Nationaliste Social et Ethniciste

Nationaliste Social et Ethniciste

Matthieu Grimpret ou l'impasse du libéralisme religieux (1)

Il est parfois des lectures désagréables, mais nécessaires, car comme le dit Ken Watanabe à Tom Cruise dans Le Dernier Samouraï, il faut « connaître son ennemi ». Les ennemis, ce n'est pas ce qui manque pour quelqu'un qui, comme Pierre Desproges, « à part la gauche, ne méprise rien autant que la droite ». Il y a quelques temps déjà que j'avais acheté un livre provocateur au titre baroque : Traité à l'usage de mes potes de droite qui ont du mal à kiffer la France de Diam's. Tout un programme. La gauche bien-pensante aime répandre l'idée que la défense de l'immigration, de l'islam et du multiculturalisme est sa marque de fabrique. Rien n'est plus faux. Il y a à droite une solide faction de libéraux cul-bénis qui professent la même admiration béate pour l'Autre, surtout lorsqu'il est basané et se prosterne vers la Mecque, et le même émerveillement naïf pour le cosmopolitisme multiculturel. Matthieu Grimpret est de ceux-là. C'est de surcroît un collègue (du privé?) puisqu'il s'intitule professeur d'histoire (-géographie?), alors même qu'il est diplômé de Sciences Po. Si Sciences Po formait des historiens, ça se saurait. Sciences Po (ou l'Institut d'études politiques de Paris) fait partie de ces glorieuses institutions censées former les élites de la France et qui, à vrai dire, forment surtout des élites anti-françaises. Je n'entends pas ici par « anti-France » le sens maurrassien, qui désignait, dans un délire conspirationniste confinant à la paranoïa, les ennemis de la seule Action Française (comme si l'AF avait été la « vraie France »), mais bien l'ensemble des Français, et en particulier les membres de ses élites, qui ont tiré un trait sur la France, en tant que nation historique, en tant que peuple chargé d'histoire. Certains ont cédé au mirage européen, qui nous promet un avenir radieux : il suffit pour cela de se rappeler du programme du tandem Fillon-Sarkozy pour 2012, à savoir conserver le fameux triple A dans l'échelle des notations financières. Le beau projet collectif que voilà ! Merci Masstricht, merci Lisbonne et un grand merci aux européistes. La Grèce vend tout ce qu'elle a, le Portugal aussi, la France commence également (on met les tribunaux aux enchères ces temps-ci) mais qu'importe puisque tous ces sacrifices sont accomplis sur l'autel de la grande déesse Europe... même s'il vaudrait mieux dire Europa. D'autres, moins sensibles aux séductions de la mère de Minos et Rhadamanthe, se prennent à rêver d'un renouveau national nourri par le bouillonnement de la jeunesse issue de l'immigration qui croupit injustement dans les cités miteuses à la périphérie de nos villes. Les pauvres. Grimpret, comme Soral, fait partie de ceux-là. Ils prônent sans complexe l'union des catholiques et des bons musulmans pour régénérer la France au nom de Dieu/Allah. L'idée que les seconds bouffent les premiers ne leur effleure pas l'esprit. Si on osait, on leur conseillerait de se renseigner sur ce que deviennent les chrétiens d'Irak, d'Egypte, de Syrie, de Palestine... mais chut ! Désinformation sioniste que tout cela.
 

 

Il faudrait sans doute un livre entier pour réfuter les inepties de M. Grimpret. Je n'ai pas autant de temps à lui consacrer (j'ai déjà acheté son bouquin et me suis farci sa rhétorique, c'est bien assez). On se bornera ici à la critique de quelques passages et idées choisies.

 

L'itinéraire d'un converti

Grimpret a un itinéraire original mais qui est loin d'être très surprenant. Après avoir penché pour un extrême, il est bêtement tombé dans l'excès inverse. « Adore ce que tu as brûlé, brûle ce que tu as adoré » aurait dit Saint Rémi à Clovis au moment du baptême (1). L'auteur explique ainsi qu'il a appartenu à la droite « dure » (comprenez : l'extrême droite, dans le langage courant). Nourri de Maurras, Bainville, Brasillach, que du beau monde en somme, notre homme paraît avoir tout eu du monarchiste traditionaliste de base, qui pleure ses martyrs vendéens chaque jour que Dieu fait et maudit la gueuse en espérant qu'un OVNI ramènera les rois dans un carrosse doré. Et puis, selon ses propres termes, un jour, il s'est « converti à l'intelligence », c'est-à-dire qu'il a compris que la République n'avait pas grand-chose à craindre des monarchistes tradi mais qu'en revanche, les musulmans avaient une chance de réaliser le vieux rêve de Maurras et de ses disciples. Les boches ayant failli, les antirépublicains sont bien obligés d'aller se chercher de nouveaux auxiliaires pour continuer leur sainte croisade contre Marianne. Il peut paraître surprenant qu'un monarchiste catholique bascule dans l'immigrationnisme et le culte de la diversité. La contradiction n'est qu'apparente : pour cette droite-là, la vraie France est morte, en 1793, sous les coups des révolutionnaires impies, que dis-je, des terroristes. Depuis cette époque néfaste, l'espace géographique appelé « France » vit dans les ténèbres, c'est-à-dire sous le régime de la République laïque, maçonnique, anticatholique, etc. Pour les vrais Français que sont les catholiques traditionalistes, la priorité est de détruire cette nouvelle Babylone et sa catin couronnée du bonnet phrygien, Marianne. Peu importe les moyens, on utilise ce que le hasard, ou plutôt la Providence, met à votre disposition : hier, les nazis ; aujourd'hui, les musulmans. Cela ne signifie en aucun cas que les tenants de cette droite aient été eux-mêmes nazis en 1940, ou qu'ils soient musulmans en 2011. Non, ces alliances sont de pur opportunisme. Ajoutons qu'il n'y a pas unité sur cette question : Grimpret ne représente qu'une partie de la droite libérale. Mais ils existent. Grimpret toutefois a franchi un cap : il récuse l'existence de la nation des rois (« je ne crois pas qu'elle existât jamais ») tout en conservant la haine de la République, « un monstre de laboratoire » selon lui. Peut-être devrait-il se regarder dans une glace... Mais passons.

 

Un beau jour donc, amené à travailler dans les cités, Matthieu Grimpret est simplement tombé amoureux de ces communautés immigrées. La diversité, c'est merveilleux.

Extrait (page 15) : « Quelle émotion ! Quelle beauté ! Chaleur et sobriété ! De superbes Africaines, d'élégantes Antillaises pleines de couleurs et de parfums portant sur leurs hanches des enfants aussi vigoureux que ceux dont parle Isaïe aux derniers chapitres de son Livre [les enfants blancs doivent être tous malingres...] ; quelques vieux musulmans au regard lumineux [les non-musulmans doivent avoir le regard éteint...], assez mal fagotés, il faut en convenir, tenant d'une main un sac Auchan et de l'autre – MAIS de l'autre – un chapelet de prière où semblent courir mille doigts, l'ardeur puissante et souvent prometteuse de l'islam », j'arrête là.

Un vrai panégyrique du multiculturalisme. L'avantage dans la France de Grimpret & cie, c'est que nous n'aurons plus besoin de voyager : on pourra faire le tour du monde dans les banlieues françaises. Chaque pays lutte en général pour conserver quelque chose de son passé, pour cultiver ce qui fait son originalité. En France, non. Abandonnons-nous à la diversité, accomplissons notre suicide collectif en tant que peuple historique, sacrifions-nous au nom du cosmopolitisme nécessaire. Matthieu Grimpret, Dieu et quelques autres le veulent. Mais être attaché au passé de la France ne doit pas signifier qu'il faut « muséifier » notre pays. Grimpret a raison sur ce point lorsqu'il reproche à une certaine droite « patrimonialiste » (de Villiers essentiellement) de refuser toute évolution. Et mon récent passage au Puy du Fou m'a convaincu que cette vision trop passéiste de la France ne nous mènera nulle part. Il faut accepter le progrès, mais un progrès raisonné et raisonnable qui ne doit pas nous conduire à renier ce que nous sommes. La République est un progrès, mais Grimpret la rejette. En revanche, il accepte l'immigration. Cette dernière a contribué, c'est vrai, au progrès. Mais aujourd'hui, une certaine immigration pose problème et nous engage même dans certains domaines sur la voie de la régression (principe d'unicité de la loi, égalité homme-femme, laïcité...). En réalité, Grimpret présente l'africanisation, l'arabisation et l'islamisation de la France comme un progrès et un changement bénéfique... parce qu'ils permettront d'en finir avec la France républicaine née de la Révolution. Tout le monde n'a pas la même conception du progrès...

 

Revenons un instant sur l'islam, dont l'auteur souligne « l'ardeur puissante et souvent prometteuse ». L'islam lui promet surtout la conversion ou le statut de dhimmi, mais on ne demandera pas à un diplômé de Sciences Po d'être cultivé, ce serait comme demander à un islamiste d'être tolérant. Ce discours est à rapprocher de celui d'Alain Soral. Je m'étonne toujours de trouver chez ces gens une fascination malsaine pour le caractère présumé « viril », « patriarcal », « guerrier » même, de l'islam. Comme si l'Occidental civilisé faisait un complexe d'infériorité face à l'Oriental brutal, comme s'il nourrissait une forme d'admiration masochiste pour le Barbare qui, non perverti par la culture, s'abandonne encore à l'ivresse des instincts primitifs de violence et de domination. Oh, ces dernières existent chez nous aussi, mais elles sont plus subtiles, sournoises, policées voire ritualisées. La France devient un étrange pays. Les natifs amateurs de foie gras et de tauromachie sont quasiment traités de nazis parce qu'ils torturent les animaux, mais les élus se battent pour faciliter l'abattage hallal dans tout le pays, abattage rituel au cours duquel l'animal conscient est égorgé et se vide de son sang. Le gavage des oies et des canards, ma pauvre dame, c'est du sadisme gratuit. L'abattage hallal, c'est une noble pratique ancestrale, reflet d'une culture aussi raffinée que millénaire. Au nom de la diversité, on fête le nouvel an chinois et la fin du Ramadan, mais la présence d'un sapin décoré de guirlandes à noël devient une entorse à la laïcité... Comprenne qui pourra. Quand un pays en vient à avoir plus de respect pour les coutumes des résidents étrangers que pour les siennes, il est véritablement en danger. Ironie de l'histoire, au moment des Croisades médiévales, nous étions les sauvages et les musulmans étaient la civilisation « supérieure ». Le drame, c'est que dans le monde arabe, ils sont encore nombreux à le croire, alors même qu'ils peinent à sortir du Moyen Âge...

 

Une méconnaissance de l'histoire et de la France

Malheureusement, Grimpret, tout professeur d'histoire qu'il est, n'a rien compris à l'histoire de son propre pays. L'histoire de France ne s'est pas arrêtée en 1793, bien au contraire. Le mot « France » a pris tout son sens à ce moment là. Auparavant, la France était un royaume, assemblage de provinces diverses annexées au hasard des entreprises capétiennes. Ne donnons pas dans le mythe : la France n'est pas « éternelle », d'autres combinaisons étaient possibles. En revanche, la France est millénaire et le terme de « Français » (et non plus de Francs) émerge il y a environ mille ans. Le titre de « roi de France » s'impose au XIII° siècle. La France est donc avant tout un cadre géographique, un espace. Pour Grimpret, on en reste là : la France est un contenant, on met ce qu'on veut dedans, on secoue et, quoi qu'on obtienne, pas de problème, c'est toujours la France. Mais, durant la Révolution, le mot « France » enrichit sa définition : il n'est plus seulement expression géographique, il désigne désormais une réalité humaine, à savoir la nation. Et cette nation a ses caractéristiques, son originalité, ses atouts et ses limites, bien évidemment.

 

Penchons-nous sur ce texte, sans doute impie aux yeux de Grimpret, qu'est la Marseillaise :

Allons Enfants de la Patrie,

Le jour de gloire est arrivé,

Contre nous de la tyrannie,

L'étendard sanglant est levé.

Entendez-vous dans les campagnes

Mugir ces féroces soldats,

Ils viennent jusque dans vos bras

Égorger vos fils vos compagnes

Que constatons-nous ? Que les Français sont désignés comme « enfants de la Patrie ». La Révolution ne conçoit donc pas les Français comme un agglomérat d'apatrides issus des quatre coins du monde, contrairement à ce que certains voudraient nous faire croire. Non, le mot « patrie » apparaît (et ce n'est pas un hasard) dès la première ligne. La Révolution ne définit pas la France comme un pays d'immigration, mais bien comme une « terre des pères », un pays où vit une population enracinée. Ce terme de « racine » nous renvoie bien à propos à l'idée du végétal, et notamment de l'agriculture. Car la France fut longtemps un pays rural, une terre de paysans cultivant, génération après génération, ses champs. Là encore la Marseillaise ne s'y trompe pas puisqu'elle évoque « les campagnes ». Cette France rurale a disparu pour une bonne part, et il faut se garder de l'idéaliser, mais dans le cœur de beaucoup de Français, il reste un petit village où sont enterrés les grands-parents ou les arrière-grands-parents. Ce qui reste de cette France rurale, appelé avec un infini mépris « France profonde » voire « France moisie » par les bobos de gauche comme par Grimpret (à croire que les élites made in Sciences Po communient dans le mépris du « bouseux »...), est présenté comme un ramassis de dégénérés, on y reviendra. Le génie de la Révolution est bien là : associer la patrie et la liberté. Ajoutons que la seconde n'apparaît que dans le sixième couplet (« Liberté, liberté chérie ») souvent chanté après le premier toutefois. C'est bien dans cette association de la patrie, de la liberté et de l'égalité que se trouve le fondement de l'identité française post-révolutionnaire, et particulièrement de l'identité politique de la France. On a coutume de dire que les révolutionnaires ont voulu « faire table rase du passé » selon l'expression consacrée. C'est inexact. Ils ont voulu faire table rase du passé politique monarchique du pays et lui donner de nouvelles références, d'ailleurs puisées dans un passé plus lointain encore, à savoir l'Antiquité gréco-romaine. Rappelons que Robespierre était nourri de Rousseau qui lui même lisait Plutarque avec passion. Du bonnet phrygien à la tenue des membres du Conseil des Cinq-Cents en passant par Marianne, nouvelle Athéna, divinité poliade de la nation française, les emprunts sont innombrables. Les révolutionnaires n'ont pas oublié le passé, ils ont choisi leurs références dans une autre période. Au demeurant, Louis XIV ne dédaignant pas se faire représenter en Apollon ou en empereur romain (avec la perruque!), on peut se dire que la culture des révolutionnaires n'était peut-être pas si éloignée de celle des élites monarchistes... Mais, contrairement à certains « républicains » d'aujourd'hui, les révolutionnaires n'ont pas rejeté tout l'héritage des générations antérieures. Ils ont gardé le mot « France », et ils ont bien eu conscience que ce territoire était occupé depuis des siècles par des populations majoritairement rurales et enracinées (ce qui n'a jamais empêché les apports extérieurs, toujours absorbés à terme). A contrario, les bolchéviks russes ont modifié la géographie en créant des républiques d'Ukraine ou de Biélorussie, et ont voulu faire naître un nouveau peuple, le peuple soviétique. Les révolutionnaires français, non. Ils ont même parachevé d'une manière inattendue l’œuvre des rois en donnant au pays une organisation territoriale rationnelle avec la création des départements, héritiers des différents découpages (souvent artificiels déjà) voulus par la monarchie. D'ailleurs, et ce n'est pas un hasard, Louis XVIII et Charles X ont gardé les départements, alors même que l'attachement des populations à cette structure était moins fort qu'aujourd'hui et une suppression était sans doute possible sans trop d'opposition. Combattre pour la « liberté » seule n'a aucun sens. La liberté est une notion abstraite. Pour lui donner du sens, il faut l'associer à une réalité tangible. Cette réalité, c'est la patrie, la « terre des pères », c'est-à-dire (à l'époque), « les campagnes », nos champs, nos villages. Aujourd'hui, cela fait ringard. Les choses ont certes changé, mais quand je compte le nombre de Français qui, de 1793 à 1945 (et même après), sont morts pour cette chose qu'on appelle « patrie », je crois qu'un peu de respect n'est pas superflu. On m'objectera que tous ces sacrifices sont insupportables, que la patrie est après tout un ogre qui dévore ses propres enfants. Je ne serais pas aussi catégorique. En tout cas, ces Français se montraient capables de donner leur vie pour une chose qui leur paraissait plus grande qu'eux. Aujourd'hui, nos contemporains désabusés n'ont pas le même ressort moral. Leur petite personne constituant trop souvent le centre unique de leur univers étriqué (en dépit des discours maintes fois répétés sur la « tolérance » et l' « ouverture »), beaucoup ne seraient, je pense, même pas capables de défendre leur liberté individuelle. Alors défendre la patrie ou la liberté collective...

 

Cette association de la patrie et de la liberté est malmenée de nos jours. Pour une certaine extrême droite, les devoirs envers la patrie supposent l'abandon de toute liberté individuelle. Comme si Marianne s'habillait d'un uniforme et s'équipait d'une matraque pour nous contraindre à aller à la messe, à communier dans la tradition catholique en maudissant les francs-maçons et les sionistes. Pour la majorité, libéraux de droite et libertaires de gauche, on se réclame bien volontiers de la liberté, liberté d'entreprendre et de s'enrichir pour les uns, liberté d'être homosexuel et de fumer du haschisch pour les autres. Mais la patrie a disparu de l'horizon. A gauche, on garde tout de même, du moins officiellement, l'égalité qu'on rejette à droite. En réalité, tout le monde s'accorde pour favoriser un communautarisme rampant.

 

Et Grimpret, qu'on paraît avoir perdu de vue, dans tout cela ? C'est un libéral de droite, mais d'une espèce particulière : un libéral religieux à l'américaine. C'est-à-dire partisan d'une totale liberté d'entreprendre puisqu'il professe une « méfiance à l'égard de ceux qui veulent « aider l'économie à mieux fonctionner », comme si le marché ne pouvait pas se débrouiller tout seul, au naturel » (p.21). On pourrait répondre à cela qu'après tout, le marché est une création de l'homme, donc artificielle, et on ne voit pas bien pourquoi l’État, autre création de l'homme, ne pourrait pas interagir avec le marché. D'autant que le marché ne se prive pas, lui, d'empiéter sur les prérogatives de l’État, en exigeant beaucoup d'argent public et une « gouvernance économique européenne ». La construction européenne s'opérant sous la contrainte du marché, c'est pas beau la démocratie ? Qu'est-ce qu'on apprend à Sciences Po ? Apparemment que dans la Genèse, Dieu créa le marché... Si Grimpret ignore que l’État est toujours intervenu dans l'économie, de Périclès à Barack Obama pour s'en tenir à des états démocratiques « libéraux », c'est à se demander s'il n'a pas eu son diplôme dans une pochette surprise. Mais, si on est libre de s'enrichir et de bouffer son prochain dans la jungle capitaliste naturellement régulée par le marché, on l'est beaucoup moins de ne pas croire en Dieu. Grimpret confesse en effet une « méfiance à l'égard de ceux qui ne veulent pas faire une petite place au bon Dieu, même en fermant les yeux sur la variété de ses noms d'emprunt » (p.21). Il y a beaucoup à dire là-dessus. D'abord, il suffit d'ouvrir l'Ancien Testament ou le Coran pour s'apercevoir que Dieu n'est pas toujours si bon que cela. Ensuite, le petit couplet sur « la variété des noms d'emprunt » est significatif de l’œcuménisme béat et puéril dans lequel a sombré le catholicisme. N'en déplaise à Grimpret, Allah et Yahvé ne disent pas tout à fait la même chose. Mais surtout, alors même que les catholiques estiment de plus en plus que les trois monothéismes et les différentes branches du christianisme se valent, leurs rivaux ne sont pas du tout sur cette ligne. Pour un orthodoxe ou un protestant, la vraie religion, c'est l'orthodoxie ou le protestantisme. Pour un musulman pratiquant, un chrétien est dans l'erreur et dans un avenir plus ou moins lointain, il est amené à se convertir (ou à périr pour une frange radicale de l'islam). Les catholiques vont se faire bouffer parce qu'ils ne pensent plus que leur dogme est Vérité. Il faut dire que les gauchistes et certains laïcards s'en prennent exclusivement à l’Église catholique, sans comprendre qu'elle est dans une phase de déclin, et surtout qu'elle a perdu la bataille intellectuelle, non point faute d'intelligence mais faute de volonté. Quand Benoît XVI explique que l’Église catholique enseigne la Vérité et que les autres, si respectables soient-ils, ont tort, il est presque traité de fasciste et on ne manque pas de lui rappeler son passage dans les Jeunesses hitlériennes. Tous les jours, des imams radicaux prêchent en Europe la haine de l'Occident et la conversion forcée de tous à l'islam, seule vraie religion. Ceux-là ont droit à des aides pour prier dans des locaux décents, Mme Aubry est prête à accorder à leurs enfoulardées des horaires spéciaux dans les piscines de Lille tandis que son mari les défend devant les tribunaux, expliquant peut-être que l'intolérance et le fanatisme religieux sont bien légitimes dans la patrie des droits de l'homme. Pour un libéral religieux comme Grimpret, la liberté est économique mais assez peu religieuse.

 

On peut s'étonner qu'un catholique s'accommode du capitalisme libéral. Là encore, le paradoxe n'est qu'apparent. Le capitalisme libéral repose sur les inégalités, or le catholicisme, dès lors qu'il est devenu religion officielle dirigée par la grande aristocratie sénatoriale de l'Empire romain finissant, a vite abandonné les velléités d'égalitarisme dont il était porteur dans les premiers temps. Durant l'Ancien Régime, M. le Comte ou M. le Marquis avaient leur banc à l'église, toujours devant les autres. Est-ce vraiment chrétien ? En tout cas, l’Église s'en accommodait. Comme les gauchistes, les libéraux religieux ont besoin des pauvres. Pour les gauchistes, il s'agit de dénoncer les inégalités et de réclamer qu'on pende les riches pour distribuer aux pauvres. Pour les libéraux chrétiens, le pauvre a d'autres vertus : il nous rappelle le Christ, mais surtout il permet au riche de se valoriser grâce à la charité, qui au final justifie sa richesse. Car pourrait-il y avoir charité sans de riches personnes charitables ? Le riche s'achète une bonne conscience et s'offre une image de philanthrope. Par ailleurs, ce même riche capitaliste a parfois un comportement opposé dans son travail : il coule les entreprises de ses rivaux, ferme des usines, jette à la rue des centaines ou des milliers de salariés, délocalise en Chine où on fait travailler les enfants et où il n'y a aucune législation du travail ni protection sociale. Quand après cela, des gens comme Grimpret viennent nous dire que ce riche est chrétien, j'ai un peu de mal à le croire. Ce doit être le christianisme pragmatique. Pour ma part, j'appelle cela de l'hypocrisie... Je me souviens encore de Christine Lagarde déclarant à la télévision qu'elle était croyante. Avec de tels croyants, je ne serais pas surpris que Dieu accélère un peu le calendrier pour avancer la date de l'Apocalypse !

 

(1) Les citations pseudo-érudites toutes les trois lignes, c'est agaçant, n'est-ce pas ? C'est aussi mon avis, mais j'emprunte cette technique à Grimpret, afin de montrer le ridicule du procédé.

 

 

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26/08/2011
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