Nationaliste Social et Ethniciste

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Nicolas Sarkozy rend compte de sa politique aux Français

Ce jeudi 27 octobre, le Président de la République a répondu aux questions de deux journalistes, MM. Pernaud et Calvi, pour TF1 et France 2. Nicolas Sarkozy a tenu à présenter cet exercice comme un « compte rendu » de son action récente, dans les sommets européens destinés à secourir la Grèce et à sauver l'euro. On entend ici ou là des remarques narquoises sur ce type d'émission, et l'on peut en effet pinailler sur tel ou tel point (1). Je pense que M. Sarkozy était parfaitement dans son rôle de chef de l’État, investi par le suffrage universel. D'ailleurs, puisqu'il est beaucoup question d'imiter nos voisins d'outre-Rhin (on va y revenir), je note qu'Angela Merkel, elle, rend des comptes au Bundestag. Et c'est bien normal : dans le système allemand, le chancelier fédéral tient son pouvoir du Parlement. Peu importe ce qu'en disent les esprits chagrins : Nicolas Sarkozy, quelques puissent être ses arrière-pensées, a bien fait de s'adresser à la nation. D'autant que la gravité de la situation économique et politique de l'Union européenne le justifiait pleinement.

 

L'intervention du Président : entre courage apparent et réelle mauvaise foi

Il y a des choses qui m'ont plus dans le discours tenu par M. Sarkozy, et pourtant je suis bien loin d'être un sympathisant du Président ou de son parti. D'abord, Nicolas Sarkozy a tenu à expliquer les enjeux auxquels la France et l'UE sont confrontées. Et il l'a bien fait. Ne soyons pas naïfs : la présentation des faits était partiale (et sans doute partielle), car le Président se fixait plusieurs objectifs dans cette intervention, à savoir reprendre la main après les primaires socialistes en rappelant que lui gouverne tandis que les autres palabrent et bombent le torse (c'est de bonne guerre), se donner le beau rôle dans la résolution – provisoire – de la crise grecque (alors que l'Allemagne a imposé ses conditions), et bien sûr rassurer l'opinion légitimement inquiète. D'autre part, le Président a employé un vocabulaire que j'apprécie, parlant de « devoir » et de « mission ». Oui, je l'admets, j'aime ce langage de dévouement aux affaires publiques. Il faut aussi avouer (et c'est un fonctionnaire qui parle) que Nicolas Sarkozy a pleinement assumé, avec un certain courage, sa politique assez impopulaire de rigueur et de démantèlement des services publics. Mais les compliments s'arrêteront là. Plusieurs points méritent en effet de sévères critiques.

 

Nicolas Sarkozy a refusé, contre toute logique, la part de responsabilité que sa famille politique et lui-même portent dans l'augmentation des déficits publics. Les socialistes ont été chargés par le Président, et c'est de bonne guerre, mais il est un peu excessif d'attribuer tous nos malheurs à la gauche. Or M. Sarkozy s'est défaussé de ses responsabilités sur ses adversaires politiques. On a eu droit au petit couplet sur la retraite à 60 ans au début des années 80 et l'éternelle pique sur les 35 heures adoptées par le gouvernement de Lionel Jospin (2). Qui est assez naïf pour croire que ces deux mesures suffisent à expliquer la dette de notre pays ? De surcroît, depuis 1981, la droite a régulièrement exercé le pouvoir, de 1986 à 1988, de 1993 à 1997, et enfin de 2002 à nos jours. Or, de 2002 à 2008, nous n'étions pas en crise... Qu'a donc fait l'UMP pour résorber la dette durant tout ce temps ? M. Sarkozy a, à son actif, autour de 400 à 500 milliards de déficit supplémentaire si j'en crois ses adversaires. Pourtant le Président n'a reconnu sa responsabilité que du bout des lèvres et de mauvaise grâce, répliquant à Yves Calvi (pugnace) : « Oui, je suis responsable, mais vous l'êtes aussi M. Calvi. Nous sommes tous responsables ». Mais que je sache, Yves Calvi n'a jamais dirigé le pays...

 

Revenons sur la question de la fonction publique. Le Président nous a doctement expliqué qu'il n'était plus possible d'augmenter le nombre de fonctionnaires, que ça n'était pas raisonnable. Soit. J'entends cet argument. En tant que fonctionnaire, je sais que je représente un coût pour la société. Je connais l'état inquiétant des finances de mon pays. Je sais que tout n'est pas possible, et lorsque je lis les propositions de certains syndicats enseignants (dont le principal, sorti comme prévu vainqueur des élections professionnelles), je suis consterné. Il est normal que la nation demande, en période difficile, un effort à ses serviteurs. Je l'ai dit déjà, je suis favorable à un gel temporaire des salaires. Cette année, bien que ne le faisant pas de gaieté de cœur, j'ai dû accepter d'enseigner quelques heures d'une autre matière que la mienne (au pied levé et sans formation, naturellement). D'un côté, le mépris de ma qualification, difficilement obtenue, m'exaspère. De l'autre, je conçois qu'on emploie un professeur en sous-service pour « boucher les trous » en période de pénurie. Toutefois, la crise a bon dos, et je note que le dogme du non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux date d'avant 2008. La droite s'en prend à la fonction publique pour des raisons économiques (le refus de chercher de nouvelles recettes obligeant à rogner sur les dépenses) mais aussi, et peut-être surtout, pour des raisons idéologiques, toute une partie de l'UMP voyant dans les fonctionnaires (en particulier les professeurs) des fainéants, des parasites, coûteux et inutiles, en plus d'être la clientèle électorale de la gauche.

 

Il est fort gênant que le Président ait omis de verser certaines pièces au dossier. Depuis plusieurs années par exemple, l'augmentation du nombre de fonctionnaires est liée à la décentralisation, favorisée et accélérée par le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin sous la présidence de Jacques Chirac, gouvernement dont fut membre un certain... Nicolas Sarkozy ! Les effectifs de la fonction publique territoriale ont explosé. Et il est bon de rappeler que les élus locaux de droite n'hésitent pas à créer des postes, mais aussi des sinécures pour caser les amis, et éventuellement les enfants des amis. Je note aussi que Matignon trouve de l'argent pour rembourser les cours fictifs de Luc Ferry. M. Fillon aurait, selon les dires de Rachida Dati, permit l'embauche dans un ministère du fils de Jean Tibéri, et je crois me rappeler que Roselyne Bachelot avait aussi placé son fils avantageusement. Alors, M. le Président ? La fonction publique est onéreuse, mais apparemment, elle est toujours utile pour établir sa famille et ses amis, ou se créer une clientèle aussi dévouée qu'intéressée. Qu'attend M. Sarkozy pour recentraliser notre pays et faire de substantielles économies en supprimant les surnuméraires qui officient dans les Conseils régionaux ou généraux, comme par exemple les nuisibles qui diffusent une véritable propagande régionaliste et antinationale, aux frais du contribuable ? Là se trouvent les véritables parasites. Mais le Président n'en fera rien : les barons locaux de l'UMP lèveraient immédiatement l'étendard de la révolte.

 

Nicolas Sarkozy a raillé le projet de François Hollande de recruter 60 000 personnels de l’Éducation Nationale, en s'exclamant : « Mais où ira-t-on chercher l'argent ? ». Peut-être là où l'actuel Président n'a pas le courage d'aller le prendre. La logique comptable a ses vertus et son réalisme. Mais il y a aussi les réalités humaines, et en l'espèce démographiques. La France a une natalité qui fait pâlir d'envie nombre de pays voisins. Depuis l'an 2000, le taux de fécondité est remonté pour se stabiliser autour de 2 enfants/femme, pas très loin du taux « idéal » de renouvellement des générations (2,1). Certes, ne nous voilons pas la face (si j'ose dire) : nous devons une partie de ce taux à une immigration aussi massive que néfaste. Mais même les natifs naviguent autour de 1,8 à 1,9 enfant/femme. Ce qui, pour des Européens, n'est pas si mal. Ces enfants devront être accueillis dans nos écoles. Certains d'entre eux rencontreront plus de difficultés que les autres. Comment les aider dans des classes aux effectifs pléthoriques ? M. Sarkozy propose de nous payer mieux. On peut bien augmenter nos salaires de 20 %, cela ne nous rendra pas plus performants avec des classes surchargées... Le problème de l’Éducation Nationale n'est pas qu'un problème de moyens, c'est aussi un problème d'autorité, de respect dû à l'institution, de la part des élèves et de leurs parents. On ne peut pas dire que, de ce côté là, la droite ait fait grand-chose, hormis quelques effets d'annonce.

 

L'autre point de désaccord majeur concerne ce que je nommerais le suivisme du Président à l'égard de l'Allemagne. Au cours de l'entretien, Nicolas Sarkozy s'est livré à un vibrant plaidoyer en faveur du « modèle allemand », ce qui revient à dresser un réquisitoire contre notre pays. Qu'en est-il de ce fameux « modèle allemand » ? Il mériterait une analyse précise, mais je ferai bref. Côté face, une économie prospère, une balance commerciale excédentaire grâce à un secteur industriel performant et exportateur, un taux de chômage faible, une dette publique jugulée. Côté pile, des salaires maintenus à un bas niveau, des sacrifices importants régulièrement imposés aux salariés, une explosion du travail précaire (via les temps partiels), une situation démographique inquiétante et un système fédéral qui favorise de fait les égoïsmes régionaux. Étrangement, les tenants du « modèle allemand » sont plus prompts à vanter le côté face qu'à nous instruire du côté pile. En cette période difficile, les Allemands cueillent en effet les fruits de leurs efforts, et peuvent par conséquent estimer nécessaires les sacrifices consentis. Mais la crise ne durera pas toujours. Or, les sacrifices ont commencé avant la crise et devront se poursuivre après. La vertueuse Allemagne est en réalité prisonnière d'un engrenage infernal, et de plus suspendue à un avenir démographique incertain qui, avec les conséquences de l'immigration turque (non-intégration, expansion de l'islam... les problèmes ne sont pas si différents des nôtres), pourrait plonger le pays dans la catastrophe. Les Allemands sont hantés par le souvenir du nazisme, mais qui nous dit qu'un jour ils ne perdront pas patience face à des immigrés arrogants et conquérants ?

 

L'Allemagne n'est en aucun cas un modèle pour la France, et ce pour plusieurs raisons. Le « modèle allemand » n'est pas durable, et ne fait que retarder un probable déclin, à moins d'un sursaut nataliste (toujours possible, et même souhaitable, car la disparition du peuple allemand serait très regrettable). Ensuite, la structure de l'économie allemande est différente de la structure de l'économie française. L'Allemagne s'appuie sur une industrie réputée et exportatrice. La France n'a pas la capacité industrielle de rivaliser avec l'Allemagne. Nos exportations sont faibles. Grâce à sa performance, l'économie allemande fonctionne avec une monnaie forte, hier le mark, aujourd'hui l'euro (qui est un mark bis). La France au contraire a toujours dû recourir à une monnaie faible pour doper ses exportations et rester compétitive. L'Allemagne profite de son positionnement sur le segment haut de gamme de l'industrie, alors que la France (comme les États-Unis) était plutôt positionné sur la moyenne gamme. Ce qui fait que l'Allemagne (ou le Japon) a pu résister en partie à la concurrence chinoise. A contrario, les industries française, américaine ou italienne (centrées sur la moyenne ou le bas de gamme) se sont effondrées. Pour imiter les Allemands, il faudrait posséder l'équivalent de Mercedes, BMW, Volkswagen (automobile), Siemens (haute technologie), ThyssenKrupp (sidérurgie), Henkel (chimie), les fabricants de machines-outils, etc. Nous n'avons rien de tout cela, malheureusement. Au lieu de se lamenter, il faut élaborer des stratégies favorables aux intérêts de notre économie. Il faut aussi remarquer que si demain nous devenions une Allemagne bis, alors le « modèle allemand » s'effondrerait sans doute puisqu'il est le produit de la suprématie économique allemande...

 

Commentaires et débat sur France 2

L'intervention du Président a été suivie sur France 2 d'un débat auquel participaient des opposants (voire des concurrents) : Jean-Luc Mélenchon, candidat à la présidentielle pour le Front de Gauche (PCF, PG et quelques autres groupuscules), Manuel Valls, représentant le Parti Socialiste, Marine Le Pen, présidente et candidate à la présidentielle du Front National. Valérie Pécresse avait pour sa part la noble tâche de tresser les lauriers de notre Président. Il eut été inutile de multiplier les protagonistes, mais je note que le MODEM n'avait aucun représentant. Et Nicolas Dupont-Aignan, comme presque toujours, n'était pas convié, donnant l'impression, comme d'habitude, que seule Mme Le Pen propose la sortie de l'euro, ce qui, soit dit en passant, est une méthode éprouvée pour disqualifier cette position.

 

Je ne dirai rien de Mme Pécresse, à qui était dévolu un rôle difficile, et que la nature n'a point doté d'un grand talent. Manuel Valls s'est montré assez convaincant et bon orateur. Il a su appuyer là où il fallait, notamment sur la politique fiscale de Nicolas Sarkozy, qui est tout de même injuste en plus d'être maladroite. Je verrais bien Manuel Valls ministre de l'Intérieur si François Hollande l'emporte en mai prochain, car il en a l'étoffe. Son discours sur la République et la laïcité (seul dans son parti, il a osé voter l'interdiction du port du voile intégral) semble sincère et correspond pour une part à mes préoccupations. Mais sur la construction européenne, dont M. Valls a rappelé qu'il était un fervent partisan, nous divergeons irrémédiablement. Pourtant, à bien des égards, j'ai plus de respect pour Manuel Valls que pour Arnaud Montebourg, coqueluche ces temps-ci de la gauche eurosceptique, car le premier me paraît moins hypocrite (et donc plus fiable) que le second. Enfin, j'attribue un bon point à Jean-Luc Mélenchon et à Marine Le Pen, que j'ai trouvés tous deux en forme, offensifs et ma foi plutôt convaincants.

 

Commençons par M. Mélenchon. Je ne l'aime guère pour diverses raisons que j'ai exposées ailleurs (3). Beaucoup saluent sa « grande culture », je confesse pour ma part quelques doutes. Quelqu'un qui amalgame les juifs des années 30 et les musulmans d'aujourd'hui, ou qui estime que le hallal n'a rien à voir avec la laïcité, me paraît être assez ignorant ou de très mauvaise foi. Les charges véhémentes contre les journalistes, les « riches » et l'« oligarchie » ne me dérangent pas en soi, mais lorsqu'elles finissent par former le fond du discours, c'est un peu ennuyeux. La violence de Jean-Luc Mélenchon qui, verbalement tout du moins, vaut largement un Jean-Marie Le Pen (avec moins de talent et de finesse cependant) ne m'inspire aucune sympathie. De plus, il est difficile d'apparaître comme « révolutionnaire » quand on a longtemps été membre du PS et qu'on a participé au gouvernement de M. Jospin. J'ai eu autrefois de la sympathie pour Jean-Luc Mélenchon, mais ce temps est révolu. Je passe sur son aveuglement puéril concernant le printemps arabe. Seulement voilà, M. Mélenchon a parfois ses bons moments, et assurément il sait manier les mots, c'est un tribun (et ce n'est pas péjoratif de ma part). Jeudi, Jean-Luc Mélenchon était dans un bon jour, c'est-à-dire de bonne humeur, sans cette hargne haineuse qui souvent brouille son message.

 

J'ai relevé deux choses importantes dans son discours. D'abord, une excellente mise au point sur le « modèle allemand » dont il a rappelé certaines failles parmi celles que j'évoquais précédemment. Ensuite, il a fait remarquer à juste titre que la construction européenne ne prend jamais une autre direction, parce que personne ne propose dans les sommets une autre conception de ce que pourrait être l'UE. C'est vrai. Mais cela suppose-t-il qu'en cas de désaccord avec nos partenaires, Jean-Luc Mélenchon serait prêt à la rupture ? Mystère. Même si Mélenchon proposait son « Europe sociale » (et je ne doute pas qu'il le ferait, car je le crois sincère dans ce domaine), qui est assez naïf pour croire que les autres l'accepteraient ? Comment ne pas voir que les différentiels de salaire ou de fiscalité sont le moteur de compétitivité de beaucoup d'états membres ? L'Irlande a-t-elle intérêt à modifier son impôt sur les sociétés pour l'aligner sur nos prélèvements ? La Pologne et la Roumanie ont-elle intérêt à proposer des salaires comparables à ceux de la France ? Dacia ne manquerait pas de déménager en Turquie, Moldavie ou Ukraine... Je suis effaré d'un tel aveuglement. L'expression « dumping social » est passée de mode. Pourtant, la croissance des pays de l'est entrés dans l'UE s'explique en partie par ce phénomène. L'autre reproche que j'adresserais au candidat du FdG, c'est son refus de remettre en cause l'euro. Si Jean-Luc Mélenchon croit pouvoir convaincre les Allemands de faire jouer à la Banque Centrale Européenne (BCE) un rôle favorable à notre économie, il se trompe. C'est contraire à toute la tradition économique allemande. Or l'Allemagne tient les cordons de la bourse, et assez logiquement, c'est elle qui décide. Qui peut croire que l'Allemagne ruinerait en partie son « modèle » pour faire plaisir aux amis français ?

 

Marine Le Pen enfin a retenu mon attention. Je note qu'elle progresse : plus calme, plus posée qu'il y a quelques années. Elle ne possède pas autant que son père la magie du verbe, mais elle le compense par une qualité qui faisait cruellement défaut à l'ancien seigneur et maître du FN : elle maîtrise ses dossiers. Jean-Marie Le Pen, du fait de ses qualités d'orateur, avait une fâcheuse tendance à méconnaître le fond des problèmes, surtout économiques. Ses réparties faisaient mouche, et cela suffisait à masquer ses lacunes. Marine Le Pen a une autre stratégie : elle a manifestement planché, avec son entourage, sur les questions économiques. Le discours est plus construit, plus cohérent, plus réaliste. Je ne sais pas trop quoi penser du FN « nouvelle version » (4). En tant qu'historien de formation, il m'est impossible de faire abstraction des origines du FN, à savoir une confédération de groupes d'extrême droite, pilotée par Ordre nouveau et où se côtoyaient anciens pétainistes et nostalgiques du III° Reich. Certes, le poujadiste et vétéran des guerres coloniales Le Pen a partiellement expurgé le parti de ses éléments les plus douteux au fil du temps... Mais je dis bien « partiellement ». Je reconnais l'habileté stratégique de Mme Le Pen, qui lui a permis par exemple de rallier des souverainistes jacobins, comme Paul-Marie Coûteaux, un homme que je respecte profondément, bien que je regrette son choix.

 

Jeudi, Marine Le Pen a indéniablement marqué des points. D'abord, elle a judicieusement amené le débat sur le terrain monétaire, ce qui fatalement est gênant pour les autres, tous acquis à la cause de la monnaie unique (parfois contre la logique de leurs idées, comme Jean-Luc Mélenchon). En prônant clairement la sortie de l'euro, elle a redéfini les termes du débat en essayant de placer le clivage fondamental entre européistes et souverainistes. Et ça marche : Manuel Valls a fait sa profession de foi europhile, reconnaissant ainsi que lui et son mouvement s'enferment dans le carcan qui, pour une bonne part, dicte les mesures prises par Nicolas Sarkozy. D'autre part, Marine Le Pen s'est habilement positionnée comme la véritable défenseure de l'intérêt national, alors que les autres parlent d'un « intérêt européen » dont presque tout le monde commence à comprendre qu'il s'agit essentiellement des intérêts uniquement allemands. Mettons aussi à son crédit l'idée d'un protectionnisme raisonné (qui, précisons-le, n'a rien à voir avec une fermeture totale des frontières ou une quelconque autarcie, contrairement à la caricature qui est souvent faite de ce terme, caricature d'ailleurs relayée par Mme Pécresse au cours du débat). Entre la frontière ouverte et la frontière fermée, il y a une alternative équilibrée : la frontière-filtre, une position défendue depuis longtemps par des souverainistes, de Villiers ou Dupont-Aignan par exemple. Marine Le Pen a aussi bien répondu à Hervé Morin, du Nouveau Centre, qui est intervenu depuis Marseille pour nous vendre, ou plutôt nous imposer, le « rêve européen » qui ne fait plus rêver grand monde, hormis les bobos et les journalistes de Libération. Le pauvre Hervé Morin n'a même pas eu la prudence de Manuel Valls : il a répété sans complexe le couplet sur « plus d'Europe » et le caractère inéluctable de la construction européenne (quid de la démocratie?). On connaît.

 

Même si la France quitte l'euro et récupère une monnaie nationale, rien ne dit que la dette française se résorbera d'elle-même. La solution évoquée par Marine Le Pen, à savoir des prêts de la Banque Centrale (française dans ce cas) directement à l’État, a ses limites et ce serait un tort d'y voir un remède miracle, d'après ce que je lis ici ou là. Il est un point que Mme Le Pen s'est gardée d'aborder : la question de chercher éventuellement de nouvelles recettes. Bien qu'un peu caricatural, Mélenchon, lui, l'a évoqué. Il a rappelé à juste titre que pour équilibrer un budget en déficit, il y a deux options : réduire les dépenses ou augmenter les recettes. Je crois qu'on peut réduire les dépenses, mais je pense que cette réduction sera de toute façon limitée, si du moins la France veut conserver un État digne de ce nom et conforme à sa tradition. Par conséquent, il faut envisager sérieusement la recherche de nouvelles sources de revenus. Je ne suis pas convaincu que le programme du FN aille dans ce sens.

 

Conclusion

Je rejoins Manuel Valls et Jean-Luc Mélenchon sur la nécessité de proposer une nouvelle politique fiscale, plus équitable, et qui permettrait à l’État d'assurer ses missions dans des conditions convenables tout en résorbant progressivement la dette. Idéal difficile à atteindre, surtout en période de crise, j'en conviens.

Comme Marine Le Pen, je pense qu'il est souhaitable de rendre à la France sa pleine souveraineté, afin que nos dirigeants disposent d'une réelle marge de manœuvre pour sortir notre pays du marasme. Car la « solidarité européenne » est en train de se transformer en dépendance à l'égard de Bruxelles, et plus encore de Berlin. Et je trouve cette situation humiliante pour la nation française, mais aussi pour les nations grecque et italienne (et d'autres).

Concernant l'euro, je dois avouer un conflit intérieur. En tant que citoyen, nationaliste et souverainiste, je suis favorable à l'abandon de la monnaie unique, voire à la sortie pure et simple de l'UE. En tant que consommateur et petit épargnant, je dois confesser une certaine inquiétude. Les discours dominants sur la question, qui sont alarmants (« ce sera une catastrophe », « la France sombrera dans une crise bien pire », « les Français le regretteront amèrement »), ont fini par m'impressionner. Je veux croire pourtant qu'une sortie raisonnée de l'euro, dont le coût serait maîtrisé, est possible. Le moment venu, je ne doute pas que le citoyen et le patriote l'emporteront sur le consommateur et l'épargnant apeuré. Mais la propagande européiste est tout de même très efficace, et j'y suis moins insensible que je le pensais...

 

(1) http://tempsreel.nouvelobs.com/election-presidentielle-2012/20111027.OBS3405/sarkozy-se-taille-une-emission-sur-mesure.html

 

(2) Argumentaire repris tel quel ce soir par Henri Guaino, conseiller spécial de M. Sarkozy, sur France 2

 

(3) http://blog-nationaliste.blog4ever.com/blog/lire-article-286920-1688383-jean_luc_melenchon__entre_mensonge_et_anachronisme.html

 

(4) http://blog-nationaliste.blog4ever.com/blog/lire-article-286920-2030980-marine_le_pen__vers_un__nouveau__front_national_.html



30/10/2011
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