Nationaliste Social et Ethniciste

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Ratko Mladic: quelle justice pour le peuple serbe?

Les dés sont jetés. Quelques jours seulement après son arrestation en Serbie, l’ancien chef militaire des Serbes de Bosnie est transféré au Tribunal Pénal International de La Haye. Il est accusé de crime contre l’humanité et de crime de guerre.

 

Que s’est-il passé à Srebrenica ?

Juillet 1995 : l’ex-Yougoslavie n’en finit pas de se disloquer dans de sanglants affrontements interethniques. La Bosnie, où cohabitent Serbes orthodoxes, Croates catholiques et Bosniaques musulmans, est particulièrement touchée par les combats. Le simple nom de Sarajevo, capitale de la Bosnie, résume à lui seul la férocité des luttes fratricides qui déchirent le pays. Les Serbes de Bosnie, sous le commandement du général Mladic, investissent alors la ville de Srebrenica, où se trouvent plusieurs milliers de Musulmans (avec une majuscule, car il s’agit d’une nationalité en Yougoslavie) et des casques bleus, néerlandais entre autres. Les Serbes prennent d’assaut la ville et en chassent les femmes et les enfants. Les hommes et les adolescents musulmans en âge de porter les armes sont massacrés, sous les yeux des casques bleus impuissants. Les estimations varient entre 3 200 et 8 000 tués. Ce massacre est devenu emblématique des guerres de l’ex-Yougoslavie, et du rôle de « méchants » que l’Occident (Allemagne et Etats-Unis en tête) a fait endosser aux Serbes du début des années 90 jusqu’à aujourd’hui. Mais à force, certains Serbes ont fini par devenir la caricature que l’on a faite d’eux pendant tant d’années, comme en témoigne le meurtre d’un Français par des hooligans à Belgrade. Si regrettable et condamnable que soit cet événement, il n’était que trop prévisible. Il est même compréhensible : économiquement et politiquement, la Serbie ne s’est toujours pas remise des bombardements et de l’ostracisme international qu’on lui imposa longtemps, faisant de ce pays un pestiféré. Quant aux Serbes de Bosnie, qui possèdent leur propre entité au sein de cette aberration géopolitique qu’est la Bosnie-Herzégovine indépendante, ils doivent régulièrement céder des prérogatives à l’Etat « central ». Les Serbes n’ont pas fini de payer pour Srebrenica.

 

Ce massacre peut à bon droit choquer. Pour autant, il doit être remis dans son contexte. Qu’est-ce qui a provoqué le déclenchement des hostilités ? D’abord, le fait que les Serbes aient été fort mal lotis dans la Yougoslavie de Tito : bien qu’étant les plus nombreux, les Serbes se sont retrouvés dispersés entre les différentes républiques. Pour affaiblir plus encore le nationalisme grand-serbe, le dictateur communiste prit soin de créer au sein de la Serbie deux provinces autonomes, la Voïvodine et le Kosovo. On sait ce qu’il est advenu de ce dernier… Lorsque la Yougoslavie a commencé à éclater, les Serbes de Bosnie ont manifesté leur désir de maintenir la Bosnie dans la fédération. Or, l’indépendance a été imposée le 6 avril 1992 par Alija Izetbegovic, le chef de file des nationalistes musulmans, avec le soutien de beaucoup de pays musulmans. Depuis, la Bosnie est devenue une terre bénie pour l’islam réactionnaire et intégriste : en 2004, on ne comptait pas moins de 150 mosquées édifiées avec l’aide de l’Arabie Saoudite. Ajoutons qu’Izetbegovic fut dans sa jeunesse affiliée à un groupe proche des Frères musulmans (les « démocrates » grands gagnants de la « révolution » égyptienne). Il fut d’ailleurs condamné à l’époque communiste, en dépit du parti pris clairement islamophile de Tito. A l’époque, une délégation koweïtie parlait en effet de la Yougoslavie comme « d’une forteresse de l’islam en Europe » ! Après avoir vu les Serbes de Croatie vaincus et chassés de leurs terres ancestrales, les Serbes de Bosnie choisirent de ne pas attendre les bras croisés qu’un sort comparable leur fût imposé : ils prirent les armes. Il n’empêche que les nationalistes musulmans (bientôt soutenus par les Croates de Bosnie et la Croatie de Tudjman) portent une très lourde responsabilité dans le déclenchement des hostilités. Ces Musulmans de Bosnie se sont par ailleurs appuyés sur un discours islamiste, et ils ont reçu le soutien d’Al-Qaïda. Qui leur en fait grief ? Combien de reportages dénoncent la poussée de l’islamisme parmi les Bosniaques ? Très peu. Etonnant si l’on compare avec la vague de propagande antiserbe. Quand on y pense, Bernard-Henri Lévy a soutenu d’authentiques intégristes, partisans de la charia.

 

D’autre part, sans excuser les exactions des Serbes, il faut tout de même rappeler qu’ils ne furent point les seuls bourreaux. Qui se souvient du massacre commis par les Croates à Dretelj, ou de celui organisé par les Musulmans à Celebici ? Personne. Concernant l’enclave musulmane de Srebrenica, on oublie un peu vite que le commandant musulman de la place, un certain Naser Oric, se signala par des exactions contre les Serbes des alentours de Srebrenica : entre 1992 et 1994, pas moins de 192 villages serbes furent brûlés et 1300 civils serbes tués par les Musulmans. Citons les 50 Serbes de Kravica tués à la sortie de la messe de Noël en janvier 1993. Accusé de crimes de guerre, Oric a été acquitté en appel et il est aujourd’hui considéré comme un héros par les Bosniaques musulmans… Comment les Serbes pourraient-ils faire confiance à la justice internationale ? Dans ce contexte beaucoup plus complexe que ce que les médias veulent bien dire, le massacre de Srebrenica peut être considéré comme un acte de représailles en partie légitime. Ce point de vue choquera les bonnes âmes, mais il n’est pas infondé.  

 

Plus largement, il convient aussi de replacer ces massacres dans un XX° siècle marqué par des affrontements meurtriers entre les différentes communautés yougoslaves. Les massacres des années 90 ne sont que le dernier épisode d’une longue trame tragique. Tout a commencé au vrai avec la conquête ottomane. Mais c’est durant la Seconde Guerre Mondiale qu’on a atteint un pic de violence impressionnant. Rappelons ici le rôle des Bosniaques musulmans chers au cœur de BHL : ils formèrent en 1943 la division SS Handzar (« le cimeterre ») de sinistre mémoire (1). Ces 12 000 hommes massacrèrent des milliers de Serbes de Bosnie, en liaison avec les Oustachis (fascistes) croates d’Ante Pavelic. Une partie des musulmans et des Croates ont collaboré avec le III° Reich. Ce philogermanisme a trouvé sa juste récompense dans le soutien inconditionnel de la République fédérale aux menées sécessionnistes des Croates, puis des Musulmans bosniaques.

Emblème de la division SS Handzar :

 

Peut-on parler de « génocide » et de « crime contre l’humanité » ?

Le défi dans ce type de situation est toujours de laisser de côté la compassion pour raisonner sur des faits, non sur les fantasmes que nous projetons sur ces tragiques événements, fantasmes qui nous ramènent irrémédiablement à Auschwitz et à la Shoah. Je n’ai jamais fait mystère de mon parti pris pro-serbe. Pour moi, il est clair que les Serbes (à cause de leur amitié avec les Russes ?) ont été la cible des Occidentaux en même temps que la principale victime de la nouvelle donne géopolitique en Europe balkanique, nouvelle donne dictée par les ambitions allemandes et l’impérialisme américain. Je continue à défendre le peuple serbe et à le soutenir, notamment dans son refus d’abandonner le Kosovo dont l’indépendance factice est une farce grotesque. Pour autant, je n’exonère pas les Serbes d’une part de responsabilité dans la catastrophe qui les a frappés. Quand je vois des femmes musulmanes pleurer leurs fils et leurs maris, ça me désole. Mais je demande aussi qu’on n’oublie pas les veuves serbes…

 

Les mots ont un sens. Le terme « génocide » signifie qu’il y a volonté d’exterminer toute une population. C’est pourquoi Ratko Mladic ne peut être accusé de génocide. Il y avait 40 000 Musulmans à Srebrenica, et 8 000 au maximum ont été massacrés, pour l’essentiel des hommes en âge de porter des armes. Les femmes et les enfants ont eu la vie sauve. Il s’agit donc d’un massacre, non d’un génocide. Ou alors il faut poursuivre Mladic pour le génocide le plus mal accompli de tous les temps, car laisser la vie aux femmes et aux enfants, c’est tout de même très maladroit. Quant au siège de Sarajevo, il est reproché à Ratko Mladic d’avoir bombardé la ville… avec des obus ! Certains devraient réviser la définition de « guerre ». S’attendait-on à ce que les Serbes pilonnent les positions ennemies avec des Haribo ?! Lorsqu’une bombe de l’OTAN tombe près d’un quartier d’habitations, elle tue des civils, en Irak comme en Libye. Alors reprocher aux Serbes d’avoir touché des civils pendant le siège de Sarajevo, c’est malhonnête. Ce siège était une opération militaire menée dans le cadre d’un conflit généralisé. Une guerre avec « zéro tué », cela n’existe que dans les rêves de Bernard-Henri Lévy. Je récuse également l’accusation de crime contre l’humanité. Un crime contre l’humanité, c’est lorsque des exactions sont commises contre des civils, en temps de paix ou de guerre, en dehors de tout impératif militaire. Or il s’agissait ici de représailles contre des Musulmans qui avaient tué nombre de Serbes les années précédentes. On est libre de penser que ces représailles furent excessives. Il n’empêche que le massacre de Srebrenica ne saurait être considéré comme un acte de violence gratuite, puisqu’il fait suite à d’autres massacres et Mladic peut après tout invoquer la nécessité de rendre impossible d’autres exactions contre les Serbes. Ajoutons que la qualification de « civils » donnée aux victimes pose problème, car il s’agissait d’une guerre de milices où la frontière entre civils et miliciens est parfois très floue.

 

En revanche, eu égard au nombre d’hommes tués, alors qu’ils étaient désarmés, je pense qu’il faut retenir l’accusation de crime de guerre. Les Serbes auraient dû faire prisonnier les Bosniaques musulmans au lieu de les massacrer. Sur le principe, je ne suis pas contre un procès de Ratko Mladic, car je ne défends aucunement l’impunité. Mais je crois qu’il eût mieux valu que ces procès se déroulent en ex-Yougoslavie, avec un tribunal spécial constitué par la Croatie, la Serbie et la Bosnie-Herzégovine (avec éventuellement la Slovénie et la Macédoine). Le procès aurait pu se dérouler en Slovénie (où il n’y a pas vraiment eu d’affrontement). Le problème est que Ratko Mladic est traduit devant un tribunal qui professe un fort sentiment antiserbe. Ce n’est pas la justice internationale qui juge un criminel, c’est l’Occident qui juge un de ses ennemis. Et ce n’est pas acceptable en l’état. Sous couvert de justice, on poursuit la guerre menée depuis des années contre le peuple serbe, bombardé, humilié, amputé d’une partie de son territoire, asphyxié économiquement et soumis à un chantage ignominieux. On a fait comprendre aux Serbes qu’ils allaient devoir entrer dans l’UE : c’est apparemment le seul horizon possible pour un peuple d’Europe, adhérer au IV° Reich. Et pour qu’ils y entrent, il faut donner des gages, toujours plus de gages, comme nous Français transférons des compétences, toujours plus de compétences. Mais à y regarder de plus près, l’Union demande énormément, et n’accorde pas grand-chose en échange, hormis des remontrances ! De plus, il faut s’interroger sur cet impérialisme qui ne dit pas son nom. Il a été décrété que l’avenir de la Serbie ne pouvait être que son entrée dans l’UE. Mais cela a été décrété à Bruxelles plus qu’à Belgrade. Après la chute de Milosevic, l’UE a fait pression sur le peuple serbe (allant jusqu’à la menace) pour que des dirigeants europhiles soient élus. C’est la démocratie « à la Cohn-Bendit » : le vote du peuple n’a de valeur que s’il est conforme aux attentes des technocrates et des européistes.

 

Conclusion

Les Serbes n’en finissent pas de payer leur tribut à l’Occident. Ils s’inclinent, malgré de fortes résistances. Comment leur en vouloir ? Leur pays est ruiné, ils ont perdu tout accès à la mer depuis l’indépendance du Monténégro. Ils en viennent à souhaiter leur intégration, tout simplement parce qu’on ne leur a laissé aucune alternative. Quand on n’a pas de quoi manger, la fierté nationale importe moins. Dans les années 1990, après la Guerre froide, les Occidentaux avaient besoin d’un nouvel ennemi, il fallait un prétexte pour maintenir les capacités opérationnelles de l’OTAN. On a trouvé Saddam Hussein, puis les Serbes et leurs chefs, au premier rang desquels Milosevic. Songez donc ! Il était le méchant parfait, le tyran rouge-brun dont rêvait le monde libre : communiste et nationaliste, Staline et Hitler réunis ! Je me souviens de quelqu’un me disant : «  ce gars-là est un nazillon ! ». La réalité est un peu plus complexe, mais la propagande antiserbe a bien fonctionné. Jamais un mot sur les Oustachis, sur la division Handzar, ni sur les SS albanais et le nettoyage ethnique qu’ils ont opéré au Kosovo. La France a hélas coopéré à cette infamie, permettant à l’Allemagne de « donner un coup de main » à ses vieux amis croates.

Je souhaite que justice soit rendue au peuple serbe : certes, les Serbes ont commis des exactions, mais ni plus ni moins que les Croates ou les Bosniaques musulmans. Que l’on cesse de les considérer comme seuls auteurs des atrocités commises en ex-Yougoslavie (et c’est valable aussi pour le Kosovo). Aujourd’hui les Serbes sont enfermés dans une Serbie bien étroite tandis que des pans entiers de leur peuple sont séparés de la mère-patrie, disséminés en Bosnie, au Monténégro, au Kosovo. Les Serbes ont le droit à un Etat digne de ce nom. C’est pourquoi je réclame la partition de la Bosnie avec le rattachement des régions serbes à la Serbie, voire la partition du Monténégro (qui compte près de 40 % de Serbes) et le rattachement du Nord-Kosovo à la Serbie (car il est peu probable qu’une cohabitation pacifique soit possible, malgré les efforts entêtés et vain de la communauté internationale qui s’imagine qu’elle peut forcer des gens qui se haïssent à vivre ensemble).

 

Note : les informations utilisées dans cet article proviennent pour l’essentiel de l’excellent ouvrage d’Alexis Troude, Géopolitique de la Serbie, ellipses, 2006.

 

(1) //www.youtube.com/watch?v=rhB-c4goZuk



01/06/2011
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