Nationaliste Social et Ethniciste

Nationaliste Social et Ethniciste

L'identité de la France: identité nationale ou identité impériale?

Je l'avoue, le tourbillon événementiel, le grand chambardement géopolitique de ces derniers mois m'a laissé abasourdi. Je vois sur les plateaux télévisés, j'entends sur les ondes radiophoniques des gens extraordinaires, des gens qui ne s'étonnent de rien, des gens qui ont explication à tout. Eh bien, ce n'est pas mon cas. Moi, je l'admets humblement, je n'avais strictement rien prévu, ni l'invasion russe de l'Ukraine en février 2022, ni la violence de l'attaque terroriste du Hamas le 7 octobre 2023, ni la riposte tragiquement disproportionnée de l'Etat hébreu, encore moins le déluge de feu que Tsahal a fait s'abattre sur l'Iran. S'il y a une constance sur ce blog, c'est l'hostilité affichée depuis l'origine à l'Union européenne (UE) et au prinicpe même de construction d'une Europe fédérale supranationale. Et pourtant, je n'imaginais pas qu'une présidente de la Commission européenne irait jusqu'à faire risette à un président américain après que celui-ci l'ait violée brutalement. Dans les rapports Etats-Unis-UE, on peut en effet parler d'emprise toxique, on peut parler de maltraitance, on doit surtout parler de mensonge. J'ai passé mon adolescence dans les années 90, au lendemain de la chute du Mur et de l'adoption du traité de Maastricht. Je me souviens de l'euphorie, de l'enthousiasme... et des belles promesses: le plein-emploi, la prospérité pour tous, l' "Europe-puissance" qui parlerait d'égale à égale avec la Chine, l'Amérique, l'Inde, on allait voir ce qu'on allait voir. Et aujourd'hui, trente ans plus tard, Mme Von der Leyen accepte la signature d'un "accord déséquilibré" comme une femme abusée qui reconnaîtrait son consentement au matin d'une nuit de sévices. Les produits européens seront taxés aux Etats-Unis sans aucune mesure de réciprocité. Et, cerise sur le gâteau, les pays de l'UE, dont plusieurs sont étranglés par la dette, s'engagent à investir des centaines de milliards sur le sol américain. Donald Trump avait de quoi jubiler en refermant sa braguette: il a eu le beurre, l'argent du beurre et il s'est fait la crémière. Je ne me suis jamais fait d'illusion sur l'UE, mais je dois dire que je n'avais jamais pensé qu'on tomberait si bas. Les eurolâtres, les défenseurs du "rêve européen" méritent le peloton d'exécution, et je pèse mes mots.

 

Alors, plutôt que de commenter une situation internationale chaotique, qui me plonge de plus en plus dans un abîme de perplexité, plutôt que d'analyser l'échec patent et pitoyable de la construction européenne qui nous a appauvris, endettés, désindustrialisés et in fine livrés nus et sans défense au prédateur américain, je vais dans cet article remettre sur le métier la question fondamentale, qui est au coeur de la réflexion menée sur ce blog depuis sa création, à savoir les fondements de l'identité française. Cette question me hante depuis toujours et surtout, j'ai constaté au fil des années comment la conception "républicaine" de la nation avait érodé l'identité de notre peuple. La République n'est pas la France, contrairement à ce qu'on entend claironner partout. La République n'est pas "le nom que porte la France aujourd'hui" comme j'avais entendu dire un jour un homme politique (Chevènement peut-être). Non, la République est une séquence historique de la France. Il y en a eu d'autres avant, et il peut y en avoir d'autres après. Je ne fais pas, comme beaucoup, de la République l'horizon indépassable du génie français. Ce qui ne veut pas dire, j'y reviendrai, que je dénie toute grandeur ou toute légitimité à la République. Simplement, je pense que la République, aujourd'hui, est entrée dans une phase mortifère qui l'amène à inoculer à la France un venin mortel, pour des raisons variées, liées à des processus intérieurs (immigration extra-européenne de masse, effondrement de la natalité des Français de souche européenne, émigration de certains d'entre eux, hégémonie culturelle d'un gauchisme antinational) et extérieurs (perte de souveraineté, mondialisation, triomphe du capitalisme consumériste, américanisation des moeurs), tous ces phénomènes entretenant entre eux un rapport dialectique, ne serait-ce que parce qu'ils sont généralement promus et encouragés par les mêmes classes sociales - bourgeoisie et classes moyennes supérieures des métropoles pour aller vite - lesquelles naturellement y trouvent leur intérêt, car un peu de matérialisme historique ne nuit pas à la compréhension du monde, bien au contraire. 

 

Aux dernières élections européennes (juin 2024), j'ai voté pour la liste "Nous le peuple". Eh oui, je l'avoue, j'aime bien Georges Kuzmanovic - bien qu'il ait été mélenchonien, son exclusion assez précoce de l'entourage du seigneur et maître de La France Insoumise (LFI) lui a épargné une compromission prolongée - comme j'aime bien Joachim Murat en tant qu'honorable héritier d'un des illustres protagonistes de la geste napoléonienne. De la même façon, je confesse une certaine tendresse pour les chevènementistes, les communistes "à l'ancienne", même certains socialistes "patriotes" comme Arnaud Montebourg trouvent grâce à mes yeux, plus peut-être que certains patriotes de droite qui, quand on gratte un peu, ont tendance à faire passer les intérêts du patronat et du capital avant ceux de la nation... à moins que les deux ne se confondent dans leur esprit? De ce point de vue, j'ai été très déçu par l'aventure politique d'Eric Zemmour. Si l'homme conserve ma sympathie et mon estime, force est de constater qu'il s'est laissé prendre en otage par la clique libérale issue des franges les plus anti-étatistes de l'extrême droite et de la droite, une clique pour laquelle l'impôt est une spoliation, et la pression fiscale plus à redouter que la perte de souveraineté de la nation. Le nationalisme, le souverainisme, le patriotisme, le rejet de l'immigration, tout cela forme un vernis, et lorsqu'on gratte, on trouve en fait un discours très individualiste, très favorable au capitalisme - sans d'ailleurs jamais se demander quel rôle joue celui-ci dans la déliquescence de la nation, de son identité, de sa sociabilité - doublé d'une admiration un peu malsaine pour Donald Trump voire pour les libertariens américains. Et je ne dirai rien du soutien acritique et quasi-fanatique manifesté par tous ces gens à l'Etat d'Israël, à mon avis pour de mauvaises raisons, les Palestiniens n'étant pas des musulmans immigrés, et "nos" musulmans n'étant pas, pour l'immense majorité, d'origine palestinienne. Ce n'est pas parce que l'Etat hébreu massacre des musulmans à Gaza ou bombarde l'Iran chiite que cela va régler nos problèmes avec les millions de musulmans sunnites vivant en France, pour l'essentiel originaires du Maghreb, d'Afrique subsaharienne et de Turquie.

 

Je pense par conséquent que les patriotes de gauche, en-dehors des quelques cercles gaullistes qui survivent à droite, sont au final plus clairvoyants quant aux intérêts réels de la France en tant que nation. Ils cèdent rarement à l'américanolâtrie qui a cours à droite, ils comprennent mieux les entraves économiques que l'UE nous impose, les dangers de la désindustrialisation, les périls d'une inféodation croissante de la France aux Etats-Unis d'Amérique. En bref, et l'auteur de ces lignes ne se considère pourtant pas comme étant de gauche, les patriotes de gauche voient plus loin que les nationalistes de droite. Peut-être même voient-ils trop loin... au point d'oublier de regarder ce qu'ils ont sous les yeux. Et on en arrive là à mon point de désaccord fondamental avec les patriotes de gauche, de Kuzmanovic à Chevènement en passant par Montebourg ou le blogueur Descartes: la nation, pour tous ces gens, tend à se résumer à la République. L'identité de la France est pour eux une identité essentiellement politique, contractuelle, fondée sur des droits et des devoirs. En matière de culture, le socle commun se limite le plus souvent à la langue française... qui, il faut quand même le rappeler, n'est pas parlée qu'en France et a un statut officiel dans plusieurs autres pays d'Europe, d'Afrique et d'Amérique. Pour le reste, l'identité française reste dans le flou: on parle d'histoire, sans plus de précision, de patrimoine, sans trop entrer dans les détails. Car vous l'aurez compris, les patriotes de gauche, républicains, laïcs, le plus souvent athées ou agnostiques, sont gênés aux entournures par l'éléphant au milieu du salon, à savoir le christianisme, et tout particulièrement le catholicisme. Or, parler de culture, de patrimoine, d'identité françaises en laissant de côté le catholicisme, c'est déjà réduire à la portion congrue ce que l'on prétend défendre.

 

Cet été, j'ai passé deux semaines dans un département rural du centre de la France, loin de l'Ouest marqué par le souvenir des chouans et des Vendéens. Et pourtant je vous l'assure, le catholicisme était partout: outre l'église dans chaque village, des chapelles, des calvaires, des crucifix, parfois au bord de chemins de randonnée peu fréquentés, sans parler des restes de commanderies templières ou hospitalières, ces ordres religieux militaires ayant joué en certaines régions un rôle important dans l'organisation économique comme dans l'encadrement religieux des populations, parfois jusqu'à la veille de la Révolution. Le catholicisme a irrigué en profondeur la France pendant des siècles, il a marqué de son empreinte indélébile les paysages du pays. J'étais d'ailleurs étonné de constater que, dans ce département qui ne se signale pas par une religiosité affirmée, des processions traditionnelles sont encore organisées, donnant lieu à des fêtes qui permettent d'entretenir la sociabilité locale. Cela me paraît important d'insister sur ce point: la religion, ce n'est pas seulement une question de foi et de rituel, ou d'hypocrisie et de simagrées diront les libres-penseurs, la religion crée du lien entre les gens, entre les générations. La religion fabrique de la sociabilité, sociabilité familiale et amicale à l'occasion des grandes étapes de la vie (baptême, mariage, obsèques), sociabilité locale à l'occasion de la procession en l'honneur du patron de la paroisse. Tout cela fait ricaner beaucoup de gens de gauche, mais ils ont tort. La République a fait le nécessaire pour affaiblir le catholicisme, y compris en s'appuyant sur les minorités religieuses (protestants, juifs) mais ne l'a pas remplacé par grand-chose. Il y a certes un mariage civil, mais c'est à peu près la seule étape de la vie à laquelle la République a tenté de donner un peu de pompe. Pas d'équivalent du baptême, par exemple. Or, je le dis si certains de mes lecteurs n'ont jamais assisté à un baptême, c'est une cérémonie magnifique pour la bonne et simple raison que l'enfant (mais ça peut être un adulte) est reçu, officiellement et publiquement, dans la communauté des croyants, l'individu entre dans une collectivité qui le dépasse, et à notre époque dominée par la mesquinerie hyper-individualiste, la symbolique de cette cérémonie a quelque chose de fort en ce qu'elle nous rappelle qu'il existe un collectif. J'entends parfois vanter les "rituels républicains" mais je constate qu'ils sont d'une grande pauvreté. Et si l'on regarde le calendrier, on s'apercevra que la plupart des jours fériés en France, encore aujourd'hui, correspondent à des fêtes catholiques...          

 

Mais cet héritage catholique, cent vingt ans après la loi de séparation des Eglises et de l'Etat de 1905, fait l'objet d'un silence prudent ou d'un mépris revendiqué. Quel grand historien a acquis une renommée et une surface médiatique grâce à des travaux sur le catholicisme français depuis une quarantaine d'années? L'insupportable Patrick Boucheron a commis un livre en 2019 consacré à Ambroise de Milan, évêque de la fin du IV° siècle, Père de l'Eglise et saint patron de la métropole lombarde. L'ouvrage s'intéresse moins au personnage historique qu'à la manière dont la ville de Milan, ses élites, ses savants ont utilisé et retravaillé, pourrait-on dire, le souvenir de ce grand personnage au gré des vicissitudes traversées par la grande ville d'Italie du nord. Qui en France a rédigé un ouvrage comparable pour Geneviève, sainte patronne de Paris, ou pour Martin de Tours? Il y a un paradoxe apparent à étudier une figure religieuse majeure dans ses implications culturelles et identitaires en Italie, tout en étant le concepteur d'une cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques (JO) qui ne s'est pas bornée à ignorer superbement l'héritage catholique de Paris, mais qui a sciemment et de manière assumée vomi sur ledit héritage en faisant parodier la Cène par une bande de drags queens tout droit sortie des boîtes de nuit du milieu interlope de la capitale. Il est vrai que les élites parisiennes connaissent davantage la sodomie et la cocaïne - sur ce dernier point l'ex-patron de l'INA ne me contredira pas - que les grands personnages du catholicisme français. Côté littérature, ce n'est pas mieux. On fait lire Zola, Maupassant, Aragon. Qui lit encore Péguy, Bazin, Bernanos? On peut même se demander si l'irréligion d'un Céline ne lui vaut pas une forme d'absolution - si je puis dire - de ses péchés collaborationnistes dans les milieux cultureux, tant il est vrai que l'anarchiste de droite, avec son penchant pour l'anticonformisme et quand bien même il aurait fricoté avec le Teuton, est finalement mieux vu que le catholique, reliquat d'un passé abject qu'on aimerait effacer. 

 

C'est pourquoi les patriotes républicains de gauche ne sont pas clairs sur la question de l'identité nationale. Chez eux, la nation est abstraite, une sorte d'idéal atemporel. Mais quand on descend au niveau concret, on voit bien que tout est plus flou. De ce point de vue, la vidéo de promotion de la liste "Nous le peuple" aux dernières élections européennes est éloquente: sur le discours, c'est impeccable, tout y est, la souveraineté, la réindustrialisation, les frontières, etc. Mais visuellement, on nous propose la sempiternelle France "arc-en-ciel", black-blanc-beur. Les patriotes de gauche comprennent parfaitement que l'immigration devient problématique, et réclament généralement une "régulation des flux", une façon polie de dire les choses pour éviter d'être traités de fachos par les gauchistes. Mais les problèmes de l'immigration sont uniquement abordés sous le prisme de la laïcité et du communautarisme. Autrement dit, pour caricaturer un peu, de méchants islamistes cherchent à détourner la masse des braves musulmans de la République, tandis que leurs alliés indigénistes oeuvrent au séparatisme en promouvant la victimisation, la théorie critique de la race, l'idéologie du racisme systémique et autres joyeusetés venues tout droit des universités nord-américaines. La question de savoir si la diversité ethnico-raciale en elle-même est un obstacle à l'unité nationale est systématiquement évacuée. Les patriotes de gauche sont assimilationnistes, et comparent parfois la France d'aujourd'hui à celle d'avant la III° République, où les particularismes locaux - y compris linguistiques - étaient importants. Mais cette comparaison a ses limites: outre l'unité religieuse des populations vivant en France - un point minoré par les républicains laïcs comme je l'ai expliqué - il faut bien dire que la diversité ne doit pas être exagérée, dans la mesure où un lent processus d'unification avait été entamé dès la fin du Moyen Âge. Pour moi, la Révolution et la République ne commencent pas un processus historique, mais elles l'achèvent, elles l'amènent à son terme. Cela paraît un détail, mais c'est une différence essentielle: la Révolution, pour les patriotes de gauche, est une matrice, un point de départ; pour moi, adepte du nationalisme syncrétique, la Révolution est un catalyseur, un accélérateur d'évolutions historiques initiées des siècles auparavant.

 

Pourquoi cette différence est-elle à ce point fondamentale? Parce que, pour les patriotes de gauche, la Révolution accouche de la nation, la Révolution fabrique la nation à partir d'un agrégat de peuples et d'ethnies que le hasard des conquêtes et des annexions avait placé sous l'autorité des rois de France. Je suis en opposition catégorique avec cette vision des choses. Pour moi, la nation est là, vivante, réelle, avant 1789. Elle préexiste à la Révolution. Simplement, cette construction nationale est encore partielle, imparfaite. Elle rencontre effectivement des obstacles: la diversité linguistique en est un, les privilèges de certaines provinces (et de beaucoup de villes aussi, car dans l'Ancien Régime, l'identité municipale est souvent plus forte que l'identité provinciale) en est un autre, comme l'est la diversité des droits et coutumes. Mais il faut rappeler que la monarchie a déjà progressivement réduit les particularismes, sans les éliminer complètement cependant. Cette diversité n'exclut pas d'ailleurs un sentiment national naissant. Après tout, personne ne conteste que les Anglais forment une nation alors même que des vestiges de particularismes féodaux subsistent en maints endroits du pays. Pour moi, la Révolution accomplit un acte fondamental: elle donne la souveraineté à la nation. Ce n'est pas une mince affaire, et c'est pourquoi, contrairement à beaucoup de nationalistes de droite, je ne rejette pas l'héritage révolutionnaire. A mon sens, ce transfert de la souveraineté du roi à la nation était inévitable, car sans souveraineté, une nation ne peut que difficilement achever son processus d'affirmation et d'unification. Il n'en demeure pas moins que la nation française existe avant la Révolution et que, par conséquent, les éléments de son identité ne sauraient se limiter aux attributs politiques, aux grands principes et aux belles valeurs énoncés par la Révolution. Il y a autre chose, il y a plus que cela. Il y a un substrat ethnique et culturel, il y a une population enracinée depuis des siècles sur un territoire, un peuple intimement lié à sa terre. Jeanne d'Arc déclarait que "ils [les Anglais] seront boutés hors de France". Elle ne dit pas "hors des territoires du roi" ou "hors du domaine royal", elle dit bien "hors de France". Il y a donc, dès le XV° siècle, l'idée qu'il existe une "terre de France". Et cette terre est habitée, cultivée, mise en valeur par des gens que, déjà, on commence à appeler "Français" par opposition aux Anglais, aux Castillans, aux Ecossais, aux Aragonais, aux Hongrois... Ces Français ont une identité ethnique: à l'époque, au sein des lettrés, il est admis que les Français descendent des Francs, lesquels sont issus comme les Romains d'une bande de survivants troyens conduits non par Enée, mais par Francion.

 

Pour les patriotes de gauche, la dimension ethnique et religieuse de l'identité nationale est niée, ou tout du moins minimisée. Dans le meilleur des cas, ils considèrent que la Révolution, Napoléon puis la République ont refondé la nation sur des bases renouvelées. En fait, après réflexion, je commence à me dire que les patriotes de gauche n'ont en réalité jamais fait le deuil de l'idée impériale que la Révolution, l'Empire et la République ont développée. Et c'est pourquoi les patriotes de gauche, les républicains universalistes voient en réalité la France comme un empire. L'identité française qu'ils défendent est moins une identité nationale qu'une identité impériale. Et c'est pourquoi la diversité ethnique, raciale ou religieuse n'est pas pour eux un sujet d'inquiétude. En réalité, les patriotes de gauche ont une vision de la France exclusivement centrée sur l'Etat. Et en effet, la particularité d'un empire est de réunir sous son autorité des populations diverses et variées. Tout ce beau monde tient ensemble grâce à un Etat fort, efficace, qui offre la paix, la sécurité et pourquoi pas des opportunités. Un Etat qui n'hésite pas à s'appuyer sur les minorités si nécessaire, un Etat qui fabrique, qui brasse des élites de provenance diverse. Dans ce cadre, la diversité n'est pas un problème, elle est un atout, elle est la preuve de la vitalité du modèle impérial. La continuité n'est pas assuré par la pérennité d'une population sur un territoire donné, mais par la pérennité d'un Etat exerçant une autorité forte sur le territoire en question et sur les différentes populations qui s'y succèdent. D'ailleurs, un patriote de gauche me l'a dit clairement: "la France demain peut cesser d'être peuplée de blancs, tant qu'elle conserve son héritage culturel, politique et institutionnel, elle restera la France". On ne peut pas mieux dire que la France n'est pas un peuple, une race, une ethnie, c'est une idée. Peu importe qui porte cette idée, tant qu'elle existe, la France survit. Est-il besoin de préciser que je m'élève avec force contre cette vision des choses.

 

Pourquoi? Parce qu'il me semble que cette conception de la France postule que les êtres humains sont interchangeables. Blacks, blancs, beurs, jaunes, etc, tout le monde peut être français. Il suffit de s'assimiler. Mais s'assimiler à quoi et par quel moyen? Certainement pas par la religion: la République est laïque et la gauche reste jusqu'à nos jours violemment anti-catholique (et pas seulement anticléricale). De toute façon, la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen garantit la liberté religieuse. Les musulmans resteront donc musulmans, et ne nous racontons pas d'histoire: jamais ils n'assimileront complètement la dimension chrétienne, catholique de l'identité française. Alors quoi? La langue française? Comme je l'ai dit, elle est parlée de par le monde, bien au-delà des frontières de la France. Les "valeurs de la République"? Elles sont tellement vagues et générales que tout le monde ou presque peut y adhérer. La laïcité? C'est un principe qui régit les relations entre l'Etat et les religions, rien de plus. Vouloir y voir, comme certains, un des fondements de l'identité nationale, c'est quand même avoir une conception très pauvre de ce qu'est une nation... A part l'allégeance à l'Etat, à la République, on voit mal ce qui unit les Français pour les patriotes de gauche. Le problème est que la France a longtemps été un empire et a fait coexisté, en effet, identité nationale et identité impériale, la seconde étant vue comme une extension, une "universalisation" de la première. On se souvient de l'affiche de 1941: "trois couleurs, un drapeau, un empire":

 

Trois_Couleurs_-_Un_Drapeau_-_Un_Empire_(1941)

 

Eh bien les patriotes de gauche sont dans une logique qui n'est pas si éloignée. Certes, ils se refusent à essentialiser les individus en fonction de leur appartenance ethnique ou religieuse, contrairement aux gauchistes. Certes, et ce n'est pas rien, ils rejettent catégoriquement l'idée que les minorités "racisées" pourraient bénéficier de compensations ou de droits spécifiques liés aux crimes passés de l'esclavage et de la colonisation. Ils refusent la repentance et une vision simpliste autant que manichéenne de l'histoire de France. Mais in fine, les patriotes de gauche ne rattachent pas vraiment l'identité française à un peuple charnel. C'est pourquoi, et c'est là un reproche majeur que je leur adresse, ils sont au fond disposés à accepter un "Grand Remplacement soft". Les Français de souche, blancs, catholiques, s'effaceront, se métisseront, laisseront la place à des populations fortement arabisées et/ou africanisées, plus ou moins islamisées, mais celles-ci auront le bon goût de garder un petit quelque chose de leurs prédécesseurs: le drapeau, la Marseillaise, la devise républicaine, Notre-Dame de Paris (transformée en lieu de culte pluriconfessionnel? le geste serait magnifique et ne déplairait pas à certains j'en suis convaincu...) et la langue française. D'une certaine manière, en exagérant un peu, je dirais que les patriotes de gauche se résignent à la submersion migratoire et à la substitution de population. Mais ils s'imaginent que, grâce à la "force du modèle républicain", grâce à la relance de l'assimilation, ils vont contrôler le processus, le rendre acceptable et indolore. J'irais jusqu'à dire que ces gens s'imaginent pouvoir domestiquer l'immigration - et je dis bien l'immigration en tant que phénomène, pas les immigrés en tant qu'individus, lesquels ne sont évidemment pas des animaux sauvages. Je pense qu'ils se trompent lourdement.   

 

Ils se trompent parce que le monde a changé, la France n'est plus un empire, même si elle conserve les confettis d'empire que sont les DROM-COM, devenus d'ailleurs ingérables, soit du fait de l'immigration incontrôlée (Mayotte, Guyane), soit du fait des tensions ethniques et raciales (Nouvelle-Calédonie). La faillite du modèle impérial universaliste est aujourd'hui patente. Le remède? Le modèle national, véritablement national, avec une identité claire, exclusive et excluante - il faut en être conscient - ayant des fondements ethniques assumés. Cela passe par l'acceptation de l'idée que les êtres humains ne sont pas interchangeables, que les peuples ont une identité ethnico-raciale, et pas seulement culturelle ou politique, que l'attachement à un pays doit être lié - sauf rares exceptions - à un enracinement réel dans un territoire. Il m'a toujours paru extrêmement nocif de faire croire aux gens qu'ils peuvent choisir leur patrie, leur nation, leur pays. Non, sauf cas exceptionnels liés à des tragédies - génocide, nettoyage ethnique, persécutions systématiques et permanentes - il faut dire aux gens qu'ils ne peuvent pas changer de pays ou de peuple. L'appartenance nationale, ce n'est pas quelque chose qu'on achète au supermarché après comparaison du "rapport qualité-prix". Il ne faut pas laisser les gens choisir leur nationalité en fonction de leur intérêt. Et ce que j'écris là vaut aussi pour les Français "de souche" tentés de partir sous d'autres cieux en prétextant que l'herbe y est plus verte. Pour l'unité, pour la cohésion, pour préserver une relative homogénéité, condition sine qua non de stabilité et de prévisibilité des rapports sociaux, il est largement préférable que l'appartenance nationale soit héritée dans l'immense majorité des cas. Or, le péché des patriotes de gauche, c'est de voir en tout étranger, en tout immigré, un potentiel futur Français. Evidemment, on peut citer Léonard de Vinci ou Jules Mazarin, mais enfin ce type de personnage reste très rare. Je veux bien entendre que certains immigrés ont contribué, ponctuellement, à la défense et à la prospérité de la France, mais il faut tout de même rappeler que, si ma mémoire ne me trompe pas, environ la moitié des Italiens arrivés entre la fin du XIX° et la fin de l'Entre-deux-guerres sont repartis... Et on parle là de gens issus d'un "peuple frère", de langue romane, de culture latine, de confession catholique, qui entretient de très anciennes relations avec la France: Vinci et Mazarin étaient Italiens, mais Charles d'Anjou roi de Sicile et nombre de barons du Mezzogiorno étaient d'origine française.

 

Je vais dire les choses en provoquant un peu: le racisme et la xénophobie, considérés comme le mal absolu, sont en fait, à petite dose, en partie nécessaires. Ils constituent un mécanisme d'autodéfense vis-à-vis de populations d'origine étrangère qui refuseraient de se plier aux us et coutumes du peuple autochtone. Et, jusqu'à un certain point, c'est très bien ainsi. Il y a là d'ailleurs un paradoxe sur lequel nos patriotes de gauche sont peu diserts: pour assimiler les immigrés et leurs descendants, il faudrait offrir quelque chose à ceux qui acceptent le processus, il conviendrait de les récompenser. Et par conséquent, il faut d'une manière ou d'une autre "punir" ceux qui refusent l'assimilation, parce que si cette dernière ne rapporte rien, à quoi bon faire l'effort de s'assimiler? Car il ne faut pas se raconter d'histoire: l'assimilation est une violence, un arrachement à la culture d'origine et, jusqu'à un certain point, un reniement de son héritage. Les gens qui nous parlent d'un "harmonieux mariage entre deux cultures" nous prennent pour des imbéciles. Quand des femmes voilées se plaignent d'être des "citoyennes de seconde zone", on a parfois envie de leur demander si quelqu'un comme moi, chrétien de souche européenne, serait traité comme un citoyen à part entière dans un état arabe où l'islam est religion officielle. J'ai quelques doutes. Je l'ai plusieurs fois écrit sur ce blog, et je persiste: pourquoi demander au peuple français de consentir à ce qu'aucun peuple de la Terre - et surtout pas ceux des anciennes colonies françaises! - n'est disposé à accepter? C'est pourquoi je condamne l'universalisme républicain qui, avec le temps, a été dévoyé. L'universalisme républicain, c'était à l'origine proposer les valeurs et les principes de la France révolutionnaire au reste du monde. Aujourd'hui c'est devenu le fait de dire: "tout le monde est français". Par aveuglement idéologique, par peur des accusations de racisme et de xénophobie, les patriotes de gauche sont timorés sur les questions d'immigration, ils n'en parlent que du bout des lèvres, ils n'osent guère remettre en cause le dogme de "la France éternelle terre d'accueil". 

 

Et pourtant, il le faut. Non, nous n'allons pas construire une société multiethnique harmonieuse dans laquelle la couleur de peau ou la religion n'a aucune importance, ce n'est pas vrai. Une nation a une histoire, elle a une image d'elle-même, et les autres ont une image d'elle aussi. La France, historiquement, est une nation ouest-européenne, blanche, chrétienne, de culture latine. Il ne s'agit pas de nier la diversité, les apports extérieurs, les brassages de population. Mais cela ne signifie pas non plus diluer le vieux peuple français dans un magma informe et multicolore. On commence même à trouver, paraît-il, des gens de couleur qui sont étonnés, voire choqués, du nouveau visage que présente la France. Si vraiment la France doit rester elle-même, si vraiment le peuple français veut conserver son identité, alors il faut avoir l'honnêteté de dire aux Maghrébins, aux Subsahariens, aux Turcs, aux Tchétchènes et à bien d'autres: "non, vous n'êtes pas Français, et vous n'êtes pas destinés à le devenir. Ce n'est pas un drame. Cela ne veut pas dire que votre vie est menacée. Ce n'est pas non plus une marque de haine, c'est simplement la reconnaissance de votre altérité, de votre différence, de votre spécificité qui rend impossible votre intégration à notre nation. Vous êtes autres. Certains d'entre vous peuvent, sous certaines conditions, vivre et travailler en France, mais sans jamais perdre de vue que la France ne sera jamais votre pays ni celui de vos enfants. Car nous autres Français voulons rester ce que nous sommes." Ah, évidemment, un tel discours est quasiment inentendable de nos jours tant le gauchisme culturel et antinational est fort, tant les sociologues, les historiens, les géographes, les démographes, les politiques ont décrété une bonne fois pour toutes que le métissage, le mélange, la "créolisation" étaient le seul avenir possible pour ce pays. Allumez la télévision et regardez cinq minutes de publicité, et vous verrez comment la société multiraciale nous est déjà vendue comme une réalité. 

 

Eh bien moi, je crois qu'un autre avenir est possible, et en tout cas souhaitable. Je crois que la nation française doit rester fidèle à son passé, à son identité, à ses racines. Je crois que les Français de souche sont autre chose que les "fins de race" dont se gausse Mathieu Kassowitz. Nous sommes quelques uns à être satisfaits d'être des Français de souche. Je ne me sens pas spécialement supérieur aux autres... mais d'un autre côté, je n'ai pas honte, et j'en ai plus qu'assez qu'on me traite de sous-homme. Parce que c'est ça qu'a voulu dire Kassowitz, c'est ça que pense toute la gauche indigéniste et mélenchonienne - et Jean-Luc Mélenchon le premier, il l'a dit - et je soupçonne même les Hervé le Bras [1] et cie de professer discrètement les mêmes idées: "fin de race", ça veut dire dégénéré, abruti consanguin. Oh bien sûr, nos métissolâtres sont des humanistes: pas de chambres à gaz en vue pour les Français de souche. Juste le métissage obligatoire et salvateur. Y aura-t-il des accouplements forcés pour les récalcitrants? Mystère. Tout cela est d'autant plus amusant quand on connaît le niveau de consanguinité de certaines populations immigrées dans lesquelles l'habitude d'aller chercher le conjoint au bled, dans la parenté, est bien ancrée...

 

[1] A ce sujet, une petite anecdote amusante: je furetais début août dans les allées d'une librairie quand je tombe sur le dernier ouvrage d'Hervé Le Bras intitulé Il n'y a pas de race blanche (Grasset, 2025). Juste à côté trônait un autre ouvrage écrit par deux autres universitaires et consacré au "privilège blanc". Et j'ai vérifié: ledit ouvrage entendait bien montrer que le "privilège blanc" est une triste réalité qui pèse de tout son poids sur notre société, et en particulier sur les racisés qui, décidément, sont plus malheureux en France que dans leurs villages de brousse ou dans leurs bidonvilles des métropoles du tiers-monde... pardon du "Sud global", soyons polis. Hervé Le Bras devrait peut-être commencer par se mettre d'accord avec ses collègues... Tout cela prêterait à sourire si tous ces pseudo-scientifiques, qui confondent allègrement science et militantisme, n'étaient pas payés par nos impôts. Le "privilège blanc" n'est rien d'autre que la traduction d'une irréductible réalité historique: la France est un pays bâti par une nation de blancs européens. Et on ne peut rien y changer.



17/08/2025
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