Nationaliste Social et Ethniciste

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Révolution arabe ou contre-révolution islamique?

Je n'ai guère évoqué les révolutions du soi-disant « printemps arabe ». Le matraquage médiatique confinant à la propagande simplificatrice m'a agacé. Et il est toujours utile d'attendre un peu, d'avoir du recul, pour analyser les faits, au lieu de tirer les plans sur la comète dans l'enthousiasme aveugle de l'instant. Mais j'avais déjà exprimé mon scepticisme sur les événements tunisiens (1) et le bien-fondé d'une intervention des « missionnaires armés » en Libye (2). Certains s'imagineront peut-être que j'exulte en constatant à quel point j'avais raison, comme les écolos qui parfois semblent heureux lors d'un accident nucléaire parce que cela conforte leur discours technophobe et obscurantiste. Eh bien, non. L'inquiétude l'emporte largement sur la satisfaction d'avoir plus ou moins vu juste. Il m'arrive de me tromper, et je sais le reconnaître. Je voudrais ici mener une réflexion sur ce que trop d'observateurs ont, à mon sens et de manière excessive, nommé « révolutions arabes ».

 

Qu'est-ce qu'une révolution ?

Au sens strict, ce qui distingue une révolution d'une révolte, c'est que la première s'accompagne d'un changement de régime politique contrairement à la seconde. Louis XIV a connu des révoltes, mais il est resté roi absolu et est mort sur le trône. Louis XVI s'est trouvé face à une révolution et, refusant son rôle de roi constitutionnel, il a perdu la tête entraînant la chute de la royauté. Mais la révolution, qu'elle soit américaine, française ou russe, n'a pas qu'une signification politique, elle prend en général une valeur sociale et culturelle qui tend toujours, dans un premier temps, vers l'émancipation individuelle, grâce à une prise de distance avec les institutions exerçant un contrôle social. Et lesdites institutions ont bien souvent un caractère religieux. La Révolution américaine ignore cet aspect, mais nous sommes dans des colonies protestantes au paysage religieux bigarré. Aucune Église ne s'imposait véritablement, d'autant que l'Amérique était précisément le refuge des dissidents. En France et en Russie, les choses sont différentes, car une Église occupait une position hégémonique à la veille des révolutions. L’Église catholique dans la France d'avant 1789, étroitement unie au pouvoir royal depuis les origines franques de la monarchie, et l’Église orthodoxe dans la Russie d'avant 1917, dépositaire d'une grande part de l' « âme russe » depuis le baptême des princes de Kiev.

 

Les révolutions française et russe ont jeté à bas l'Ancien Régime mais aussi grandement affaibli l'autorité morale des Églises. L'individu s'est détaché du carcan de sa communauté religieuse pour devenir un citoyen. La Révolution française, que certains continuent à condamner en bloc, a tout de même émancipé le juif et donner l'égalité des droits au protestant. Elle a aussi voulu mettre au pas l’Église catholique. Plus radicale, la Révolution bolchevique a tenté de détruire purement et simplement l'orthodoxie, et d'imposer l'athéisme. Mais ce dernier, lorsqu'il est militant et non point simple indifférence, ne devient-il pas une nouvelle forme de religion, « anti-dieu » ? En affaiblissant les autorités morales traditionnelles qui, il faut le dire, maintenaient souvent une chape de plomb (et d'hypocrisie...) sur la société, les révolutions française et russe ont eu une dimension progressiste, puisqu'elles ont favorisé l'émancipation de l'individu et son affirmation. Dans un premier temps, du moins, car la suite, évidemment, est parfois moins réjouissante. Mais il faut noter qu'en France, toute une partie de la population a soutenu le mouvement de déchristianisation, de manière plus virulente que les chefs révolutionnaires au point que ces derniers ont pu parfois en éprouver quelque inquiétude.

 

Le progressisme autoritaire

Il faut remarquer que, contrairement à une idée reçue, le progressisme n'est pas nécessairement démocratique. Certains bondiront en lisant cela, pourtant c'est vrai. La démocratie fait sans doute partie du progrès, mais elle n'en est pas le seul élément. On peut considérer que la laïcité, l'égalité homme-femme, l'alphabétisation, la naissance d'une conscience nationale en lieu et place d'une appartenance tribale ou confessionnelle, la création d'un système de santé et de protection sociale, le développement économique via l'industrialisation sont aussi des éléments de progrès. Il nous faut bien reconnaître alors qu'il existe un progressisme autoritaire. Qu'ont fait des hommes comme Atatürk, Nasser, Bourguiba, Saddam Hussein, El Assad et même Kadhafi dans une certaine mesure ? Atatürk a alphabétisé son peuple, femmes comprises, avec une passion et une obstination qui méritent le respect, quoiqu'on pense de son autoritarisme parfois violent. Nasser a développé la conscience nationale égyptienne, au-dessus des appartenances confessionnelles, comme les Assad en Syrie. Bourguiba a dévoilé les femmes et développé l'instruction. Saddam Hussein a voulu que les Irakiens (femmes comprises) sachent lire et écrire, il a voulu bâtir une identité irakienne fondée sur le riche passé de la Mésopotamie antique (Sumer, Babylone), une identité qui transcenderait les différences entre chrétiens et musulmans, entre Arabes et Kurdes, entre sunnites et chiites. Un noble projet. Alors, Saddam Hussein, un tyran sanguinaire ? Oui, bien sûr. Mais aussi un patriote et un progressiste. Voilà une réalité que le manichéisme ambiant (conséquence de la vision religieuse du monde imposée par l'Oncle Sam?) ne permet pas de saisir. Aujourd'hui, le Baas a été chassé d'Irak et on voit le résultat : l'Irak est en phase de tribalisation accélérée, les chrétiens du pays, l'une des plus anciennes communautés chrétiennes du monde, fuient et leur disparition est plus que probable. M. Sarkozy avait dénoncé, à juste titre, l' « épuration religieuse » au Moyen Orient. Mais qu'a-t-il fait, à part chasser le colonel Kadhafi pour le remplacer par un partisan de la charia ? Je n'ai jamais aimé Mouammar Kadhafi, mais le fait est qu'il avait bâti un pays prospère avec des universités et des usines, un système de protection sociale (assistanat diront certains). Deux millions d'immigrés, dont beaucoup de Subsahariens, travaillaient en Libye, plutôt que de venir s'entasser dans les banlieues séquano-dionysiennes. Il faut songer à cela aussi.

 

Gardons-nous toutefois d'idéaliser ces régimes autoritaires progressistes. Ils ont parfois joué sur les divisions ethniques ou confessionnelles pour asseoir leur pouvoir. Ils ont souvent entraîné des dérives de type mafieux, en Tunisie comme en Irak. De plus, les victoires électorales des islamistes signent aussi d'une certaine manière leur échec. La modernisation a été voulue et mise en œuvre par une minorité, souvent issue de l'armée, mais le gros de la population a subi sans vraiment adhérer. La laïcisation de Bourguiba a en partie échoué. Celle d'Atatürk est remise en cause, progressivement. Le fossé entre coptes et musulmans se creuse en Égypte. Le particularisme et les haines confessionnelles semblent l'emporter en Irak. Par la violence et la corruption, ces régimes se sont discrédités. Et, malheureusement, l'opprobre qui les a frappés a fini par englober même les aspects progressistes, globalement positifs, de leur politique. Saddam Hussein a peut-être manqué de temps. Mais en Tunisie ? La victoire des islamistes sonnent comme un cruel échec après des efforts menés pendant plus d'un demi-siècle.

 

Bachar El Assad est à présent dans le viseur. Il est bien difficile d'avoir un avis tranché. J'ai de la sympathie pour l'homme, et je ne suis pas sûr qu'il contrôle l'appareil de sécurité syrien aussi bien que son père. Comme en Tunisie, c'est un clan qui tient le pays, et El Assad n'est que la partie visible. Quel est son pouvoir réel ? Je ne puis pourtant l'exonérer d'une part de responsabilité dans la violence de la répression. Sa stratégie de communication (fermer le pays) a laissé libre cours à la propagande de l'opposition, pas toujours regardante sur les informations diffusées en Occident, et reprises en boucle par nos médias, eux aussi plus soucieux d'audience que de travail critique. Mais je crois de plus en plus que la chute d'El Assad serait une catastrophe. La Syrie est une mosaïque confessionnelle et ethnique : une faible majorité sunnite, des chiites, des alaouites (la communauté des El Assad), des chrétiens de diverses obédiences (près de 10 % de la population). Or les troubles, comme souvent, profitent aux radicaux salafistes. On commence, paraît-il, à voir apparaître des slogans comme celui-ci : « les alaouites au tombeau, les chrétiens à Beyrouth ! » (3).

 

Tunisie & Égypte : vers des contre-révolutions islamiques

Ce qui s'est passé en Tunisie et en Égypte ne mérite peut-être pas l'appellation de « révolution ». En effet, loin de s'accompagner d'un affaiblissement du carcan confessionnel, les élections post-révolutionnaires traduisent le retour des religieux traditionalistes voire intégristes, en même temps que le rejet, aussi bien de la modernisation autoritaire menée par le régime précédent que d'une modernité démocratique libérale, disons « à l'occidentale ». Les démocrates libéraux sont peut-être considérés comme trop liés aux états occidentaux. Quant à l'ancien régime, il est haï pour ses excès, et on ne lui rendra justice que plus tard. Comme en France où les révolutionnaires profanèrent les sépultures des rois alors qu'aujourd'hui, tout républicain honnête reconnaît ce que la France doit à François 1er ou à Louis XIV. Je pense que d'ici quelques temps, le regard sur nombre de ces dictateurs arabes (dont certains ont accompagné l'indépendance du pays, il faut le dire) changera, et certains mérites leur seront reconnus. Ce qui n'enlève rien, évidemment, à leurs crimes.

 

En Tunisie donc, les islamistes d'Ennahda sont arrivés en tête des législatives, mais sans majorité absolue. Ils n'auront donc pas le pouvoir total, c'est sans doute mieux ainsi. Mais en Égypte, la situation est inquiétante : les Frères musulmans (ou plutôt leur paravent politique, car il s'agit d'une confrérie) sont en tête, et les salafistes en deuxième position. Ces deux mouvements islamistes ont d'ores et déjà la majorité absolue au Parlement. Il est possible cependant qu'ils ne s'entendent pas, auquel cas leur exercice du pouvoir sera plus difficile. Mais cela ne change rien à la triste réalité : nombre d’Égyptiens ont voté pour un retour à des pratiques dont certaines sont moyenâgeuses, et encore, les musulmans du Moyen Âge étaient parfois plus éclairés que certains de leurs descendants. J'entendais un barbu égyptien expliquer son programme, à savoir le voile pour toutes les femmes (chrétiennes comprises sans doute) et pour les touristes au nom du « respect des traditions ». Je veux bien que ce type d'individu ne représente qu'une partie des mouvements religieux comme nous l'expliquerait sans doute le sophiste Tariq Ramadan, et que les médias occidentaux diffusent ce genre de discours choc « parce que ça fait peur », mais enfin il faut bien constater que des millions d’Égyptiens votent pour ces personnages peu rassurants...

 

Certains optimistes pensent que l'étape islamiste est nécessaire et inévitable. Ils expliquent en effet que, les islamistes ayant été les principaux opposants aux dictatures, ils engrangent de fait les bénéfices de la « révolution ». Je suis sceptique : l'étape islamiste sera-t-elle vraiment une période transitoire ? J'ai du mal à le croire, je l'avoue. Une fois un pouvoir islamiste fort installé au Caire ou à Tunis, il n'est pas dit que les religieux aient envie de céder la place. Et il se pourrait bien que les Égyptiens et Tunisiens désireux de vivre en démocratie prennent progressivement le chemin de l'exil tandis que le reste de la population, dûment endoctrinée, soutiendra majoritairement les intégristes. Ces derniers ont d'ailleurs des ennemis tout trouvés : Israël et l'Occident. La rue arabe n'a pas besoin d'être beaucoup poussée pour se mobiliser contre ces épouvantails. Et comme l'islam va poser de plus en plus de problèmes en Europe, et en France en particulier, il y aura sûrement matière à rassembler des foules pour faire oublier la situation économique. Au final, sacrifier à la seule démocratie d'autres éléments du progrès, je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée.

 

Cela étant, l'idée de voiler les femmes, « au nom d'une tradition que les étrangers devraient respecter », appelle une remarque : et si, en France, on demandait aux musulmans de respecter notre tradition, la tradition française, qui est de ne pas voiler les femmes ? Mais non, suis-je bête ! Ici, il faut respecter toutes les traditions, surtout quand elles viennent d'ailleurs et qu'elles sont intolérantes. En ce qui me concerne, étant déjà islamophobe pratiquant, j'avertis mes chers compatriotes musulmans que mon intolérance à leur égard va certainement monter d'un cran dans les temps à venir, proportionnellement à la poussée de l'intolérance en terre d'islam...

 

(1) http://blog-nationaliste.blog4ever.com/blog/lire-article-286920-2081630-tunisie__moderons_notre_enthousiasme.html

 

(2) http://blog-nationaliste.blog4ever.com/blog/lire-article-286920-2190061-libye__halte_a_la_propagande_belliciste.html

 

(3) Un témoignage orienté et contestable sans doute, mais qui émane d'une personne vivant sur place, et issue d'une minorité religieuse qui manifestement s'inquiète :

http://comite-valmy.org/spip.php?article1765



10/12/2011
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