Nationaliste Social et Ethniciste

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Russell Crowe est Robin des Bois

 

« Un énième Robin des Bois » soupirais-je en contemplant l'affiche monumentale sur laquelle un Russell Crowe barbu et décidé s'élançait à cheval au cœur de la mêlée. Seulement voilà, j'ai une passion: l'armement antique et médiéval. Et mon regard fut irrésistiblement attiré par l'arme (inattendue) brandie par Russell-Robin: un marteau de guerre! Le travail soigné de la cotte de mailles m'apparut alors et l'idée de contempler des armées médiévales se livrer de féroces batailles m'entraînait bientôt vers les salles obscures. Coupable penchant que cette passion pour les équipements antiques et médiévaux, qui m'amena il y a peu à aller voir, je le confesse, Le Choc des Titans, navet étonnant mais rempli de hoplites convenablement reconstitués. Cependant il n'y aura pas d'articles sur ce film mythique dont le réalisateur est... français!


Une approche originale

Les remake m'agacent au plus haut point. Pourquoi retravailler sans cesse les mêmes sujets, les mêmes œuvres et les mêmes personnages? Il y a tant de personnages historiques, rois ou seigneurs, papes ou empereurs, qui mériteraient d'être campés au cinéma. Il y a tant de romans passionnants qui n'attendent qu'une adaptation digne de ce nom, alors que Dracula et Frankenstein sont portés à l'écran très régulièrement pour un résultat souvent discutable. Il faut pourtant avouer que Ridley Scott a traité un personnage maintes fois abordé avec une certaine originalité, en s'attaquant à la question de savoir comment cet homme est devenu le fameux hors-la-loi de Sherwood. Habituellement, Robin des Bois correspond à Robert de Loxley un noble injustement dépossédé de ses biens, et très attaché au roi Richard. Ici, le réalisateur choisit de faire de Robin un simple archer roturier, un de ces hommes libres anglais, Robin Longstride, amené à usurper l'identité de Loxley. Pourquoi pas? Là où les précédentes versions portent aux nues le roi Richard Coeur-de-Lion, Ridley Scott choisit de ramener le personnage à ce qu'il fut: un aventurier audacieux, pas toujours très fin politique, et pas vraiment adoré en Angleterre comme on le croit souvent. Comme son père Henri II Plantagenêt, Richard ne parlait guère l'anglais, et ses riches domaines de Normandie, d'Anjou et d'Aquitaine retenaient plus souvent son attention que les huttes misérables des paysans anglais. Il était plus agréable de vivre dans la vallée de la Loire, à Loches ou à Chinon, qu'à Londres! Ajoutons que le réalisateur fait habilement le lien avec son précédent film, Kingdom of Heaven, qui se termine avec le passage de Richard près du village de Balian, au moment où le Coeur-de-Lion se met en route pour sa Croisade, la troisième du nom, qu'il accomplira en compagnie de Philippe II Auguste, roi de France.

 

Ridley Scott a choisi une approche beaucoup plus historique et politique que les précédentes versions. Habituellement, un film sur Robin des Bois se borne à aborder essentiellement deux thèmes: la lutte contre l'injustice, incarnée par le shérif de Nottingham (dans le Robin des Bois avec Kevin Costner) ou le prince Jean sans Terre, voire les deux, et le thème de l'amour. Le shérif est bien présent, ainsi que Jean mais qui ici est roi, puisque l'action se situe après la mort de Richard. Le shérif a un rôle mineur. En revanche, la tradition est respectée pour Jean sans Terre, fourbe, cruel et parjure à souhait. L'amour est présent, mais timidement. Il faut dire que Cate Blanchett, excellente actrice par ailleurs, n'est pas à son avantage avec une couleur de cheveu qui ne lui sied guère. Mais Ridley Scott s'attaque à des sujets souvent absents des précédentes versions: la lutte entre les rois d'Angleterre et de France (Philippe Auguste apparaissant dans le film) et la lutte entre la noblesse et la monarchie. Le film tente de présenter la genèse de la Grande Charte de 1215, texte fondateur du système politique anglais qui limite le pouvoir du roi. Malheureusement, Ridley Scott ne va pas au bout de sa démarche: la genèse de la Grande Charte est montrée de manière fantaisiste, et il y a contre-sens sur le texte lui-même et les idées qu'il défend car dans le film, on a l'impression d'avoir affaires à l'Habeas Corpus ou au Bill of rights qui eux datent du XVII° siècle. De même, s'il était très intéressant de mettre le roi de France dans le scénario, son rôle est aux antipodes de la réalité historique. Le réalisateur inverse même la perspective historique! On y reviendra.


Un travail remarquable

La première partie du film est d'une exceptionnelle qualité. Comme dans Kingdom of Heaven, le travail de reconstitution est très soigné et digne d'admiration. Le siège de Châlus où Richard trouva effectivement la mort en 1199 est somptueusement reconstitué. La tactique, l'armement, le rôle même du roi, courageux jusqu'à la témérité, il n'y a rien à redire, sauf peut-être des explosions un peu trop spectaculaires. Russell Crowe est tout à fait crédible, affirmant à nouveau un talent qui le place indéniablement parmi les meilleurs acteurs de sa génération. S'il est bon dans Gladiator, l'acteur est surtout époustouflant dans Un Homme d'exception, où il campe le mathématicien John Nash, génial auteur de la théorie des jeux et atteint de schizophrénie. Dans cette périlleuse situation, Philippe Auguste intrigue et avance ses pions. Et c'est un fait que le tortueux Capétien n'a jamais manqué d'exploiter les mésententes des Plantagenêts, dressant Richard contre son père Henri II, puis Jean contre son frère Richard. L'intelligence supérieure du Capétien est subtilement suggérée au cours d'un entretien avec celui qui va devenir le « grand méchant » du film, un Anglais traître à sa patrie à la solde de l'ennemi français.

 

On se laisse entraîner avec délectation dans un Londres médiéval brillamment reconstitué, ce qui prouve que les images de synthèse peuvent être utilisées à bon escient. Plus encore, la reconstitution du monde rural médiéval force le respect, tant elle a été travaillée avec minutie et précision. On contemple ainsi le village de Nottingham avec un aperçu remarquable de ce que pouvait être une petite seigneurie médiévale avec ses champs, ses huttes, sa petite église et la petite aristocratie en difficulté incarnée ici par Walter Loxley, vieillard fier mais aveugle, et sa bru Marianne. On entrevoit la vie au manoir des Loxley avec sa grand-salle, sa cuisine, ses chambres et l'on constate le fossé qui pouvait exister entre cette petite noblesse champêtre et les grands barons de la Cour du roi. Seul bémol, on voit Lady Marianne travailler la terre (notamment lors d'une scène de labour tout à fait remarquable). Dans Kingdom of Heaven déjà, Balian d'Ibelin donnait un coup de main à ses paysans pour des travaux d'irrigation, attitude peu compatible avec son état de seigneur. Toutefois, on ne saurait exclure qu'en temps de crise, certains petits seigneurs aient été contraints de travailler, même s'ils risquaient de fait de déchoir, du moins en France. Pour donner le change au zélé collecteur royal qu'est le bon shérif de Nottingham, l'archer Robin Longstride accepte de prendre la place de Robert Loxley, tué en France peu après son roi.

 

Comme Kingdom of Heaven, le film est influencé par la société protestante anglo-saxonne qui le produit: les deux œuvres sont assez nettement anti-catholiques. Au prêtre du village français et au patriarche de Jérusalem assez antipathiques dans Kingdom of Heaven, est comparable ici le curé de Nottingham qui précède Frère Tuck et qui pressure sans pitié les Loxley en période de disette. La rapacité et l'égoïsme du clergé sont ainsi fustigés, ainsi que les fastes de l'Église dont la richesse est évoquée lors du pillage de York par les sbires du roi Jean. Lady Marianne déclare aimer « prier lorsque l'église est silencieuse » ce qui renvoie à la spiritualité plus personnelle dans le protestantisme que dans le catholicisme. De même, Balian parvenu au Saint-Sépulcre se recueillait seul et on ne le voyait à aucun moment prendre part aux nombreuses cérémonies organisées dans les lieux saints en ce temps-là. Il est d'ailleurs intéressant de constater qu'aucune cérémonie religieuse n'est présentée dans les deux films (si l'on excepte l'adoubement de Balian dans Kingdom of Heaven).


Une fin calamiteuse

Le film, brillamment commencé, bascule dans le ridicule voire le grotesque, lorsque la vérité sur son père est révélée à Robin Longstride par Walter Loxley. On découvre ébahi que le héros est fils d'un tailleur de pierre à l'origine d'un projet de charte garantissant la liberté des sujets anglais! Grosso modo, Ridley Scott nous présente le mythe de création de la franc-maçonnerie, dont les adeptes se réclament plus ou moins des anciennes confréries de maçons et de travailleurs du bâtiment au Moyen Âge. Cet héritage hypothétique est symbolisé par l'attirail des franc-maçons qui évoque le travail du bâtiment. Mais la franc-maçonnerie a connu son essor surtout à partir du XVIII° siècle, elle n'a rien à voir avec les authentiques bâtisseurs de cathédrale (rappelons que seule la franc-maçonnerie française est anticléricale voire athée) et il est très peu probable qu'un tailleur de pierre soit à l'origine de la Grande Charte, d'autant qu'il fallait des connaissances juridiques pour rédiger un tel texte, et par conséquent être passé par une université de droit, ce qui n'est pas vraiment le cursus normal pour être tailleur de pierre... De plus, il n'est pas question de Grande Charte au début des années 1200, où se situe l'histoire. En effet, la Charte est une conséquence des défaites de Jean sans Terre, et non d'une victoire anglaise sur les Français! Or Ridley Scott nous le présente ainsi.

 

Attribuer à Philippe Auguste un projet de débarquement en Angleterre au début du règne de Jean est parfaitement grotesque dans la mesure où le roi de France est encore occupé à conquérir et soumettre l'immense domaine continental des Plantagenêts: Philippe s'empare de la Normandie entre 1202 et 1204, avant de s'attaquer au val de Loire (prise de Chinon et de Loches en 1205). A ce moment, le Poitou, le Limousin et la Guyenne (Aquitaine) sont encore aux mains de Jean. Philippe ne dispose pas d'une flotte très importante. Que serait-il allé faire en Angleterre? Une telle expédition n'était pas envisageable à ce moment, au début des années 1200. En 1213, Philippe semble avoir projeté une invasion mais sa flotte fut détruite avant d'avoir quitté le continent. La bataille décisive devait avoir lieu l'année suivante à Bouvines, événement majeur magistralement conté par le grand historien Georges Duby dans son ouvrage Le Dimanche de Bouvines, livre assez court et peu onéreux que je conseille vivement. Ce n'est qu'après 1214 que le roi de France peut sérieusement envisager de menacer les côtes anglaises. Le prince héritier Louis, père de Saint Louis, futur et éphémère roi de France sous le nom de Louis VIII le Lion (1223-1226), qui a montré de grandes qualités aux côtés de son père, dirige l'expédition. L'objectif est de détrôner Jean sans Terre. Cette expédition a lieu en 1216 et elle est d'abord un succès: Louis prend Londres et est couronné roi. Bien qu'il doive se rembarquer dès 1217, le prince français a trouvé des appuis dans la noblesse et le clergé anglais. Par conséquent la menace française n'a pas provoqué d'union sacrée des Anglais contre l'envahisseur. Or, au moment où Louis débarque, la Grande Charte a déjà été signée, l'année précédente, en 1215. Donc ce texte, d'ailleurs rédigé en France par des barons anglais révoltés, n'a nullement soudé le peuple anglais puisque Louis a trouvé des soutiens sur place. Ajoutons que Jean n'a pas eu le temps de revenir sur son acceptation du texte puisqu'il est mort en 1216, alors que Louis de France foulait déjà le sol anglais. On peut donc reprocher à Ridley Scott de prendre trop de liberté avec l'histoire, alors même qu'il se targue de proposer un film très historique.

 

Mais après tout, on pourrait pardonner au réalisateur ces imprécisions en faisant valoir que Philippe a bien essayé de débarquer en 1213, et tant pis si ses navires n'ont pas eu le temps de s'approcher des côtes anglaises. Le problème réside aussi dans le mise en scène du débarquement. Le début du film nous avait habitué à une reconstitution méticuleuse du monde médiéval, et en quelques minutes, toute cette rigueur admirable est balayée. Comme dans Astérix et les Bretons, le débarquement est inspiré du 6 juin 1944, jusque dans la forme anachronique des bateaux. Mais ce qui se conçoit pour Astérix s'explique moins pour Robin des Bois! Là dessus, Marianne fait irruption ayant revêtu une armure en digne précurseur de Jeanne d'Arc, accompagnée des enfants perdus tout droits sortis de chez Peter Pan et montés sur des poneys, en l'occurrence il s'agit des orphelins de Nottingham auparavant réfugiés à Sherwood pour fuir la misère. Bref, c'est l'apothéose du ridicule. Le roi Jean paie largement de sa personne au cours du combat pour s'entendre finalement dire que tout le mérite de la victoire revient à Robin Longstride! Et avec un tel prestige acquis sur le champ de bataille, Longstride et les barons ne parviennent pas à imposer la Grande Charte. Le pauvre Robin se retrouve bandit de grand chemin à Sherwood. Étrange dénouement pour un homme qui vient de sauver l'Angleterre et d'être acclamé au point d'éclipser son propre roi...


Conclusion

Le Robin des Bois de Ridley Scott appelle les mêmes remarques que l'Alexandre d'Oliver Stone: des moyens colossaux, un admirable travail de reconstitution, le tout pour un résultat très décevant, dans lequel le ridicule et l'invraisemblable finissent par ternir les efforts consentis pour créer un cadre historique réaliste.



28/05/2010
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