Nationaliste Social et Ethniciste

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Islam, monothéisme & tolérance

Les questions d’islam et de laïcité ne quittent pas le devant de la scène, ces temps-ci. Mais ne soyons pas hypocrites : derrière l’islam, il y a la question de l’immigration, du multiculturalisme, et de la société française de demain.

Le « débat » voulu par le président Sarkozy ne présente pas grand intérêt car on en connaît déjà les conclusions : la loi de 1905 doit être « rajeunie », les pauvres musulmans sont victimes d’une infâme cabale, il faut les aider à bâtir des « lieux de culte décents », il faut réprimer avec une sévérité implacable l’islamophobie grandissante, etc. En échange de quoi, on priera gentiment les musulmans d’essayer de faire un peu moins peur aux beaufs de la France moisie parce que ça fait monter le Front National. Rideau.

 

Certains prétendent que ce débat n’a pas lieu d’être, car il ne fait qu’alimenter des idées nauséabondes rappelant « les heures sombres du passé ». C’est devenu un lieu commun que de comparer les musulmans d’aujourd’hui aux juifs des années 30. J’en profite pour rappeler que, si fort qu’ait pu être l’antisémitisme en France, ce sont bien les nazis allemands qui ont conçu et mis en œuvre la « Solution finale ». Je le dis car, à entendre certains politiques, intellectuels ou pseudo-humanistes, on a parfois l’impression que la comparaison avec les années 30 place la France dans la position de l’Allemagne d’alors. Pourtant, l’extrême droite (en fait droite populiste) n’est pas au pouvoir en France, alors qu’elle participe à plusieurs gouvernements ailleurs dans l’Union européenne. Cessons d’inverser les rôles et de nous dire que « la France est la honte de l’Europe ».

Cet article abordera la question de l’islam, et du monothéisme en général. Je pense de plus en plus que le fond du problème est là, et que les idées même de tolérance et d’égalité sont difficilement compatibles avec le monothéisme. Pas absolument incompatible, mais il y a de sérieux obstacles. Comment en effet concevoir que l’autre soit mon égal, alors que je détiens la vraie foi et que lui est dans l’erreur ? Voilà me semble-t-il le cœur du problème.

 

L’illusion d’un « islam de France »

Voilà quelques temps déjà que l’islam cristallise toutes les passions, en France mais pas seulement. Pour nous rassurer, on nous promet un « islam de France » illusoire, car l’islam se présente comme une religion à vocation universelle, et même dans le monde arabe, il est difficile souvent de définir un islam « national » dans chaque pays. Le simple fait que chiites et sunnites cohabitent dans nombre d’états (Syrie, Liban, Irak, Bahreïn, Yémen, Arabie Saoudite…) ôte toute pertinence à cette idée. En France, où l’islam est une religion d’importation récente, il est vain d’espérer un « islam de France ». Il ne peut y avoir qu’un « islam en France ».

 

Le problème n’est pas seulement religieux : on souligne souvent que l’islam est porteur d’un projet politique. C’est vrai, mais je crois surtout que l’islam est plus qu’une religion, c’est une culture. Ou plus exactement, pour beaucoup de musulmans vivant en Europe, islam et culture arabe se confondent. Le Coran est écrit en arabe, et j’ajoute que la version en arabe est la seule référence valable au point de vue théologique. Les prédicateurs, même lorsqu’ils prêchent en français, citent le texte arabe. La profession de foi se fait en arabe, l’appel à la prière à la mosquée est en arabe. Cela est vrai aussi en Turquie, en Iran, en Asie centrale, en Indonésie… Or, pour qu’il y ait un islam de France, encore faudrait-il que la langue française devienne la langue de référence, qu’elle soit utilisée pour la prière, la profession de foi, et que les citations du Coran soient en français. Est-ce possible ?

Le christianisme en son temps adopta une autre voie : rapidement, des versions de référence du texte biblique furent établies en grec et en latin (la Vulgate), les deux langues véhiculaires du monde romain. La traduction a certes posé des problèmes, mais le résultat est que la Bible progressivement s’insère pleinement dans les littératures européennes. Lorsque Luther traduit la Bible en allemand, il fait œuvre de littérature germanique, il donne un caractère « allemand » au christianisme. Un prédicateur catholique au Moyen Âge n’a pas besoin de citer du grec ou de l’araméen dans son prêche. Il est surprenant que l’Eglise catholique se soit enfermée ensuite dans l’usage du latin lorsque ce dernier cessa d’être parlé, alors même qu’il avait été adopté par commodité. Il n’en demeure pas moins que le christianisme n’a pas vraiment de langue sacrée. D’ailleurs il est dit que les apôtres reçoivent le don des langues pour prêcher à toute la Terre. L’islam est dans une autre situation : il est et demeure une religion « arabe », et le passage par le texte arabe est une nécessité. Par conséquent, tenter de franciser l’islam est vain.

 

Cela ne signifie pas que la pratique islamique en elle-même ne s’acclimate pas. Il est évident que les Turcs, les Ouzbeks ou les Afghans sont musulmans d’une manière différente des Saoudiens, des Iraniens ou des Algériens. Même au sein du monde arabe, les sunnites marocains ont sans doute une pratique légèrement différente de celle des sunnites libanais. Après tout, il y a des nuances entre le catholicisme espagnol et le catholicisme polonais. Il n’empêche que tout peuple islamisé est nécessairement arabisé, même si c’est très partiellement. Le texte sacré étant en arabe, le système de pensée proprement arabe influence profondément toute population musulmane. Ajoutons que la poussée fondamentaliste tend à effacer les variantes locales de la pratique musulmane, vues comme hérétiques. Ainsi, des musulmans tchétchènes s’inquiètent du développement de coutumes arabes qui concurrencent les habitudes locales.

 

Par conséquent, l’islam ne peut que difficilement s’acclimater en Europe. On me rétorquera qu’il y a les Albanais, les Bosniaques et les Kosovars. Ce à quoi je répondrai que ces musulmans sont des autochtones, et qu’ils se sont convertis dans le cadre d’une guerre menée par un état musulman (les Ottomans) contre les chrétiens des Balkans. Or cette guerre se réclamait clairement du djihad. Il ne s’agit donc pas d’une immigration pacifique, et de plus ces conversions se produisent alors qu’un pouvoir musulman domine la région. Les musulmans des Balkans n’avaient donc aucune concession à faire : leur religion était celle des maîtres. Aujourd’hui en France, les femmes qui portent le voile, quel qu’il soit, respectent une coutume orientale. Les hommes qui portent la grande barbe ou la gandourah font de même, pire, ils ressuscitent des codes vestimentaires qui tombent en désuétude dans le monde arabe lui-même ! La question de la viande hallal relève de la même logique : les musulmans s’installent avec une culture islamique étrangère au pays d’accueil, et estiment n’avoir aucune concession à faire. Il appartient aux autres d’être tolérants. Mais eux-mêmes sont-ils disposés à être tolérants ? Tant qu’ils sont minoritaires, ils s’y résignent.

 

Le monothéisme à la source de l’intolérance

Les monothéismes me paraissent pencher par essence pour l’intolérance. Comme il s’agit de religions révélées, elles prétendent détenir la Vérité. Donc les autres ont forcément tort. Le judaïsme a la particularité de garder cette Vérité pour le peuple élu, sans être prosélyte. Mais le christianisme et l’islam, qui se veulent universels, ont des prétentions à s’imposer comme unique religion. Dans l’Antiquité païenne, la pluralité religieuse ne posait guère de problème, car les Romains ou les Grecs acceptaient le fait que les autres peuples avaient des dieux différents. Et ils n’hésitaient pas parfois à honorer ces divinités étrangères. Lorsqu’Alexandre conquiert son empire, il n’impose pas le panthéon grec, il honore chaque panthéon indigène. Les Lagides, souverains macédoniens d’Egypte, adorent les dieux olympiens et le traditionnel panthéon égyptien, dont les temples sont entretenus. Personne ne prétend détenir la Vérité. Dans l’Empire romain, ce fut longtemps la même chose. Les uns peuvent bien préférer Cybèle, Isis ou Mithra, les autres s’en tenir aux traditionnels dieux gréco-romains, qu’importe. Les écrivains romains peuvent bien critiquer les rites surprenants de telle ou telle divinité orientale, c’est sans conséquence. Chaque dieu ou déesse a droit de cité, et on conteste rarement à l’autre le droit d’adorer les dieux de son choix. Certains cultes sont publics, d’autres restent privés. Cette période est aussi propice au syncrétisme : les dieux et déesses s’échangent des attributs, des divinités sont associées dans un culte commun… Le monde romain païen est remarquablement souple et ouvert au niveau religieux. Et surtout, il pratique l’acculturation : les divinités orientales sont « romanisées » dans leur iconographie comme dans leur rituel. Le Mithra adoré à Rome est très différent du Mithra perse originel, même si les mithriastes romains reconnaissent la filiation persique. De même, d’autres divinités orientales doivent gommer certains aspects de leur culte qui seraient trop étrangers aux coutumes romaines.

 

Au fond, tant que l’ordre public n’est pas troublé, et que le pouvoir impérial n’est pas remis en cause, les autorités ne sont pas très regardantes. L’Empire romain n’est pas laïc, car il a une religion officielle, mais force est de constater que tous les cultes ou presque étaient tolérés, à la condition que les citoyens adhèrent de manière formelle à ladite religion officielle, qui est une religion civique, et donc un fondement de l’édifice politique impérial. C’est dans ce cadre qu’il faut comprendre les (rares) persécutions dont sont victimes les premiers chrétiens : en refusant le culte officiel, ils rejettent l’allégeance à l’empereur et à Rome, ce qui n’est pas admissible pour une grande partie des élites de l’Empire, car c’est un acte de rébellion, voire de trahison.

Avec l’arrivée du monothéisme chrétien, tout change. Et de ce point de vue, il faut mettre fin à certains mythes : la christianisation du monde antique n’est en aucun cas un progrès de la civilisation et de l’humanité. Le monde païen était loin d’être idyllique, mais celui qui lui succède n’est pas mieux. Le christianisme apporte certaines valeurs intéressantes, comme la charité et plus généralement un nouveau regard sur les pauvres. Ce point est plutôt positif même si l’Eglise aura tôt fait d’épouser les intérêts des élites. Mais d’un autre côté, la tolérance religieuse qui régnait auparavant disparaît. Dans le paganisme, tout le monde est croyant à sa façon, et peu importe que le voisin préfère Cérès et moi Isis. Dans la logique monothéiste, les choses sont différentes : il y a d’un côté les vrais croyants, ceux qui adhèrent à la seule Vérité, à la seule vraie foi, et les autres, qui sont dans l’erreur. C’est l’invention du concept d’ « infidèle ». Et à partir du moment où les « vrais » croyants se donnent pour mission de (r)amener les « infidèles » dans le droit de chemin, c’est la porte ouverte à tous les abus… surtout lorsque le pouvoir impérial estime qu’il est de son devoir d’assurer le salut de ses sujets. Auparavant, l’empereur se contentait de demander une allégeance formelle aux cultes officiels, et ensuite chacun était libre de chercher son salut comme il l’entendait.

 

Autre légende : lors des édits de Théodose proscrivant les cultes païens (fin du IV° siècle), le monde romain était déjà massivement christianisé. C’est faux, et le paganisme ne fut que lentement éradiqué. La masse des paysans (d’où vient le mot « païen ») resta longtemps attachée aux anciens cultes. En Orient, il faut attendre les persécutions de Justinien au VI° siècle pour en finir avec le polythéisme, encore vivace et pas seulement chez les humbles puisqu’on connaît des notables restés fidèles aux anciens cultes. Justinien ferme l’école philosophique d’Athènes qui était restée un centre intellectuel païen de quelque renommée, et il procède à une répression brutale dans tout l’Empire.

 

Le monothéisme introduit deux notions qui sont au fondement de l’intolérance : l’orthodoxie et son corollaire, l’hérésie. L’orthodoxie (la « droite ligne » en grec) définit la seule voie possible, acceptable et tolérée pour tous les croyants. Certes, les bases de cette orthodoxie ont pu être longuement discutées entre théologiens au départ. Mais une fois adoptées, elles se muent en un dogme qu’il est interdit de remettre en cause. L’esprit humain ayant horreur du monolithisme intellectuel, il se trouve toujours quelque individu pour s’écarter de la « droite ligne » : ainsi naissent les hérésies. L’hérétique est pire que l’infidèle, car l’infidèle se trompe mais il est de bonne foi, ignorant, alors que l’hérétique remet sciemment en cause l’orthodoxie. Il est intéressant de noter que catholiques et protestants s’affrontent avec infiniment plus de fureur que chrétiens et musulmans. Sunnites et chiites s’entretuent avec plus de haine qu’ils ne combattent les infidèles. Aujourd’hui encore, au-delà du discours hostile à l’Occident, les fondamentalistes musulmans ont leurs principaux ennemis au sein même de la communauté islamique. Ces divisions sont du pain béni (si j’ose dire) pour nous.

 

Si le judaïsme, la source des deux autres religions monothéistes, ne nourrit pas de projet expansionniste (mais si l’on enlève « expan-  »…), il n’ignore pas ces concepts d’orthodoxie et d’hérésie. Il n’y a qu’à voir comment les juifs orthodoxes harcèlent les israéliens non-pratiquants qui veulent travailler le jour du shabbat à Jérusalem. De même, les premières hérésies sont à chercher dans l’histoire du judaïsme, avec notamment les Samaritains. Jésus scandalise certains milieux juifs en osant tendre la main à des membres de cette communauté méprisée.

 

La laïcité face au monothéisme

Le christianisme et l’islam réclament toujours la tolérance lorsque leurs adeptes sont minoritaires. Mais sitôt que la « vraie » foi sent la possibilité de l’emporter, la tolérance n’est plus de saison. Ainsi, les pauvres coptes aujourd’hui brimés sont les descendants des chrétiens qui pillèrent les temples païens, persécutèrent juifs et polythéistes et massacrèrent sauvagement la philosophe païenne Hypatie à Alexandrie au début du V° siècle. Leurs coreligionnaires du Liban et de Palestine se montraient aussi violents et intolérants envers les païens et les Samaritains sous Justinien au VI° siècle. De sanglantes émeutes anti-samaritaines commencèrent comme cela : des enfants chrétiens jetaient des pierres aux enfants samaritains, jusqu’à ce que les parents de ces derniers perdissent patience. La suite fut meurtrière. Aujourd’hui à Hébron, en Cisjordanie, des enfants de colons israéliens insultent et agressent des enfants palestiniens qui se rendent à l’école… On peut se demander si les hommes ont progressé depuis le VI° siècle. On est aussi en droit de s’interroger sur la leçon d’humanité que certains juifs ont tirée de la Shoah.

 

Dans l’Occident chrétien, il ne fut question de tolérance religieuse que bien tardivement, surtout à partir du XVIII° siècle. Et, étrange hasard, ceux qui la prônaient, comme Voltaire, se montraient assez critiques envers une ou plusieurs religions monothéistes. En France, la tolérance religieuse se développe à partir de la Révolution, qui voit aussi les premières campagnes de déchristianisation et une tentative syncrétique originale bien que souvent moquée, la théophilanthropie. Le catholicisme ne cessera plus de reculer dans notre pays, même s’il conserve longtemps de beaux restes. Au demeurant, les églises ne gagnent-elles pas en qualité ce qu’elles perdent en quantité avec le temps ? Mais l’Eglise n’est pas décidée à abandonner sa place de religion d’Etat. A l’aube du XX° siècle pourtant, la déchristianisation est suffisamment avancée pour promulguer la fameuse loi de séparation des Eglises et de l’Etat de 1905. Soyons clairs : la laïcité a été rendue possible grâce à l’affaiblissement progressif du monothéisme chrétien depuis près d’un siècle, et même plus. Dès le XVIII°, une partie notable de la population s’est éloignée du catholicisme, y compris dans les campagnes. Après une brève période de tension liée à la question des inventaires, la situation s’apaise. L’Eglise catholique n’a pas les moyens de s’opposer durablement à la loi. La guerre des tranchées scelle d’autre part une tragique réconciliation nationale autour des valeurs patriotiques. La sourde rivalité entre école publique et école privée confessionnelle perdure jusqu’à nos jours, mais il n’y a pas de haine inexpiable entre les deux camps (en général). Le judaïsme et le protestantisme sont trop minoritaires pour poser de réels problèmes. Au contraire, en Turquie, la politique laïque (et même « laïciste ») de Mustapha Kemal a vécu parce que la population est restée dans l’ensemble fortement islamisée. Les « islamistes modérés » de M. Erdogan n’ont par conséquent pas trop de peine à détricoter la sévère législation mise en place par le père fondateur de la République turque (et déjà assouplie après sa mort).

 

Or, depuis quelques décennies, le troisième monothéisme s’est imposé dans le paysage religieux français. Il n’est pas le seul à être arrivé récemment : le bouddhisme, le confucianisme, le protestantisme évangéliste se développent également. Pourtant, l’islam heurte plus que les autres. Pour plusieurs raisons. D’abord, l’impossible acculturation : comme je l’ai dit, l’islam reste une religion arabe, en dépit du fait que les Arabes ne représentent même pas la majorité des musulmans. Mais le Coran est en arabe, la plupart des lieux saints musulmans sont en terre arabe. A contrario, le catholicisme a développé des lieux saints ailleurs qu’en Palestine : Rome, Lourdes, Saint-Jacques-de-Compostelle… Peut-être y en a-t-il trop, mais au moins le christianisme s’acclimate facilement et prend une couleur locale. La Mecque et sa Kaaba restent le centre du monde islamique, alors que le christianisme a d’autres centres que Jérusalem : Rome, Constantinople, Moscou… Ce n’est pas le seul problème. Conscientes de leur affaiblissement, les Eglises chrétiennes se sont résignées, du moins en Europe occidentale, à la tolérance et à la diversité du paysage religieux. Elles reconnaissent du bout des lèvres qu’il existe d’autres voies que celle qu’elles proposent pour honorer la divinité. En bref, elles admettent de fait, contraintes et forcées, un certain relativisme. Les notions d’ « hérésie » et d’ « infidèle » ont perdu de leur vigueur. Le clergé catholique ne se permet guère de violentes diatribes contre les athées et encore moins contre les autres confessions. Ce serait plutôt le contraire : on donne dans l’œcuménisme bêlant, un peu ridicule à force d’être lénifiant. L’islam n’est pas du tout sur cette ligne. La Vérité ne se discute pas, et les musulmans refusent avec hauteur les critiques et moqueries auxquelles la plupart des chrétiens s’est résignée. Même les imams dits modérés font la distinction entre l’oumma et les mécréants. Ce dernier terme conserve toute sa connotation péjorative et méprisante, et les religieux musulmans se permettent une rhétorique qu’on ne tolérerait pas de la part des membres du clergé catholique.

 

Là-dessus se greffent d’autres problèmes, historiques et politiques : le contentieux colonial qui reste vivace ; ce mélange de fascination et de répulsion pour l’Occident qui parcourt le monde musulman, dominé et humilié depuis le XIX° siècle, d’où une soif de revanche qui se conçoit ; la tentation de cacher derrière un militantisme religieux ostensible l’échec de l’intégration pour les musulmans d’Europe, la déception après les indépendances pour ceux restés au pays. Le monde musulman ne produit pas grand-chose. Les pays les plus riches vivent de la rente pétrolière. La liberté reste lettre morte, même si les choses sont peut-être en train de changer. Notre pays a été humilié en 1940, il a perdu ses colonies parfois dans la douleur entre 1954 et 1962. Notre puissance et notre rayonnement ont faibli. Pourtant, notre économie et notre influence sont sans commune mesure avec celles des pays musulmans en général, arabes en particulier. Instables, corrompus, déchirés par les tensions et les querelles, les pays du monde musulman ne comptent pas. Sans le pétrole et Israël, personne en Occident ne s’intéresserait au Moyen Orient. L’avenir du monde se discute avec la Chine, l’Inde et le Brésil. Ce constat est d’autant plus amer que les musulmans arabes, turcs ou perses sont les héritiers de civilisations qui ont joué un rôle mondial. Songeons que les musulmans ont longtemps contrôlé les échanges entre l’Occident et l’Extrême Orient, entre l’Europe et l’Afrique noire. Aujourd’hui, le monde musulman n’est que notre fournisseur d’hydrocarbures, un espace de transit (Suez) pour les produits chinois… et l’origine de certains de nos problèmes (islamisme, terrorisme, immigration). De la manne pétrolière, la plupart des musulmans ne voit rien. Dans ces conditions, la tentative agressive de s’imposer en Europe peut être interprétée comme la conséquence d’un complexe d’infériorité refoulé. Ensuite, la stigmatisation et l’islamophobie nourrissent naturellement la radicalisation, et vice et versa. On est entré dans un engrenage infernal.

 

Pourquoi l’islam séduit ?

Voilà une question qui m’interpelle depuis quelques temps déjà. Le monde musulman est gangrené par une intolérance remarquable : partout les chrétiens sont, au mieux tenus à l’écart et victimes de vexations, au pire brimés voire persécutés. Un certain nombre de musulmans revendique clairement l’usage de la violence, en s’appuyant sur des citations du Coran, par conséquent qu’on ne vienne pas me dire que ce sont de « faux » musulmans. D’autres ne cachent pas leur volonté de convertir les pays européens à long terme. En bref, l’image de l’islam est plus que désastreuse… Et pourtant, en France, des gens se convertissent, trahissent leur culture d’origine pour embrasser l’islam. Le phénomène n’est pas massif, loin s’en faut, mais c’est une réalité. Comment l’expliquer ?

 

D’abord, il y a l’exotisme, l’aspect oriental. L’Orient a toujours fasciné l’Occident. L’essor du bouddhisme auprès des bobos relève aussi de cette fascination pour l’altérité, liée au discours différentialiste et multiculturel qu’on nous sert en permanence. De plus, certaines femmes, en particulier françaises, aiment bien ce qui vient de l’étranger, surtout s’il est porteur d’une virilité assumée. Mais ce n’est pas suffisant. En prenant connaissance de témoignages de convertis, je me suis aperçu qu’un argument revenait en boucle : « l’islam répond à mes questions, alors que le catholicisme n’y arrivait plus ». C’est là me semble-t-il le point fondamental.

 

L’islam est une religion simple, et même simpliste. D’ailleurs, « islam » ne signifie rien d’autre que « soumission » (pardon, « abandon à la volonté de Dieu »). Le musulman n’a pas besoin de réfléchir : le Coran, interprété par quelques « savants » parfois autoproclamés, a réponse à tout. Le rituel est simple et répétitif : la prière cinq fois par jour par exemple. L’islam des convertis est une religion ostensible, car la plupart des femmes notamment, mettent directement le voile, parfois intégral. On est en fait dans une religion de la démonstration, comme lorsque le balafré des Bleus fait ses pieuses simagrées avant un match. Comme si Dieu avait à voir avec le football ! Les âmes simples sont impressionnées par ces enfoulardées, ces barbus qui parlent avec enthousiasme de pureté, de martyr… La force de conviction de ces illuminés (car ils ne sont rien de plus) emporte l’adhésion d’esprits fragiles, faibles et influençables. Les mêmes deviennent évangélistes s’ils croisent un prédicateur évangéliste avant un imam, ou bouddhiste si le hasard place un bonze sur leur route. Et puis il y a le sentiment d’appartenir à une communauté : chez les intégristes, on donne du « frère » et du « sœur » à tous les membres de l’oumma. Or il est vrai que la solitude est une plaie de la société moderne, d’où la nécessité je crois de recréer un lien civique : service civique, conseils de quartier…

 

Regardons à présent le droit musulman : là encore les choses sont simples. La femme adultère ? Lapidée. Encore qu’il semblerait que la peine ne soit pas prescrite par le Coran mais par les hadiths, d’après ce que j’ai lu. Le voleur ? Amputé d’une main. On le voit, tout est simple : à chaque faute, son châtiment, de manière mécanique, même si la repentance entraîne éventuellement la mansuétude. Evidemment, il y a des musulmans intelligents qui ne s’en tiennent pas à une lecture littérale des textes sacrés, et qui ont conscience que le monde a changé. A contrario, lorsqu’on présente à Jésus la femme adultère condamnée à la lapidation, que répond-il ? « Que celui qui n’a jamais péché lui lance la première pierre ». Autrement dit, Jésus pose la question de la légitimité de celui qui juge et de celui qui châtie. Qui sommes-nous pour décider de la punition d’autrui ? On conçoit qu’un tel degré de réflexion effraie les esprits en quête de réponses simples. Le christianisme est une religion du doute, où Jésus pousse les hommes à s’interroger sur ce qu’est la bonne attitude. L’islam, comme le judaïsme, est une religion de la loi, de la norme. Cette loi révélée est indiscutable. Il est sans doute excessif de dire que Jésus refuse la loi juive, mais il lui arrive de prendre ses distances avec une application stricte. Là est toute la différence, subtile mais fondamentale, entre le christianisme et l’islam, ce qui n’empêche pas les deux de verser dans l’intolérance et dans la violence. Notons également qu’à certains égards, l’islam est archaïque dans sa législation. Alors que dès l’Antiquité, les lois s’humanisent en Grèce et à Rome (et déjà chez les Hittites !), la charia n’est pas sans rappeler le Code d’Hammourabi rédigé à Babylone au II° millénaire avant notre ère. Code qui stipule que les femmes mariées doivent être voilées en public afin qu’on ne les confonde pas avec les prostituées qui elles gardent la tête nue… Les musulmans peuvent sans doute être fiers de leur filiation avec le grand législateur mésopotamien que fut Hammourabi, mais enfin notre monde n’est plus le sien. Et on peut s’interroger sur la source « divine » de la législation islamique…



01/03/2011
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