères Clotaire et Childebert en les éliminant. Mais il échoua et abandonna apparemment ce projet. Avait-il la volonté d'imiter son père en devenant seul roi des Francs ? On ne saurait le dire.

En 531, il intervint dans le royaume des Thuringiens : la situation était troublée par les affrontements entre deux frères, Hermanfried (ou Irminfried) et Badéric. Thierry appuya tout d'abord Hermanfried qui tua son frère, puis le vainquit et le fit précipité des remparts de la ville de Zülpich en 531. D'ailleurs, sa propre grand-mère, Basine, mère de Clovis était thuringienne et de ce fait Thierry n'était pas le premier étranger venu. La Thuringe fut désormais soumise au maître de l'Austrasie. Thierry mourut en 534 à Metz âgé de quarante-neuf ans.

 

Le règne de Théodebert

Théodebert (ou Thibert), fils unique de Thierry, devint roi à trente ans (notons que Clovis connut son petit-fils). L'année précédente, Théodebert avait épousé Déoteria, fille d'un patricien gallo-romain du Languedoc. Elle lui donna un fils en 535. En revanche, on ignore tout de la mère de Théodebert. Ce roi fut sans doute le plus brillant roi franc du VI° siècle, et l'un des plus puissants et des plus ambitieux Mérovingiens. On peut soutenir qu'il pratiqua une politique impériale en digne successeur de son grand-père et des imperatores.

A l'extérieur, il affirma sa puissance. Avec ses oncles, il participa au partage du royaume burgonde : après la défaite et la mort du roi Godomar II, il se vit attribuer tout le nord de la Burgondie avec les cités de Langres, Autun, Nevers, Chalon, Besançon et Lausanne. Il contrôlait également, en plus de l'Auvergne, le Berry, le Limousin et Cahors. C'est du moins ce que l'on observe sur la carte de M. Rouche présentant les Teilreichen en 548, mais on ne sait pas comment Théodebert (ou son père ?) entra en possession de ces territoires.

 

Mais surtout, il envoya des armées combattre en Italie les Ostrogoths. Auparavant, il avait mis la main sur une partie de la Provence (537) que le roi goth avait abandonnée aux rois francs, et ces derniers avaient conclu un traité avec les Byzantins (535). En 539, Théodebert mena ses troupes au-delà des Alpes et il fut victorieux des Goths à Pavie et des Byzantins près de Ravenne, mais le roi ne parvint pas à conquérir l'Italie septentrionale. Il contrôla quelques temps la Vénétie ; à cette occasion, l'historien byzantin Procope put voir les guerriers francs en action. Donnons-lui la parole : « A un signal donné, ils ont l'habitude de lancer leurs haches qui brisent les boucliers de leurs ennemis, ce qui leur permet de les massacrer ». Procope observa également des soldats en uniforme romain, et c'est la preuve que des Gallo-romains combattaient dans les armées mérovingiennes. Théodebert étendit son influence sur la Bavière. Ses territoires étaient vastes et d'un seul tenant, de l'embouchure du Rhin jusqu'au sud du Massif central : Théodebert était le plus puissant souverain d'Occident.

À l'intérieur, il travailla à renforcer le prestige de son trône. Il s'entoura pour cela de lettrés gallo-romains et voulut rétablir l'administration et la grandeur de Rome. Parthénius l'encouragea à restaurer le système fiscal de l'empire. Théodebert battit une monnaie d'or à son effigie, s'attirant les foudres de Byzance. Il possédait la ville d'Arles en Provence : il y créa des jeux hippiques dans la grande tradition antique. Il fut ainsi un grand roi, soucieux de la prospérité et de la bonne administration de son royaume.

 

En 540, Théodebert épousa Wisigardis, fille de Wacho, roi des Lombards, ce qui prouve que l'influence franque s'étendait jusqu'en Panonnie (territoire des Lombards avant qu'ils ne déferlent sur l'Italie plus tard). Il mourut cependant en 548, dans des conditions accidentelles sans qu'on les connaisse bien : certains racontent qu'il fut écrasé par un arbre, d'autres qu'il fit une chute de cheval ou encore qu'il périt de maladie. L'Austrasie et le peuple franc perdaient un de ses plus grands rois, à l'âge de quarante-quatre ans. Grégoire de Tours a laissé un portrait élogieux de ce prince (ce qui n'est pas le cas pour tous les rois mérovingiens évoqués par l'historien.

 

Le règne de Théodebald

Théodebald (ou Thibaut), fils de Théodebert et de Déoteria, âgé de treize ans, succéda sans difficulté à son père. Il était moitié gallo-romain, moitié franc. D'après Grégoire de Tours, il souffrait d'une maladie paralysante. Théodebald eut à coeur de poursuivre la politique méditerranéenne de son père et tenta à son tour d'occuper l'Italie du nord. Mais son général Buccelin subit une cuisante défaite qui mit fin aux visées italiennes des Mérovingiens. Le Byzantin Agathias a laissé un récit détaillé de ces affrontements.

Théodebald épousa lui aussi une princesse lombarde prénommée Waldrada (vers 554). Il mourut jeune et sans héritier. Quant à la date de son décès, on hésite entre 553 et 555. Mais Grégoire de Tours, qui d'ailleurs n'est pas tendre pour ce roi, précise bien « durant la septième année de son règne », ce qui donne 555.

Avec lui s'éteignit la branche aînée des Mérovingiens, sans doute la plus brillante.

 

Bibliographie :

Histoire de la France des origines à nos jours (sous la direction de G. Duby), Larousse, 1999

 

Grégoire de Tours, L'Histoire des rois francs, (traduction de J.J.E. Roy), Gallimard, 1997

 

Rouche, M.., Clovis, Fayard, 1996

 

Tate, G., Justinien, Fayard, 2004



09/01/2010
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