Nationaliste Social et Ethniciste

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François Fillon, l'anti-républicain

Régulièrement, la République est attaquée avec véhémence par les factions monarchistes et d'extrême droite (qui ne se recoupent que partiellement). On ne reviendra pas sur la thèse générale défendue sur ce blog, à savoir que la royauté d'avant 1789 (« l'Ancien Régime » comme on dit) et la République née de la Révolution sont deux visages, certes contradictoires, et pourtant indissociables de la France. Au-delà des ruptures, réelles, des continuités, moins spectaculaires, existent. D'ailleurs, l'évolution de la France n'est pas si isolée : Rome fut une monarchie avant d'être une République, Athènes eut aussi des rois avant de devenir une démocratie.

 

On s'en prendra ici à un argument sans cesse répété par les ennemis de la République : « Ah ! Elle est belle votre République ! Elle est où, l'égalité promise ? Et regardez nos dirigeants républicains qui bradent la nation et sa souveraineté ! Du temps des rois, c'était autre chose… ». Oui, c'était autre chose : il n'y avait pas de nation au sens moderne du terme. On va tâcher de montrer que « nos dirigeants », en dépit de ce qu'ils proclament, ne sont pas tous républicains au sens « français » et historique du terme. Ils ne défendent pas la conception historique de la République « à la française » : une République sociale fondée sur la méritocratie. Car l'égalité ne suppose pas le nivellement des conditions. L'égalité n'est pas l'égalitarisme et s'accommode fort bien de l'élitisme, du moment qu'il s'agit de pousser chacun, et non les seuls membres d'une caste privilégiée, à faire de son mieux. Albert Camus, dont on parle beaucoup en ce moment, était issu d'une famille modeste d'Algérie. Ce sont ses instituteurs, dit-on, qui l'ont poussé dans la voie des études. Il a fini Prix Nobel de littérature… Le problème aujourd'hui est que l'Education nationale (qui devrait s'appeler « Instruction publique », pas parce que « c'était mieux avant », mais parce qu'éduquer les enfants, ce devrait être la tâche des parents) manque d'ambition. « Culture générale » est devenue un gros mot. Osons apprendre des choses aux enfants et aux adolescents ! Osons faire autre chose que donner des conseils « méthodologiques » et parcourir en quelques heures de riches pans de l'histoire, de la géographie ou de la littérature. En bref, osons approfondir. Mais revenons à M. Fillon. Parmi tous les anti-républicains qui gouvernent la France depuis quelques temps (oserais-je dire « depuis Valéry Giscard d'Estaing »…), l'un des plus emblématiques est sans aucun doute l'actuel locataire de Matignon, François Fillon, ci-devant Premier ministre du gouvernement de la République.

 

Un pur produit du népotisme

François Fillon est né au Mans en 1954. C'est un fils de bonne famille : maman est professeur d'histoire (elle a enseigné à l'université du Maine, mais sans doute bien après la naissance du petit François) et papa est notaire. Ce n'est pas la très haute bourgeoisie, mais disons que c'est la bonne bourgeoisie de province, les petits notables. Et en province, ces petits notables ont encore une importance qu'on aurait tort de sous-estimer. Après un passage à l'école communale, François Fillon poursuit ses études dans des établissements privés de la Sarthe. Au lycée, François aurait été exclu pendant quelques jours pour avoir mené un rassemblement d'élèves réclamant la démission d'une professeur d'anglais jugée incompétente. Pour ceux qui pensent que ces pratiques sont nouvelles… Toutefois, je garde le conditionnel car cette information provient de Wikipédia, source d'information dont je me méfie (lien à la fin de l'article). Cependant, l'information est apparemment tirée d'une biographie de notre homme. Si cette anecdote est exacte, on notera déjà le profond respect que le jeune François éprouvait pour les enseignants. On en reparlera. Après l'obtention du baccalauréat de philosophie (1972), François traîne ses fonds de culotte sur les bancs de la « fac » : maîtrise de droit public (1976) et DEA dans le même domaine (1977). Un temps, le jeune François avait songé au journalisme, d'où quelques stages, en Espagne notamment, où le futur ministre couvre les courses de tauromachie.

 

Mais de plus hautes destinées étaient promises au jeune homme : dès 1974, il affirme ses convictions et admire le général De Gaulle « qui représente pour lui le symbole d'une France forte et indépendante » lit-on sur Wikipédia. C'est savoureux (si c'est vrai). Erreur de jeunesse, sans doute, quand on sait que le même François Fillon a soutenu le « oui » au référendum sur le Traité constitutionnel européen, et que ce même homme est le chef d'un gouvernement qui a permis la réintégration complète de la France dans l'OTAN. Où est la France « forte et indépendante » ? Et on veut nous faire croire que ce type de girouette est un « homme de conviction ». De qui se moque-t-on ? Pourtant, il faut le dire, François Fillon a eu le courage de faire campagne contre le Traité de Maastricht en 1992, aux côtés de Philippe Seguin. Il s'était même apparemment opposé à l'établissement d'une monnaie unique ! C'est peu de dire qu'il a tourné sa veste depuis. Mais j'anticipe. Je ne sais si François Fillon valait mieux que de finir journaliste spécialisé dans les corridas et les courses de vachette, mais toujours est-il que son avenir se joua ailleurs. En effet, papa avait un ami, et pas n'importe lequel : Joël Le Theule, maire inamovible de Sablé-sur-Sarthe et inusable député gaulliste de la Sarthe (sans oublier son mandat de conseiller général de la Sarthe). En 1976, François Fillon, qui n'a pas encore fini ses études, devient assistant parlementaire de M. Le Theule. François a trouvé sa voie : la politique. Il acquiert l'estime de son député, dont il devient le chef adjoint du cabinet lorsque celui-ci est promu ministre (des Transports puis de la Défense) et qui meurt, pour ainsi dire dans ses bras, en 1980. François est bientôt pressenti pour succéder à son mentor. En 1981, victoire historique de la gauche, le candidat Fillon se paie le luxe d'enlever sa circonscription au premier tour ! Il a alors 27 ans. Et jusqu'en 2007, François Fillon est l'inamovible député de la 4ème circonscription de la Sarthe…  Il a aussi été président du conseil général de la Sarthe de 1992 à 1998, président du conseil régional des Pays de la Loire de 1998 à 2002 et président de la communauté de communes de Sablé-sur-Sarthe. Bref, le parfait cacique de province, le modèle du cumulard estampillé V° République. Soyons juste : le cumul des mandats est un vieux problème et on ne fera pas grief à M. Fillon d'avoir marché dans les pas d'illustres prédécesseurs. Sénateur UMP de la Sarthe de 2005 à 2007, François Fillon abandonne cette charge pour exercer sa fonction de premier ministre.

 

Qu'est-ce qui pose problème dans ce parcours ? Personne ne choisit sa famille et il serait déplacé de reprocher à qui que ce soit d'être de « bonne famille ». Qu'il y ait des notables, après tout c'est normal. Tant qu'ils n'abusent pas de leur notabilité. Que François Fillon ait choisi de s'engager dans la vie de la cité, c'est honorable. Seulement, on constate que François Fillon n'a pour ainsi dire jamais travaillé de sa vie. Une fonction politique n'est pas en soi un travail, c'est une charge, plus encore, c'est un honneur comme disaient les Romains jadis. Le problème, c'est que François Fillon est l'homme qui nous parle d'économie, de travail, de salaire et de compétitivité. Or, il n'a jamais travaillé, il parle de choses qu'il ne connaît même pas ! Je ne doute pas qu'il ait visité des usines, serré la main des employés, mais soyons sérieux : François Fillon ne sait pas ce que c'est que travailler pour payer son loyer et sa pitance, pour vivre. Allons plus loin : M. Fillon ne sait même pas ce que c'est qu'un salaire au sens strict puisqu'en tant qu'élu, il a perçu des indemnités depuis 1980. Il faudrait savoir si un assistant parlementaire est assimilé à un salarié employé par un député. C'est possible. Auquel cas, après quatre ans de salariat, M. Fillon est passé au statut d'élu inamovible. Et depuis, lui et sa petite famille (une femme et cinq enfants) vivent grâce à l'argent du contribuable. A droite, on ne dépenserait pas un rond pour embaucher un enseignant (quel horreur !) ou du personnel hospitalier (il y a des cliniques privées, non ?) mais entretenir à vie, et bien au-delà de l'âge légal de la retraite, des cumulards qui roupillent à l'occasion dans l'hémicycle ou en commission, l'électeur UMP de base n'y trouve rien à redire. Etrange conception de l'équité. A quoi servent pourtant députés et sénateurs, sinon à enregistrer les oukases pris à Bruxelles en conseil des ministres et votés ensuite (pour la forme) au Parlement fantoche de Strasbourg ? Il est assez incroyable qu'un pistonné, ayant réussi grâce aux relations de papa, vienne expliquer aux citoyens que le pays est en difficulté et qu'il faut consentir à moult efforts et sacrifices. Il est aussi remarquable que le concepteur de la réforme des retraites, qui impose aux Français de travailler plus longtemps, n'ait lui-même jamais vraiment travaillé et par conséquent ne soit pas concerné (nuançons, il aura une belle retraite de ministre !), d'autant qu'on peut douter que M. Fillon ait envie d'arrêter. De toute manière, le Sénat est la plus belle maison de retraite de France, la seule où la canicule n'entre pas, la seule où on se dessèche sous les ors de la République. Perspective alléchante pour un vieux routard de la politique.

 

Le fossoyeur de la République sociale

Comme tout homme public qui se respecte, François Fillon a un blog. Les articles sont pour l'essentiel les discours qu'il tient dans le cadre de sa fonction. Comme tout théoricien moderne de l'action politique qui ne s'embarrasse point d'un bagage idéologique aussi inutile que nuisible, M. Fillon résume sa pensée dans un slogan-choc : La France peut supporter la vérité. C'est aussi le titre d'un de ses ouvrages. Traduction libre : « la France doit comprendre qu'elle est à l'agonie, que c'est fini pour elle ». Seule thérapie : le libéralisme, la dérégulation, le désengagement de l'Etat, la liquidation des services publics et, bien sûr, la construction européenne. Le flamboyant gaulliste de vingt ans s'est mué en européiste libéral bon teint.

 

Souvenez-vous : quelques temps avant la crise, et après le vote du mémorable bouclier fiscal (qui vit le fisc rembourser à certains contribuables jusqu'à 200 000 € !), M. Fillon déclarait : « je suis le premier ministre d'un pays en faillite ». Pan ! La crise arrive, et notre président aidé de son chef de gouvernement fait apparaître des milliards d'euros pour les banques à coup de baguette magique. Vous avez dit faillite ? Tout cela pour des banques qui, rappelons-le, accordent avec réticence des prêts aux particuliers comme aux chefs d'entreprise, ces banques qui congédient leurs clients sans histoire mais pas assez « rentables » ! Débourser de l'argent public pour recruter un enseignant, un policier ou une infirmière, voilà qui donne la nausée à François Fillon. Mais débloquer des milliards pour soulager les responsables de la crise, à savoir des banques à la gestion calamiteuse et aux pratiques douteuses, c'est bien. Rien là qui gêne le premier ministre. Moralité : l'Etat est toujours en faillite dans certains domaines, pour d'autres, il reste la poule aux œufs d'or.

 

Plus récemment, François Fillon s'est illustré en prenant la défense d'Henri Proglio. Ce dernier a été nommé PDG d'EDF le 25 novembre 2009. Seulement voilà, Messire Proglio était président de Veolia Environnement, et en tant que tel habitué à des rémunérations dignes de son talent. Il s'avisa soudain que les appointements liés à sa nouvelle fonction ne lui convenait point et le gouvernement lui accorda une augmentation de 45 % (!) afin que Son Excellence pût toucher un salaire décent. Avec 1,6 millions d'euros, c'est chose faite. Et M. Fillon de déclarer que c'était normal parce que M. Proglio était le meilleur et qu'on avait besoin de lui. Un homme indispensable, en somme. Allons donc ! Les cimetières en sont plein, de gens indispensables… Une fois de plus, l'Etat n'est pas en faillite pour tout le monde.

 

Enfin, je citerai un document(1) qui m'est parvenu il y a quelques temps, dans un établissement dans lequel je travaillais. Il s'agit d'un texte reprenant le discours tenu par François Fillon lors d'une réunion de la Fondation Concorde, un des nombreux « clubs de réflexion », celui-ci proche de l'UMP. M. Fillon déclare ainsi : « les retraités de la fonction publique ne rendent plus de services à la nation. Ces gens-là sont inutiles, mais continuent de peser très lourdement. La pension d'un retraité, c'est presque 75 % du coût d'un fonctionnaire présent. Il faudra résoudre ce problème. » En d'autres termes, ce serait bien que les fonctionnaires meurent au travail. L'Etat est en faillite. On notera au passage que la Fondation Concorde porte mal son nom… Mais la première phrase est intéressante, parce qu'elle sous-entend que les retraités du privé, eux, sont utiles ! D'ailleurs, on pourrait rétorquer à M. Fillon que tous les retraités consomment, et par conséquent soutiennent l'économie nationale. Grâce à une pension convenable (pas toujours, en fait), les retraités de la fonction publique font plus pour l'économie du pays que les retraités de l'agriculture, scandaleusement réduits à la misère. Ajoutons que les fonctionnaires prennent leur retraite à l'âge légal, alors que les entreprises privées virent les « séniors » de plus de 50 ans, ou au mieux, les mettent en pré-retraite. Ils sont plus utiles, sans doute, ceux-là ? Plus loin, M. Fillon parle de l'Education nationale : « licencier dans les back office [merci pour la langue française !] de l'Education nationale, c'est facile, on sait comment faire, avec Eric Woerth [Juppé II, le modèle du technocrate froid qui détient la vérité] : on prend un cabinet de conseil et on change les process [!] de travail [c'est fascinant cette propension à décider de la façon dont travaillent les autres, quand on n'a jamais travaillé soi-même ni dans une entreprise, ni dans un service public], on supprime quelques missions. Mais pour les enseignants, c'est plus délicat. Il faudra faire un grand audit. » François Fillon ne prend absolument pas en compte les besoins : régulièrement, on nous rappelle que le taux de fécondité a sensiblement augmenté en France depuis 2000. Cela signifie plus d'enfants. A partir de 2010-2011, ces enfants vont arriver en âge d'entrer au collège. Comment fera-t-on ? Des classes surchargées et des heures sup obligatoires pour les profs (pardon : de nouveaux process de travail avec du management à la mode anglo-saxonne). Et les mêmes viendront ensuite déplorer les ratés de l'Education nationale… Lorsque les effectifs baissaient, les suppressions de poste se justifiaient pour une part. A présent qu'ils augmentent, on trouve une autre raison : les caisses sont vides ! On voit que François Fillon affiche ici le plus souverain mépris pour des fonctionnaires qui n'ont pas volé leur place : mes collègues et moi-même avons passé un concours sélectif difficile. Nous n'avons pas obtenu notre place par le biais du népotisme, parce que papa ou maman avait une bonne relation. M. Fillon nous déteste peut-être précisément parce que nous incarnons ce qu'il ne sera jamais : des produits de la méritocratie républicaine.  

 

Conclusion

François Fillon est un beau symbole de l'Etat-UMP où règnent le népotisme et les passe-droits. Toujours prêt à faire des économies pour le service public, M. Fillon trouve de l'argent pour les riches et les banques. Il sacrifie sans vergogne l'intérêt général à des intérêts privés. Méprisant les fonctionnaires, il travaille activement à démanteler l'Etat républicain, non pour des raisons d'économie (l'argent est gaspillé pour les banques ou les PDG !) mais pour des raisons idéologiques : François Fillon, comme la plupart des membres de l'UMP, est un ennemi de la République sociale, et un partisan du système anglo-saxon. Nous ne souhaitons pas une bonne année à M. Fillon. Une bonne année pour François Fillon ne peut qu'être une mauvaise année pour la République française.

 

(1)Ces propos sont rapportés par Charlie-Hebdo d'après le document en ma possession. On ne saurait exclure un canular. Malgré tout, les propos sont cohérents, plausibles et dans la droite ligne du discours habituel et des actions de François Fillon.

 

Liens :

La biographie de François Fillon sur Wikipédia :

//fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois_Fillon

 

La liste (impressionnante) des mandats de M. Fillon sur le site du gouvernement :

//www.gouvernement.fr/premier-ministre/francois-fillon-premier-ministre

 

Le blog de François Fillon :

//www.blog-fillon.com/



06/01/2010
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