Nationaliste Social et Ethniciste

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Pourquoi je souhaite la victoire de Bachar el-Assad

Il y a des moments où nous sommes confrontés à des choix. Il faut prendre parti. C’est le cas sur la question syrienne : pour le régime ou pour les rebelles ? Bien sûr, il reste la possibilité d’éluder le problème : « c’est loin de chez nous, on s’en fiche, ce ne sont pas nos oignons ! ». Je suis contre le droit d’ingérence, et ce qui était vrai pour la Serbie ou la Libye l’est aussi pour la Syrie. Je ne réclame pas qu’on livre des armes au régime de Damas. En revanche, puisque l’Arabie Saoudite et le Qatar fournissent des armes aux rebelles, je pense qu’il est juste de laisser les Russes apporter du matériel aux forces loyalistes. Après tout, en dépit de ses imperfections, la Russie est un pays plus démocratique et plus occidental que l’Arabie Saoudite ou le Qatar… Mais je crois qu’on ne peut pas faire comme si la question syrienne ne nous concernait pas. La Syrie est un pays méditerranéen, comme la France. Nos dirigeants sont souvent obnubilés par le couple franco-allemand, notre avenir « européen » ou nos relations avec les Etats-Unis, mais il ne faut pas oublier qu’une bonne part de l’avenir géopolitique de notre pays se joue en Méditerranée. Turcs, Maghrébins ou Libanais sont relativement nombreux en France, de même que les descendants d’Italiens. La gestion de l’immigration passe par la Méditerranée. Une partie de l’approvisionnement en pétrole aussi. L’avenir de la Syrie ne peut pas nous être indifférent.

 

J’ai donc pris parti après mûre réflexion : je souhaite, je le dis clairement, la victoire du régime baathiste de Bachar el-Assad. On m’accusera de soutenir un tyran. Ce n’est pas complètement faux. D’ailleurs, je ne me fais aucune illusion sur le maître de Damas et son système : policier, corrompu, autoritaire et brutal, tel est le régime syrien des el-Assad, ce serait malhonnête de prétendre le contraire. Les défauts du régime sont réels. J’ai cru Bachar plus ouvert que son père Hafez, j’ai pensé qu’il assouplirait le régime, qu’il libéraliserait progressivement le pays. Il ne l’a semble-t-il pas fait et n’a pas l’intention de le faire. A-t-il essayé ? A-t-il échoué ? Est-il prisonnier d’un entourage qui refuse toute évolution ? Je ne saurais le dire, n’étant pas introduit dans les milieux dirigeants syriens. Mais il est clair que la rébellion ne peut que donner raison aux partisans d’une ligne dure.

 

Un régime peu sympathique, le gouvernement baathiste ? C’est certain. Et pourtant, je persiste à lui trouver certaines qualités. Le baath est un parti nationaliste panarabe. Ces premiers penseurs, parmi lesquels bon nombre de chrétiens arabes comme Michel Aflak, ont proposé une définition de la nation arabe qui, sans rejeter l’héritage culturel musulman, reléguait la religion au second rang en matière politique. En cela, c’était déjà un progrès, la volonté de dépasser l’oumma islamique pour constituer un peuple, une nation au sens moderne. C’était tenter de sortir le Moyen-Orient arabe de ses vieilles habitudes confessionnelles. Le fait est que c’est un échec. Il y a une poussée de l’islam intégriste un peu partout dans le monde arabe, et ce depuis le dernier quart du XX° siècle. L’idée de nation moderne a buté sur les clivages religieux, mais aussi tribaux et ethniques. On voit bien que les Kurdes par exemple refusent d’intégrer les nations irakienne, turque ou syrienne. Sunnites et chiites cohabitent difficilement en Irak. Et je ne parle pas des Coptes en Egypte qui sont parfaitement autochtones, aussi arabes (ou plutôt arabisés depuis le Moyen-Âge) que leurs compatriotes musulmans. Le moins que l’on puisse dire est que la situation n’est guère favorable à la compréhension mutuelle. Nationaliste, plutôt laïcisant, moderne à certains égards (sur la condition de la femme par exemple, ou sur le développement économique), oui, je l’admets, l’idéologie baathiste trouve une certaine grâce à mes yeux. Bien sûr, la réalité n’est pas aussi positive : Saddam Hussein, le baathiste irakien, comme Hafez el-Assad, ont joué des solidarités tribales et confessionnelles, le premier s’appuyant sur les sunnites de Tikrit, le second sur les alaouites du djebel. Bien sûr, Damas est un allié des ayatollahs iraniens et du Hezbollah libanais, dont on connaît l’idéologie théocratique et rétrograde. Il n’empêche que la tolérance religieuse dans les régimes baathistes était autrement plus développée que chez nos « amis » saoudiens.

 

Je ne suis pas catholique pratiquant ni militant, mais j’assume mon héritage chrétien. Et je n’ai pas honte de dire que le sort des chrétiens d’Orient ne me laisse pas de marbre. Oui, j’avoue me sentir solidaire de ces communautés chrétiennes, et, sur ce sujet, je trouve que la papauté a raison d’alerter l’opinion internationale. Or, pour les minorités chrétiennes, mieux vaut un pouvoir baathiste. Les chrétiens n’étaient pas malheureux dans l’Irak de Saddam Hussein, du moins pratiquaient-ils leur culte sans être mitraillés dans leurs églises. Aujourd’hui, le christianisme a pratiquement disparu d’Irak, alors qu’il y était présent depuis les tout premiers siècles de notre ère, avant même la naissance de l’islam. J’ai parlé ailleurs de cette propension de l’islam intégriste, de tendance wahhabite ou salafiste, à détruire toute trace du passé pré-musulman dans les territoires que cette religion investit (1). Si Bachar el-Assad tombe, qu’adviendra-t-il des chrétiens syriens ? Comme les alaouites, ils sont collectivement considérés comme « favorables au régime » (et pour cause : ce dernier les a toujours protégés). La défaite du baath entraînerait des lendemains difficiles pour les chrétiens…

 

Mon soutien à Bachar el-Assad rejoint aussi, pourquoi le nier, mon hostilité farouche à l’égard des « rebelles ». D’abord, je n’aime pas ce mot, « rebelle ». Le terme « révolté » ou « révolutionnaire » est plus noble, mais il est intéressant de constater que ces mots ne sont pas utilisés. « Rebelle » évoque pour moi un adolescent mal-élevé ou un soixante-huitard, deux catégories d’individus qui n’ont aucunement mon estime. Beaucoup de ces rebelles syriens sont des déserteurs, et, par principe, je n’aime pas les désertions. Surtout, ces « rebelles » sont divisés. Tout le monde a compris ce qu’ils voulaient détruire : le régime baathiste et la dynastie el-Assad. Mais bien malin qui peut dire ce qu’ils veulent construire à la place… C’est bien le problème de ces soi-disant « printemps arabes » : les « rebelles » n’anéantissent pas seulement un régime, ils annihilent l’Etat que ce régime avait bâti. Il y a eu un précédent en Irak : les Américains ont renversé Saddam, et ont détruit l’Etat et les institutions qui allaient avec, notamment les services de sécurité. Le pays ne s’en est toujours pas remis, si j’en juge par les récents attentats. On ne bâtit pas un Etat en trois mois. La démocratie, c’est bien, et c’est souhaitable, à condition qu’on ne vive pas dans la terreur d’être tué dans le bus, au marché ou en emmenant son enfant à l’école. En Libye, malgré la victoire des libéraux aux élections, les querelles tribales ont repris vigueur depuis la chute de Kadhafi. Quand la Révolution française est survenue en 1789, il y avait près de six siècles que les rois travaillaient à l’édification d’un Etat stable et efficace, en gros depuis Philippe Auguste. Sans cette œuvre considérable, ce patient labeur unificateur, le pays se serait écroulé durant les turbulences révolutionnaires. L’Irak, la Syrie, la Libye sont des pays très récents, l’Etat y est encore fragile, ce qui peut expliquer d’ailleurs la fréquence des régimes autoritaires et militaires : le jeune Etat est tenté de s’affirmer par la force au besoin. En Egypte au contraire, l’Etat est plus ancien et plus solide. D’ailleurs, l’appareil de sécurité a survécu à la « révolution ». Ajoutons que le tribalisme et les différences confessionnelles sont moindres en Egypte où la quasi-totalité des musulmans sont sunnites, ce qui n’est pas le cas en Syrie ou en Irak. Par parenthèse, cela nous rappelle que la diversité est loin d’être nécessairement une force pour un pays, mais plutôt une faiblesse…

 

Si les « rebelles » syriens ne m’inspirent guère confiance, que dire de leurs bailleurs de fonds et supporters patentés ? L’Arabie Saoudite et le Qatar. Le royaume wahhabite se découvre opportunément une vocation de combattant de la liberté. On se demande bien pourquoi ce tropisme démocratique, cette formidable solidarité envers les opprimés n’a pas joué lors des manifestations au Bahreïn (2). J’ai dit ailleurs à quel point le wahhabisme était dangereux, pour les musulmans comme pour les non-musulmans. Une défaite de Bachar el-Assad signifierait que les intégristes sunnites pro-saoudiens pourraient marquer des points en Syrie. Une perspective inquiétante. Et le Qatar, notre cher allié et ami ? Eh bien le Qatar fait de la surenchère, d’après ce que j’ai lu. Ce minuscule et richissime état, où règne un autoritarisme tout à fait comparable à celui des el-Assad en Syrie, ne supporte pas le leadership saoudien dans la défense et la promotion de l’islam sunnite. La famille Al-Thani fait donc feu de tout bois. Evidemment, on se souvient que le Qatar a acheté le PSG ou s’est offert la coupe du monde de football 2022. Le pays investit beaucoup en France. Mais le Qatar joue aussi ses cartes en géopolitique : il a soutenu les « rebelles » libyens aux côtés de la France et de la Grande-Bretagne. Aujourd’hui, il aide les islamistes du nord-Mali. Etrangement, nos dirigeants ne semblent pas pressés de faire pression sur cet ami fidèle. Quant aux Etats-Unis, je dois dire qu’ils m’ont amusé en déclarant que le recours à des hélicoptères de combat prouvait la « perversité » du régime de Damas. Ah bon ? A Mogadiscio, Bagdad, Kaboul, l’US Army n’a pas utilisé d’hélicoptères peut-être ? Les GI’s n’ont jamais tué de civils sans doute ?

 

Que se passe-t-il précisément à Alep ? Je ne prétends pas le savoir. Mais je voudrais faire quelques remarques. D’abord, je ne crois pas que Bachar el-Assad massacre sciemment sa population. Aucun tyran, depuis la Grèce antique, n’a jamais eu intérêt à dresser l’ensemble de sa population contre lui. Bachar el-Assad n’est pas un idiot, il le sait parfaitement. Je suis convaincu que les « rebelles » de leur côté font leur possible pour impliquer un maximum de civils dans leur duel contre le régime, quitte à user de véritables boucliers humains. L’armée intervient où les rebelles se manifestent. Etonnamment, ces derniers aiment beaucoup se manifester dans des endroits très peuplés. Ce n’est pas une technique de maquisard, il s’agit à mon avis de pousser le régime à tuer des civils pour le discréditer un peu plus. C’est cynique mais c’est de bonne guerre, d’une certaine façon. Evitons cependant d’être dupes. Le dernier point que je voudrais soulever est celui du travail des journalistes. Il semblerait que l’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme (OSDH), lié à la rébellion, soit la source quasi-unique des événements de Syrie. Or, parmi les massacres soi-disant perpétrés par le régime et ses sbires, très peu sont confirmés par d’autres sources. Pourquoi accorder une confiance aveugle aux opposants syriens, qui sont partiaux d’une part, et qui ont tout intérêt à exagérer les exactions (hélas réelles, n’en doutons pas) des partisans de Bachar el-Assad d’autre part ? Les journalistes reprennent un peu rapidement, je trouve, les informations de l’OSDH. Ensuite, les reportages télévisés, désolé de le dire, sont parfois affligeants. Je me souviens d’une séquence dans laquelle les « preuves » de la folie meurtrière des baathistes étaient les suivantes : dans une maison en ruine, on nous montrait du sang sur les murs (d’humain ? de mouton ? de bœuf ? allez savoir) et une femme pleurant et se frappant la poitrine. Pourquoi ? Mystère. Le spectateur devait en déduire sans doute que cette brave dame était une parente d’une « victime » des bourreaux qui gouvernent la Syrie, mais il n’y avait rien d’explicite. Ajoutons que le plus souvent, les images ne sont ni datées, ni situées. Un vrai travail de journaliste en somme… Un dernier mot sur les images de mauvaises qualités, prises par un portable et diffusées sur internet, qui montrent des « milliers de manifestants », le peuple syrien entier se levant contre le tyran. Regardez attentivement ces images, et vous constaterez qu’en réalité, on ne voit que quelques dizaines ou centaines d’individus, formant il est vrai une foule dense. On a l’impression du nombre et on peut supposer, c’est vrai, qu’on ne voit là qu’une petite partie de la manifestation. Mais cela reste une supposition…

 

(1) //blog-nationaliste.blog4ever.com/blog/lire-article-286920-9408221-tombouctou__triste_tombeau_des_tropiques.html

 

(2) //blog-nationaliste.blog4ever.com/blog/lire-article-286920-2194122-bahrein__la_compassion_selective_des_capitales_occ.html



03/08/2012
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